LogoAppli mobile

29e dim. ordinaire (18/10) : Homélie

1. Les impôts ont toujours été un sujet sensible : trop d’impôts, mal répartis… En Israël s’ajoutait le fait que chaque pièce d’argent portait l’effigie de l’empereur romain, auréolée du titre : Divin César. Insupportable pour les Juifs strictement attachés à leur foi : Yahvé seul est Dieu. Depuis Moïse et l’histoire du veau d’or, tous les prophètes ont fulminé contre l’idolâtrie. « Je suis Dieu seul et il n’y en a pas d’autre que moi ! » Chaque croyant juif récitait chaque matin le premier commandement de la Loi : « Un seul Dieu tu adoreras. » C’est là qu’on attend Jésus. « Faut-il payer l’impôt à César ? » L’évangile dit d’emblée qu’il s’agit d’un piège, une tentative de prendre Jésus en défaut.

2. S’il dit oui, les pharisiens, les plus zélés des observateurs de la Loi, lui contesteront le titre d’Envoyé de Dieu. S’il dit non, les partisans d’Hérode, à la solde des Romains, n’hésiteront pas à le traduire devant le tribunal de Pilate. Refuser de payer l’impôt était considéré comme un acte de rébellion et puni de mort. On en accusera injustement Jésus lors de son procès : « Il ameute la foule pour ne pas payer l’impôt ! »

3. Il faut donc admirer toute l’habileté de Jésus qui a bien senti le piège. Il ne répond ni oui, ni non mais les pousse à se mettre en jeu : « Montrez-moi la monnaie de l’impôt… Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? » Ceux qui interrogeaient sont maintenant interrogés. Ceux qui voulaient lire dans la conscience de Jésus sont bien obligés de lire ce qu’ils ont sous les yeux. Alors tombe la réponse de Jésus : « Rendez donc à César ce qui est à César. »

4. Et d’ajouter « et à Dieu ce qui est à Dieu ». La réponse dépasse le niveau de la controverse, élève le débat en appelant à regarder plus haut. « Car le roi de toute la terre, c’est Dieu. Chantez pour le faire savoir ! » avait proclamé l’antique psalmiste. (Ps 46,8). Jésus le rappellera à Pilate au cours du procès : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi s’il ne t’avait été donné d’en haut. » Jésus l’invitait à se mettre sous le regard de Dieu, à considérer qu’il aurait un jour à rendre compte à Dieu de ce qu’il avait ordonné, exécuté, à ne pas se prendre pour Dieu lui-même.

5. « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » On a cru voir dans cette expression, devenue proverbiale, une ligne de démarcation entre le spirituel et le temporel, entre l’Eglise et l’Etat, chacun devant se cantonner dans son rôle spirituel ou temporel, « pour que les vaches soient bien gardées » ajoutait un commentateur. On raconte qu’un mafieux italien, ayant une grande dévotion à la Vierge, a répondu à qui lui faisait remarquer son inconséquence : « Cela n’a rien à voir ! » Certains tenants d’un laïcisme étroit ont soutenu que le pape François, en se rendant au parlement européen à Strasbourg en 2014, sortait de son rôle. Ce n’est pas ce qu’il écrit dans sa dernière encyclique « Tous frères » : « l’Eglise a un rôle public qui ne se borne pas à ses activités d’assistance ou d’éducation mais qui favorise la promotion de l’homme et de la fraternité universelle. Elle n’entend pas revendiquer des pouvoirs temporels mais s’offrir comme une famille parmi les familles. Nous voulons être une Eglise qui sert, qui sort de chez elle, qui sort de ses temples, qui sort de ses sacristies, pour accompagner la vie, soutenir l’espérance, être signe d’unité… pour établir des ponts, abattre des murs, semer la réconciliation ». « N’ayez pas peur ! » lançait Jean-Paul II le jour de son élection papale. Aujourd’hui, beaucoup de débats politiques, moraux, sociétaux nous interrogent. Notre République dit respecter le libre choix de sa religion mais de ne pas en montrer les signes à l’extérieur ! Ne laissons pas nos intérêts personnels, ni la pression de la rue emporter notre choix au détriment de ce que l’Evangile nous propose.

Seigneur, donne-moi la lucidité dans mes jugements, le courage de l’engagement, la force de la fidélité et de ne jamais te renier ni en mes actes ni en mes omissions, ni par mon silence. Pour que vienne le règne de notre Père qui est aux Cieux.


Seigneur, faites que je voie les choses à faire
Sans oublier les personnes à aimer,
Que je voie les personnes à aimer
Sans oublier les choses à faire.

Seigneur, apprenez-moi à faire les choses
En aimant les personnes,
Apprenez-moi à aimer les personnes
Pour ne trouver ma joie
Qu’en faisant quelque chose pour elles,
Et qu’un jour elles sachent
Que vous seul, Seigneur, êtes l’Amour.

Norbert Ségard (1922-1981)
Ministre des Télécommunications.
Fondateur de l’ISEN et HEI à Lille.
Grand fumeur qui n’a pas caché son cancer pour dissuader de faire de même.

Une faute d'orthographe, une erreur, un problème ? Dites-nous tout !
 
Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz. Fut professeur de sciences physiques et directeur du lycée Saint-Augustin à Bitche (57).
Activités pastorales dans les communautés de paroisses du Bitcherland.
Animation d’ateliers d’information et de réflexion sur les textes bibliques et l’histoire chrétienne : Pères de l’Eglise, fondateurs des grands ordres religieux, les grands papes, les grands saints du Moyen-Âge, du XVIe siècle. Des présentations à découvrir sur le site.

(re)publié: 18/10/2020