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Homélies

23e dimanche - La correction fraternelle

1. « Si un frère a péché contre toi…. » A en croire les premières lignes de l’évangile de ce jour écrit une cinquantaine d’années après le départ de Jésus, tout n’allait pas tout seul dans la communauté des premiers chrétiens, la primitive Eglise. On y sent des conflits, des oppositions de personne. Les plus zélés des convertis n’avaient qu’une solution : expulser les « pécheurs », les considérer comme des non-chrétiens, sortis de la communion de foi chrétienne c’est à dire excommuniés. Excommuniés, c’est-à-dire aussi dire condamnés puisque erreur il y aurait. L’excommunication pratiquée par l’Eglise pas seulement catholique, par les religions pas seulement chrétiennes, a fait couler beaucoup d’encre et hélas beaucoup de sang. Mais l’excommunication existe aujourd’hui encore sous bien des formes qui s’appellent l’exclusion d’un parti, le rejet que sous-entend à degrés divers le divorce, les expulsions et condamnations pour raisons politiques. Lorsqu’en mon for interne j’ai décidé de ne plus voir mon prochain, ni dialoguer avec lui, je l’ai en quelque sorte excommunié, sorti de mon cercle d’amis, de connaissances, et d’une certaine manière je l’ai condamné.

2. Tous disaient déjà le Notre Père avec cette redoutable conclusion : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. » Tous avaient reçu les dernières paroles de Jésus, son testament en quelque sorte, qui disaient non pas « Respectez les commandements de Dieu », ni même « Aimez Dieu » mais qui disaient « Aimez-vous les uns les autres ». Nous sommes ainsi. Quant à l’entente universelle, la paix universelle, c’est d’un rêve que parlait le pasteur Martin Luther King. L’avoir dit lui coûta la vie. Jésus savait bien « ce qu’il y a dans l’homme » et ce qu’il y a dans l’homme, il l’avait vu de ses yeux : la recherche des premières places, la collaboration avec le pouvoir romain en place pour des questions d’argent, de pouvoir, les divisions familiales pour des raisons d’héritage, le manque de compassion, l’esprit de vengeance. Ne s’était-il pas fait traiter de démon lui-même, ennemi de ce peuple qu’il entendait sauver ? Ne sera-t-il pas trahi par ses amis plus proches ? Toutes choses qui ont fait souffrir et qui font toujours souffrir parce qu’elles sont toujours d’actualité. Qui n’a pas vécu un jour semblable situation, être offensé, accusé injustement ?

3. Comment se comporter devant de telles situations ? Réagir et se défendre est bien naturel. Parce que se taire semblerait donner raison à l’offenseur. Parce qu’on ne veut pas perdre la face. Mais on sait que cela peut vite tourner à un affrontement, à un dialogue de sourds et voir chacun camper sur ses oppositions et provoquer un fossé infranchissable. Avec au cœur une blessure qui ne s’arrêtera pas de saigner longtemps et une envie de vengeance peut-être. On peut aussi choisir de fuir, de refuser de se défendre parce qu’on n’a pas les moyens de se défendre, parce qu’on a peur de se défendre. Le résultat sera le même avec en plus le sentiment de sembler donner raison à l’offenseur. Ce chemin n’aboutit qu’à plus de ressentiment, à moins de bonheur.

4. Jésus propose une troisième voie : « Si un frère a commis un péché contre toi, nous dit-il, va lui parler seul à seul. » Lui parler et non pas l’attaquer, ou même le tuer comme ceux qui imitent Caïn tuant son frère Abel. Seul à seul et non pas sur la place publique. Seul à seul, parce que les choses peuvent s’aggraver si vite lorsqu’elles deviennent publiques, lorsque l’on estime avoir perdu la face, lorsque les uns et les autres vous obligent à durcir vos positions. Sans parler des réactions de l’entourage. On ne peut pas s’en réjouir si l’on se réclame de Jésus qui demande à celui qui a reçu l’affront, non seulement de ne pas répondre par un affront, « œil pour œil, dent pour dent » disait la Loi de Moïse, mais d’entrer en dialogue avec l’autre, pour l’amener sur le chemin de l’entente. Jésus demande donc à celui qui porte en lui le plus de miséricorde de faire le premier pas vers celui qui en manque.

5. Nelson Mandela a résumé, en une phrase devenue mythique, sa vision de cette démarche : « Je savais parfaitement », écrit-il, « que l’oppresseur doit être libéré tout comme l’opprimé. Un homme qui prive un autre homme de sa liberté est prisonnier de sa haine, il est enfermé derrière les barreaux de ses préjugés (...) Quand j’ai franchi les portes de la prison, telle était ma mission : libérer à la fois l’opprimé et l’oppresseur. » Nelson Mandela n’a pas décidé cela au sortir de ses 27 années de prison. Il a dû y réfléchir longuement, s’y préparer patiemment en méditant l’évangile. Il s’était déjà libéré avant même qu’on le libère. De son exemple, faisons notre prière.

Seigneur, aide-nous à devenir, non pas des guetteurs du haut de nos certitudes de la faute d’autrui, mais chercheurs des chemins qui conduisent à lui. Amen

 
Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz ; ancien professeur de sciences physiques et ancien directeur de lycée Saint-Augustin à Bitche.
Toujours en paroisse à Bitche et environs. Responsable des Appros (épicier en gros en quelque sorte) pour l’association des « Restos du cœur » de Moselle-Est.

as1932 gmail.com
Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz ; ancien professeur de sciences physiques et ancien directeur de lycée Saint-Augustin à Bitche.
Toujours en paroisse à Bitche et environs. Responsable des Appros (épicier en gros en quelque sorte) pour l’association des « Restos du cœur » de Moselle-Est.

(re)publié: 10/09/2017