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Homélies

32e dimanche - Parabole des dix jeunes filles

1. La parabole est assez déconcertante et même gênante. Les cinq jeunes filles prévoyantes, sous prétexte d’en manquer, refusent de partager de leur huile avec à celles qui, par insouciance, avaient oublié de s’en munir suffisamment alors que tout l’évangile prône le partage. Aucune miséricorde non plus de la part de cet époux qui leur refuse l’entrée de la maison, alors que la parabole de l’enfant prodigue nous montre un père, d’abord inquiet, guetter à l’horizon le retour de son enfant et lui faire grande fête ensuite. Alors qu’a voulu nous signifier Jésus dans cette parabole ?

2. La jeune Eglise chrétienne des années 50 était dans l’attente du retour imminent de Jésus comme l’écrit Paul aux chrétiens de Thessalonique, comme nous venons de l’entendre : « Voilà ce que nous disons : nous les vivants qui sommes encore là, nous ne devancerons pas ceux qui sont morts… les morts en Christ ressusciteront d’abord, ensuite nous les vivants, qui serons restés, nous serons enlevés » (1Th 4, 15-17). Ce retour se faisant attendre, des chrétiens déçus, ont quitté la communauté. Comme ont cessé de croire des milliers de chrétiens adventistes qui, après avoir vendu tous leurs biens, s’étaient rendus le 22 octobre 1844 dans des plaines américaines où les avait convoqués le pasteur William Miller, convaincu, à force de calculs, que le Christ reviendrait ce jour-là. Ils avaient perdu confiance et persévérance.

3. La parabole fait l’éloge des cinq jeunes filles prévoyantes. En emportant une réserve d’huile en prévision du retard de l’époux, elles montraient qu’elles ne doutaient pas de sa venue. Le retard n’aurait pas raison de leur confiance, ne mettrait pas fin à la mission qui leur avait été confiée. Au contraire les cinq autres avaient mis d’elles-mêmes une limite à leur attente, à leur confiance. S’il n’était pas venu, il ne viendrait plus. Ce retard fut une épreuve pour leur confiance et elles cessèrent d’espérer, comme le firent les premiers chrétiens qui quittèrent la communauté, comme le font aussi aujourd’hui ceux qui pensent que, parce que Dieu n’intervient pas, c’est qu’il n’existe pas. Jésus ne cessera de demander à ses disciples cette confiance, cette persévérance dans la mission qu’il leur confie. « Restez en tenue de service, gardez vos lampes allumées… Heureux les serviteurs que le maître trouvera à son arrivée en train de veiller. » (Lc 12,35-37)

4. Cette parabole nous interroge. Le retard de l’époux évoque le temps qui passe et la manière dont nous le vivons. Du temps, on en parle abondamment pour dire qu’on en manque, qu’on court après lui, qu’on en a gagné ou qu’on en a perdu, qu’il est trop long ou trop court. Nos occupations ordinaires, nos soucis, nos projets tendent à accaparer tous nos instants, dévorent notre temps, sans que nous nous posions la question du ‘pour qui’, du ‘pourquoi’. Enfermés comme dans un bulle. La parabole nous invite à en sortir, à vivre le présent en regardant plus loin, plus haut. A l’exemple de cette mère de famille qui se dépense dans sa maison pour réserver l’accueil le plus chaleureux à cet enfant qui revient de loin et qu’elle n’avait pas vu depuis si longtemps. Il n’est pas là mais il est déjà là. Elle en est tout heureuse. Après le décès d’une personne à laquelle on était très attaché, vous avez peut-être eu le sentiment très fort qu’elle toujours là, habite encore la maison avec vous, que vous pouvez lui parler et qu’elle vous parle. Elle n’est plus là, mais elle est encore là.
Cette parabole n’est pas avertissement terrifiant concernant notre mort humaine. Jésus nous y invite à vivre le présent « en sa présence » malgré les épreuves qui nous feraient douter. « Je suis avec vous tous les jours » a-t-il dit à ses disciples. Mais nous, sommes-nous avec lui ? Voir, penser ainsi notre présent changeront notre manière de faire ce que nous avons à faire.


De Sr Marguerite [Marguerite de Beaumont (1895-1986)], de la Communauté de Grandchamp [1] (communauté œcuménique d’origine protestante, en lien avec Taizé, le Carmel, les Oblates de l’Eucharistie…) :

« Vis le jour d’aujourd’hui, Dieu te le donne, il est à toi, vis-le en Lui.
Le jour de demain est à Dieu. Il ne t’appartient pas.
Ne porte pas sur demain le souci d’aujourd’hui.
Demain est à Dieu, remets-le Lui.
Le moment présent est une frêle passerelle :
Si tu la charges de regrets d’hier et de l’inquiétude de demain,
La passerelle cède et tu perds pied.
Le passé ? Dieu le pardonne. L’avenir ? Dieu le donne.
Vis le jour d’aujourd’hui en communion avec Lui.
Et s’il y a lieu de t’inquiéter pour un être aimé
Regarde-le dans la lumière du Christ ressuscité. »

 

[1Suisse

Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz ; ancien professeur de sciences physiques et ancien directeur de lycée Saint-Augustin à Bitche.
Toujours en paroisse à Bitche et environs. Responsable des Appros (épicier en gros en quelque sorte) pour l’association des « Restos du cœur » de Moselle-Est.

as1932 gmail.com
(re)publié: 12/11/2017