LogoAppli mobile

24e dim. ordinaire (13/9) : Homélie

1. La parabole du débiteur insolvable et sans miséricorde nous semble claire. On ne peut pas demander à Dieu la miséricorde si on la refuse entre nous. Et nous voilà bien mal à l’aise. Au vu de nos innombrables manquements de miséricorde, mériterons-nous jamais celle de Dieu ? La justice divine serait-elle, à l’image de la nôtre, du donnant-donnant ? Dois-je mériter sa miséricorde ? La parabole des ouvriers de la onzième heure rémunérés à l’identique de ceux de la première heure, disait le contraire.

2. Dans toute parabole de Jésus, on trouve un élément du récit qui surprend tellement il est contraire avec nos manières de penser et d’agir. Quel berger abandonnerait son troupeau pour partir à la recherche de la seule brebis manquante ? Quel patron donnerait autant à l’ouvrier de la 11e heure qu’à ceux de la première ? Quel jardinier se mettrait à chercher des fruits dans son verger hors saison ? Quel maçon bâtirait sa maison sur du sable ? Quel cultivateur laisserait pousser l’herbe qui étouffera la bonne semence en train de croître ?

3. Ces éléments insolites se trouvent dans cette parabole également. Peut-être n’avons-nous pas remarqué que cet homme devait dix mille talents à son maître. Dix mille talents ! On a calculé que cette somme équivaut à 60 millions de francs-or de nos jours, soit 240 millions d’euros, soit 8 siècles de travail. Ce débiteur est insolvable, insolvable à tout jamais et sa promesse de rembourser est utopique et il ne s’en rend pas compte. Voilà un autre trait insolite.

4. Jésus les utilise pour nous dire quelque chose du Royaume des Cieux. Ces dix mille talents disent l’infinie générosité divine. Que ce serviteur promette de payer sa dette signifie d’abord qu’il n’en a pas vu l’ampleur. La suite du récit s’en déduit. Incapable d’en prendre conscience, ce serviteur ne connaît que sa manière de régler ce différend avec son prêteur : le remboursement ou la prison. Ne va-t’il pas de soi alors qu’on lui applique ce qu’il considère comme la seule règle qu’il connaisse ? Il ira donc en prison. Il nous représente, incapables que nous sommes d’évaluer la manière divine à notre égard mais exigeants lorsqu’il s’agit la pratiquer envers nos semblables.

5. La parabole nous invite à regarder En Haut pour vivre l’ici-bas selon la manière divine. Il faut d’abord prendre conscience la générosité de Dieu à notre égard, de ces dix mille talents mis à notre disposition. Où peut-on trouver ce trésor enfoui, la perle rare qui, lorsqu’on les a trouvés, conduit à tout vendre pour les posséder ? L’apôtre Paul, « retourné » sur le chemin de Damas, l’écrivait aux chrétiens de Corinthe : « Le Dieu qui a dit : que la lumière brille au milieu des ténèbres, c’est lui-même qui a brillé dans nos cœurs pour faire resplendir la connaissance de sa gloire qui rayonne sur le visage du Christ. Mais ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile. » (2 Co 4,6-7) Le trésor de Dieu distribué, le pain qui surpasse toute nourriture, l’eau qui éteint toute soif, se nomme Jésus. Et nous sommes ces vases qui, parce que nous sommes petits, parce nous sommes fragiles, ne savons pas l’immensité du trésor qui nous a été fait et en limitons l’appréciation. Oui, nous croyons en Jésus, formellement, intellectuellement mais nous n’en sommes pas retournés.

6. Au temps de Thérèse d’Avila, les filles des familles qui avaient quelque rang dans la société, n’avaient que deux options : le mariage ou le couvent. La découverte de l’Amérique par Christophe Colomb avait entraîné le départ massif des jeunes hommes en quête d’aventure dans ce nouveau monde. Dès lors les couvents se remplissent de jeunes filles, pas nécessairement motivées. L’austérité n’y était pas de règle. On pouvait sortir, y revenir, recevoir des amis. Le père de Thérèse l’y place comme pensionnaire contre son gré mais elle ne s’y déplaît pas et dit y vivre des moments de ferveur mais aussi de dépression. Dix-huit ans plus tard, à 39 ans, en passant devant une statue en bois du Christ flagellé, toujours visible à Avila, Thérèse eut un choc. « Le Christ, lorsque je le vis, imprima en moi son immense beauté, elle y est toujours, elle y est encore aujourd’hui ; il a suffi d’une seule fois. » C’est alors qu’elle entreprit la réforme du Carmel. D’autres grands saints ont vécu ce retournement.

Nous n’en sommes pas là, Seigneur. Nous te prions de nous conduire, par nos petits et laborieux gestes de miséricorde, vers le saisissement de ta beauté qui nous rendra plus proche de Toi et de nos compagnons de route.

Une faute d'orthographe, une erreur, un problème ? Dites-nous tout !
 
Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz. Fut professeur de sciences physiques et directeur du lycée Saint-Augustin à Bitche (57).
Activités pastorales dans les communautés de paroisses du Bitcherland.
Animation d’ateliers d’information et de réflexion sur les textes bibliques et l’histoire chrétienne : Pères de l’Eglise, fondateurs des grands ordres religieux, les grands papes, les grands saints du Moyen-Âge, du XVIe siècle. Des présentations à découvrir sur le site.

(re)publié: 13/09/2020