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Baptême du Seigneur (12/1) : Homélie

1. Si les évangélistes avaient décidé d’écrire un récit merveilleux de la vie Jésus, ils n’auraient pas rapporté le récit que nous venons d’entendre. Tant il surprend et va à l’encontre de l’image que l’on se faisait d’un envoyé de Dieu. Jean le baptiste en fut le premier offusqué. Il avait annoncé la toute prochaine irruption fracassante de Dieu pour juger le monde et ne vit qu’un homme demander le baptême de conversion. Le baptême de Jésus est l’un des nombreux récits qui ont dit cet abaissement du Christ, que les Pères de l’Eglise ont appelé « kénose ». Le premier d’entre eux fut cette naissance dans des conditions peu enviables. Suivi par ces trente ans dont on ne sait rien sinon que Jésus ne fut qu’un artisan ordinaire. On ne cachera pas non plus qu’il s’est agenouillé aux pieds de ses disciples pour leur laver les pieds, tâche réservée aux serviteurs les plus ordinaires, souvent des esclaves. Pas davantage cette arrestation et condamnation comme malfaiteur. Et pour finir cette descente dans une mort ignominieuse comme dernier acte de cet abaissement qui ne pouvait pas aller plus loin. Décidément les chemins de Dieu ne sont pas les nôtres (Is 55,8).

2. Ce n’est pas cet homme-là que Pierre voulait suivre. Et comme le Baptiste, il a raison de protester : « Non tu ne me laveras pas les pieds… jamais ! ». Ce n’est pas en ce Dieu-là que les hommes voulaient croire. Ni nous non plus, lorsque nous ne cessons de regarder vers en haut, de demander à la toute puissance divine d’intervenir pour nous sortir d’une épreuve, nous guérir d’une maladie, nous apporter la réussite. Nous prions régulièrement pour la paix dans le monde, pour que Dieu y mette la paix. Mais elle n’arrivera jamais parce que ce n’est pas à Dieu de l’y mettre mais aux hommes. A peine une génération a-t-elle compris, au prix de victimes sans nombre, qu’il fallait cesser de se faire la guerre, qu’une autre se lève pour recommencer. Les lieux dans lesquels les hommes dorment en paix ont pour nom cimetières.

3. « Pour le moment, laisse faire ; c’est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste » fut réponse de Jésus. Ainsi a commencé et se poursuivrait la mystérieuse mission de Jésus, telle que voulue par le Père depuis toujours. Jésus est entré dans la condition humaine par la petite porte, en a vécu les douloureux et mortifères événements et prit sur lui le péché du monde afin que l’homme soit recréé à l’image de Dieu. Il est passé par la mort pour donner la vie. Il faut que le grain tombe en terre et meurt pour donner l’arbre et la fleur et le fruit. La foi chrétienne propose à chacun d’épouser le projet du Christ-Jésus, de nous associer à lui, premier de cordée. Non, nous ne guérirons pas de nos maladies, ne réussirons pas en tous nos projets parce que nous aurons beaucoup prié. Mais nous le prierons de nous envoyer l’Esprit de Jésus, l’Esprit Saint, pour porter avec lui un peu de la misère du monde. Le Père ne le refuse pas à celui qui le lui demande (Lc 11,13).

4. Cela commence par notre regard. Vous pouvez faire comme moi une constatation bien simple et bien inquiétante aussi. Quelle indifférence profonde nous habite quant il s’agit de l’autre, de celui qui n’a pas de nom, de cette personne inconnue dans la rue ou dans un supermarché. Une silhouette qui passe, un visage inconnu fugitif et on ne les voit pas. Et pourtant quelle richesse en chaque personne, quelle somme insoupçonnée d’expériences, de bonheurs mais aussi de souffrances qui ont forgé ou déformé ces visages. Chacune de ces personnes est un monde d’une complexité vertigineuse, une histoire unique qui ne se reproduira plus, un écheveau d’échecs et de réussite, nœud de souffrances et de bonheurs. Et nous passons à côté sans un regard, sans une pensée. Je crois que Jésus avait ce pouvoir dans les yeux. Son regard se posait avec une bienveillance naturelle sur celui qu’il regardait. Malade ou bien portant, riche ou pauvre. Une naturelle bienveillance. Entré en humanité à Bethléem et Nazareth, entré dans l’eau du Jourdain, il nous signifie aujourd’hui qu’il cheminera indéfectiblement avec l’homme tel qu’il est. Le prenant là où il est, pour le conduire là où il va, vers le Père.

Seigneur, tu vois combien je suis peu attentif à ce que tant d’hommes vivent sous mes yeux, combien je cherche même à ne pas être inquiété par leurs problèmes alors qu’ils auraient besoin de moi. Fais-moi la grâce de pouvoir les regarder comme toi. Parce tu les as mis sur ma route, parce que peut-être ils attendent de moi un peu plus d’attention, de considération. Parce qu’ils attendent de voir en mes yeux ton regard, en mes paroles ta tendresse, en mes gestes ta manière. Seigneur, fais-moi la grâce d’être AVEC eux un peu plus chaque jour que tu me donnes. Amen.

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(re)publié: 12/01/2020