29e dimanche du temps ordinaire - A
1. Ne pas payer l’impôt à l’occupant romain coûtait cher. Le contrevenant était puni de mort par crucifixion, ce refus étant regardé comme un acte de rébellion contre l’empereur. Cet acte de soumission était rendu plus douloureux encore pour le croyant juif du fait que les monnaies utilisées portaient comme effigie « Au divin César ». La question posée à Jésus par des pharisiens, « accompagnés par des partisans d’Hérode », après une flatterie mensongère : « Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César ? » est un piège pour, comme écrit Luc, « le livrer à l’autorité au pouvoir du gouverneur. » S’il dit oui, il passe pour collaborateur des Romains, bon sujet d’Hérode et il ne saurait prétendre venir d’en haut. S’il dit non, les sadducéens, proches du pouvoir de qui ils tenaient leurs postes, le dénonceront devant le tribunal romain comme rebelle. On l’en accusera d’ailleurs lors de son procès devant Pilate : « Nous avons trouvé cet homme jetant le trouble dans notre nation ; il empêche de payer le tribut à César et se dit Messie, roi » ()
2. Il faut admirer toute l’habileté de Jésus qui a bien senti le piège. Il ne répond ni oui, ni non mais pousse ces hypocrites qui payaient l’impôt sans se poser de questions à se mettre en scène « Montrez-moi la monnaie de l’impôt… Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? » Jésus vient de retourner le piège. Ceux qui l’interrogeaient sont maintenant interrogés et voulaient lire dans la conscience de Jésus sont bien obligés de lire ce qu’ils ont sous les yeux. Puisque qu’elle vient de César, alors « Rendez donc à César ce qui est à César. » Jésus ajoute « et à Dieu ce qui est à Dieu. » Vous payez l’impôt à César mais qu’en est-il de ce que vous donnez à Dieu ? Qu’attend-t’il de vous ?
3. La parabole de l’intendant malhonnête qui n’a pas répercuté à autrui l’indulgence dont il avait bénéficié nous donne la clé du sens de ce « rendez à Dieu ce qui est à Dieu ». Alors que le Romain imposait ses exigences, monétaires et autres, ce maître de la parabole, le Seigneur, demande à cet intendant, en retour de l’indulgence qu’il lui a faite, une une indulgence semblable à son échelle. Cent talents seulement à remettre alors que cent mille lui avaient été remis. « Soyez parfaits comme votre Père est parfait. » Dans les commandements de la table de la loi de Moïse, 8 commencent par « Tu ne feras pas » et sur les 613 prescriptions qui s’y ajoutèrent par la suite, 363 sont négatifs, commencent par « Ne fais pas », l’enseignement de Jésus tient en quelques mots : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » () Jésus s’est donné pour mission de le montrer : « Oui, je vous le déclare, c’est la vérité : le Fils ne peut rien faire par lui-même ; il ne fait que ce qu’il voit faire au Père. Tout ce que le Père fait, le Fils le fait également. » ()
4. Cinq cents ans avant notre ère, le sage chinois Confucius écrivait : « Ce que je ne veux pas que les autres me fassent, je désire ne pas le faire aux autres. » De la bouche de Jésus, on entend : « Faites pour les autres tout ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous » (). Le retournement est complet. L’empathie qui appelle à se mettre à la place de l’autre en est le chemin. Pas seulement en bons sentiments. Entendons cette aide-soignante chargée d’accompagner une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer dans sa promenade. Elle écrit : « Marcher derrière elle, derrière son épaule ; afin qu’elle sente notre présence, se trouver ni à côté ni derrière. Ainsi la personne a 360° degrés à l’horizon. Il n’y a personne dans son regard mais elle n’est pas dans la solitude ni dans une situation qui pourrait l’angoisser ou lui donner un ressenti d’abandon. Dans cette démarche : « se placer derrière l’épaule », la personne décide de son chemin, de ses pas, où elle pose ses pieds. Oui, toute petite autonomie gardée est importante. Pour nous la marche est un réflexe mais pour la personne Alzheimer, à force d’être guidée tout le temps, elle hésite à avancer seule. »

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz. Fut professeur de sciences physiques et directeur du lycée Saint-Augustin à Bitche (57).
Activités pastorales dans les communautés de paroisses du Bitcherland.
Animation d’ateliers d’information et de réflexion sur les textes bibliques et l’histoire chrétienne : Pères de l’Eglise, fondateurs des grands ordres religieux, les grands papes, les grands saints du Moyen-Âge, du XVIe siècle. Des présentations à découvrir sur le site.
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