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Fête de la Présentation

1. L’époque de Jésus était dans l’attente d’un Messie sauveur. Une si vieille, si longue attente. Elle devrait se terminer de manière éblouissante comme le prophète Daniel l’avait annoncé il y a 150 ans déjà : « Je regardais dans les visions de la nuit et voici que, dans les nuées du ciel venait comme un Fils d’Homme. » (Dn 7,13) Syméon, Anne, serviteurs au Temple, dont le grand âge peut nous signifier cette longue attente, avaient entendu ces paroles mais virent autre chose : un enfant porté par ses parents. Une vie qui commence face à celles qui s’achèvent ; une porte qui s’ouvre devant celles qui se ferment. L’histoire se répète. On attendait un Messie triomphant venu du ciel et les bergers ne virent qu’un enfant couché dans une mangeoire. Jean le Baptiste annonçait le jugement dernier et ne vit qu’un pénitent venir se faire baptiser. Au lieu d’une venue dans les nuées du ciel, un très discret voyage qui mène des parents de Nazareth à Jérusalem pour présenter un enfant de quelques semaines.

2. En Orient, cette journée est appelée « Fête de la Sainte Rencontre ». Celle de ceux qui attendaient et de celui qu’on attendait. Celle de l’Ancienne Alliance avec la Nouvelle, de l’arbre avec son fruit. Oui, maintenant les prophètes de l’antique tradition peuvent se taire, la Parole de Dieu s’est faite chair. On va l’entendre sur les routes de la Galilée, à Jérusalem. Ce portement de Jésus vers le temple n’est que le premier déplacement de ceux qu’il entreprendra au cours de sa vie publique. Syméon dit à sa manière que le temps de l’attente doit faire place au temps de l’aller vers. Jésus n’a pas attendu qu’on vienne à lui comme le faisaient les philosophes antiques ou les maîtres des écoles de la foi juive. Il quitte Nazareth pour aller à la rencontre des gens de la Galilée, et même vers ceux qui habitaient hors du territoire juif. Parce que la Bonne Nouvelle doit être proclamée dans les maisons et sur les toits. « Allez, de toutes les nations faites des disciples. » C’est ce que firent les chrétiens dès les premiers temps. Paul en fut le premier et le plus ardent promoteur. Luc qui n’est pas juif, son compagnon, écrivit par la suite cet évangile l’évangile pour tous, afin que « la lumière des nations » ne soit pas mise « sous le boisseau, mais sur son support, et qu’elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison » (Mt 5,15). Les cierges que nous emporterons sont là pour nous le rappeler.

3. Aujourd’hui de nombreux écrits et discours font de la prise de conscience de l’estime de soi le remède au mal être, une technique psychologique pour échapper au stress, à la déprime. On y propose de faire de soi le motif essentiel de notre regard ; ce qui implique se détacher de tout notre environnement pour ne pas devoir en souffrir. On lit sur un site dédié à cette vision : « L’autocritique qui conduit au manque d’estime de soi n’est qu’une pensée négative à notre propre sujet. Ce que nous pensons à notre sujet devient absolument véridique pour nous-mêmes, même si c’est absolument faux ! » Si rentrer en soi est utile, on ne peut en faire un idéal. Nous ne vivons pas sur une île. Bien au contraire. Jésus nous dit que ce qui fait grandir l’homme ne s’appelle pas individualisme mais partage, compassion, entraide. « Aimez-vous les uns les autres » irrigue tous les écrits évangéliques, a résonné la bouche de tant des disciples, s’est fait voir dans tant de fondations d’écoles, d’hôpitaux. C’est la vocation missionnaire de Thérèse de l’Enfant Jésus qui l’a conduite au Carmel. L’auteur du Petit Prince a écrit : « La pierre n’a point d’espoir d’être autre chose que pierre. Mais de collaborer, elle s’assemble et devient temple. »

4. Faire de « l’aller à la rencontre des uns vers les autres » est une mission évangélique. Aujourd’hui, dans un monde qui change si vite, on pourrait regretter le passé et s’y enfermer. « C’était mieux autrefois ». D’autant plus qu’il n’est pas sans risques de se dire chrétien, d’être regardé comme rétrograde, d’un ancien testament. Pourtant le message de l’évangile ne peut vieillir parce que l’amour qu’il proclame ne peut mourir et doit être visible, audible de toutes les manières possibles. Aujourd’hui, qui le fera sinon moi, nous ? Un héritage entre nos mains à devoir transmettre. En paroles certes, mais en actes surtout. Ne refusons pas de sortir de chez nous lorsqu’il s’agit de nous engager dans une association, de participer à des fêtes qui permettent de parler ensemble, de venir à des heures d’information, de formation. A tout âge de la vie, à de ceux de Syméon et d’Anne. Amen

NOTE
Nous devons la fête de la Présentation du Seigneur au Temple au seul évangéliste, Luc, qui n’était pas juif. Il a fusionné deux prescriptions qui n’avaient pas les mêmes objectifs. L’une demandait que le garçon premier né, appartenant à Dieu, soit racheté dans les 30 jours contre une somme d’argent définie (Ex 13,2.13.15) ; Nb 18,15-16). Le déplacement au Temple n’était pas requis. L’autre prescription concernait la mère qui devait se présenter au temple 40 jours après la naissance pour une purification rituelle avec une offrande, deux tourterelles pour les plus modestes. (Lv 12,8) Les plus anciens se souviennent de la cérémonie des relevailles que Vatican II n’a plus inscrite dans la liturgie.

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(re)publié: 02/02/2020