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Homélies

« Χριστός ανέστη ! » « Christ est ressuscité »...

1. « Χριστός ανέστη ! » « Christ est ressuscité. » C’est ainsi que se saluent joyeusement dans les jours de Pâques les chrétiens des Eglises Orientales. Deux ou trois mots seulement, c’est peu et c’est beaucoup. Trois mots qui font entendre du jamais entendu. Trois mots pourtant qui ont dû naître d’abord dans l’interrogation, le doute, à peine murmurés dans l’aube naissante, tant l’étonnement était grand, tant ce qu’ils signifiaient semblait irréel, inimaginable. Celui qu’on avait couché parmi les morts a été relevé d’entre eux. Celui qui était mort, plus que mort même tant la mort par crucifixion rendait un corps mutilé, cette peine horrible, si inhumaine que les Romains cultivés comme l’écrivain Cicéron se refusaient d’en parler, celui-là n’était plus dans le tombeau, avait été vu et avait parlé à quelques femmes. Elles l’avaient rapporté aux autres disciples qui « trouvèrent ces propos délirants » jusqu’à ce qu’eux-mêmes se rendent à l’évidence et se mettent à en témoigner.

2. Le philosophe et écrivain Michel Serres, auteur de nombreux ouvrages sur l’histoire de l’homme, a écrit dans le journal La Croix : « Pour moi l’événement le plus important est celui de la Résurrection. Des femmes arrivent devant un tombeau vide, les bandelettes rangées…Tout cela comme les aromates dont elles voulaient embaumer le mort, n’est plus d’aucune utilité : le Ressuscité est impossible à momifier… Cela veut dire que la mort est morte. Elle est désormais derrière nous. A partir de Pâques, la ligne de l’Histoire va dans l’autre sens, celui de la vie. » « La mort est morte. » Cela nous donne à regarder notre présent autrement, à le vivre autrement.

3. Certes nous serons toujours confrontés aux aléas de la condition humaine. Dans le monde entier nous voyons tant d’œuvres de mort en action : les attentats terroristes, la mort par malnutrition, par violences de toutes sortes. Nous n’empêcherons pas qu’un jour notre fragile enveloppe de chair se désagrégera. Mais à cause de Pâques, par la confiance que nous avons en Jésus ressuscité, une lumière s’est allumée en nous pour donner du sens à ce qui selon toutes les apparences n’en a pas. Comment alors ne pas partager les sentiments de l’auteur de l’hymne entendu au début de la célébration : « Exultez, maintenant, chœur des anges dans les cieux ; exultez, divins mystères ; et pour chanter la gloire d’un si grand Roi, sonne, trompette du salut. Réjouis-toi, terre irradiée de telles clartés ; que l’univers entier tressaille du bonheur d’être sortie des ténèbres. » Exultation qui a fait s’élancer les cathédrales, a inspiré Rembrandt et tant d’artistes aux œuvres admirables. « Que ta joie demeure » murmure en notre cœur Jean-Sébastien Bach alors que le Te Deum de Gustave Charpentier nous fait toujours vibrer. Pâques, avec le Christ dans notre cœur nous appelle à donner autour de nous la joie de vivre. « Χριστός ανέστη ! » « Christ est ressuscité. »

« Et tout à coup dans le clair de lune, les cloches en une grappe énorme dans le clocher,
Les cloches au milieu de la nuit comme d’elles-mêmes, les cloches se sont mises à sonner !

On ne comprend pas ce qu’elles disent, elles parlent toutes à la fois !
Ce qui les empêche de parler, c’est l’amour, la surprise toutes ensemble de la joie !

Ce n’est pas un faible murmure, ce n’est pas cette langue au milieu de nous-mêmes qui commence à remuer !
C’est la cloche, vers les quatre horizons, chrétienne qui campane à toute volée !

Les deux plus claires par-dessus l’une sur l’autre qui montent dans un dialogue infatigable !
Et les quatre plus graves à coups profonds par-dessous à leur tour qui se sont mises à table !

Vous qui dormez, ne craignez point, parce que c’est vrai que J’ai vaincu la mort. La terre qui dans un ouragan de cloches de toutes parts s’ébranle vous apprend que Je suis ressuscité ! »

(Paul Claudel, Pâques 1934)

 
Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz ; ancien professeur de sciences physiques et ancien directeur de lycée Saint-Augustin à Bitche.
Toujours en paroisse à Bitche et environs. Responsable des Appros (épicier en gros en quelque sorte) pour l’association des « Restos du cœur » de Moselle-Est.

as1932 gmail.com
Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz ; ancien professeur de sciences physiques et ancien directeur de lycée Saint-Augustin à Bitche.
Toujours en paroisse à Bitche et environs. Responsable des Appros (épicier en gros en quelque sorte) pour l’association des « Restos du cœur » de Moselle-Est.

(re)publié: 16/04/2017