Menu
Homélies

15e dimanche - Le semeur

1. Il est loin le temps où l’on pouvait voir le semeur, parcourant son champ en des allers et retours régulièrement espacés, lançant le grain qu’il porte dans ce sac placé en bandoulière devant lui. Marchant d’un pas égal, il a comme premier souci de répéter la même largeur de geste, le même contrôle de sa main pour que la semence de blé ou d’avoine couvre régulièrement le sol tout nouvellement préparé. Et notre semeur prenait bien garde de ne pas envoyer trop de grain dans les ronces ou sur les chemins pierreux. Image perdue pour nos jours mais familière à ces foules des campagnes. Il faut admirer la pédagogie de Jésus qui utilise les observations les plus courantes des hommes de la terre pour dire quelque chose de nouveau, quelque chose d’en haut, quelque chose du royaume de Dieu.

2. Les disciples ont vite compris que le semeur, celui qui « sortit ce jour-là pour semer », c’était lui, Jésus. Comme il le leur avait dit : « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme » (Mt 13,37). Alors que les sages d’Israël, les docteurs de la Loi, faisaient école et qu’il fallait aller vers eux, Jésus est sorti, est allé au dehors. On le verra et on l’entendra dans collines de Galilée comme dans les parvis du Temple, sur les places publiques comme à l’intérieur des synagogues, en terre d’Israël comme terre étrangère, en Samarie et dans les pays de Tyr, de Sidon et au-delà du Jourdain. Pour rencontrer et s’adresser à tous, sans distinction de nationalité, de classe, de fortune, de pratique religieuse. Il sème à tous vents, volontairement, pour tous, partout, de toutes les manières Le semeur se fait berger pour conduire ceux qui ne trouvent plus de guide, pour aller chercher la brebis égarée, perdue. Le semeur se fait médecin pour guérir les corps et les âmes de ceux qu’on tient à l’écart.

3. Les disciples comprirent bien vite qu’il fut aussi le grain semé. La Parole de Dieu proclamée, c’est lui. La Bonne Nouvelle du Royaume, qui vient, qui est proche, qui est là, c’est lui. La lumière mise sur le chandelier pour éclairer toute la maison, c’est lui. La miséricorde de Dieu en action, c’est lui. Le pardon dispensé à la pécheresse, c’est encore lui. La vigne qui fait porter du fruit au sarment, c’est lui. La source d’eau vive qui étanche toute soif, le pain qui rassasie c’est toujours lui. C’est enfin lui encore lui, ce grain tombé en terre, pour y être enfoui, y mourir et resurgir en de nombreux disciples, comme l’épi porteur de grains multipliés.

4. Ainsi donc ces gens assis ce jour-là au bord du lac de Galilée eurent devant eux et la Parole de Dieu et le Semeur de cette Parole. La parole identifiée à celui qui la prononce, le message en même temps que son messager. « Et le Verbe fut chair et il a habité parmi nous » (Jn 1, 14) écrira l’évangéliste Jean. Il ne s’agit donc plus seulement d’écouter une parole, d’entendre un enseignement, de croire en une doctrine, mais d’accueillir chez soi, de faire habiter chez soi, au plus profond de soi, le messager et la parole qui vient d’en haut : « Qui me reçoit, reçoit Celui qui m’a envoyé. » Tel est le désir profond de Jésus, son invitation pressante : « Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi. » (Ap 3,20). C’est ce que firent les disciples d’Emmaüs et ils en furent retournés.

5. Chaque célébration eucharistique nous donne de reprendre conscience de cela, de vivre cela. « Demeurez en moi comme moi je demeure en vous » (Jn 15,4). Découvrir que le Christ est au plus profond de moi, qu’il m’y attend pour que je converse avec lui, pour que je me laisse conduire par lui, inspirer par lui est une grâce qu’il faut demander chaque jour. Un Père de l’Eglise du IVe siècle appelé Chrysostome qui signifie « bouche d’or » n’a pas hésité à écrire : « Ne nous attachons pas seulement au Christ, accolons-nous à lui ; le moindre intervalle nous ferait mourir. … Accolons-nous donc à lui et accolons-nous par les œuvres. » Pour pouvoir dire avec Bernard de Clairvaux « Jésus est miel à la bouche, cantique à l’oreille, joie dans le cœur, ….lui qui a découvert le secret de son corps à travers les ouvertures de son corps ». En reconnaissant humblement que nous pouvons être cette terre qui ne se laisse pas attendrir, ce chemin qui se laisse piétiner, ces broussailles que les ronces envahissent.

Seigneur, ne t’arrête pas de semer en moi
Ces semences de miséricorde, de pardon
De patience, d’écoute et de compassion
Qui me donneront de ressembler à toi.

Ta parole, je l’ai si souvent entendue,
Et, à vrai dire, si souvent bien mal vécue,
Trop occupé par tous mes engagements,
Trop loin de partager tous tes sentiments.

Réveille-moi si je m’endors dans le confort,
Soutiens-moi si je me décourage devant l’effort
Pour m’aider à mieux marcher dans tes pas
Et semer les grains que font germer la foi.

 
Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz ; ancien professeur de sciences physiques et ancien directeur de lycée Saint-Augustin à Bitche.
Toujours en paroisse à Bitche et environs. Responsable des Appros (épicier en gros en quelque sorte) pour l’association des « Restos du cœur » de Moselle-Est.

as1932 gmail.com
Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz ; ancien professeur de sciences physiques et ancien directeur de lycée Saint-Augustin à Bitche.
Toujours en paroisse à Bitche et environs. Responsable des Appros (épicier en gros en quelque sorte) pour l’association des « Restos du cœur » de Moselle-Est.

(re)publié: 16/07/2017