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Année A

7e dim. ordinaire (19/2) : Aimez vos ennemis... faites du bien à ceux qui vous haïssent... Ne réclame pas à celui qui te vole

Voilà certainement les paroles les plus surprenantes, les plus choquantes même de l’évangile. Qu’on ne retrouve dans aucune autre religion à un tel degré. Aimer, on sait un peu faire, mais aimer ses ennemis, cela demande d’abord de renoncer à la vengeance, ce qui n’est déjà pas si simple, d’aller ensuite jusqu’au pardon.

Comment pardonner à ceux qui vous veulent du mal, qui vous font ou vous ont fait du mal, n’est-ce pas tout simplement un comble d’injustice ? Comment des parents peuvent-ils pardonner à ce chauffard qui a tué leur enfant et n’éprouve peut-être même pas de remords ? Comment ces personnes abusées dans leur enfance, pour certaines marquées à vie, pourraient-elles pardonner à leurs violeurs ? Pardonner, n’est-ce pas donner raison à l’offenseur et passer pour un faible ? Pardonner est-il au-delà des horizons de l’humaine condition, au-dessus de ses forces, réservé à une élite. « Ce n’est pas pour moi, c’est pour les saints » entendons-nous dire.
On ne peut se mettre à la place des victimes des injustices passées ou présentes les plus grandes pour leur dire « Pardonnez…. Aimez …. ». Comme devant toute souffrance on ne peut que se taire, écouter et prier.

Et pourtant on doit essayer de comprendre ce que Jésus demande à ses disciples, des gens comme tout le monde. Ecoutons-le-nous dire le pourquoi du pardon nécessaire.
« Lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande » (Mt 5,23-24).
Vous l’avez entendu : « lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel… » C’est donc dans une démarche de croyant que s’inscrit la demande de Jésus. Certes le pardon peut être perçu comme une arme de pacification dans nos relations sociales. Comme aussi un supplément de bonheur si on suit le Père Lacordaire, un célèbre prédicateur d’avant le siècle passé qui disait : « Vous voulez être heureux un instant ? Vengez-vous ! Vous voulez être heureux toujours ? Pardonnez ! » Jésus, lui, demande de regarder vers Dieu pour nous engager sur la voie du pardon. Souvenons-nous de la parabole du débiteur impitoyable. Son maître lui avait remis une énorme dette parce qu’il l’avait supplié. Mais ce serviteur n’a pas pitié de celui qui lui devait une bien modeste dette et le traite férocement. « Mauvais serviteur, je t’avais remis toute cette dette, parce que tu m’avais supplié. Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ? » (Mt 18,32-33).
Vous l’aurez remarqué aussi : « si ton frère a quelque chose contre toi, va d’abord te réconcilier avec lui » dit Jésus. C’est celui qui est offensé qui est invité à faire le premier pas. Autrement dit : n’attends pas qu’il vienne d’abord à toi pour y répondre. A l’image du Père de l’enfant prodigue qui, le voyant revenir uniquement motivé par la faim, « fut pris de pitié ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers » (Lc 15,20). Jésus résume toute sa mission lorsqu’il déclare à ceux qui lui reprochaient ses ‘mauvaises fréquentations’ : « Allez donc apprendre ce que signifie : C’est la miséricorde que je veux, non le sacrifice. Car je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs. » (Mt 9,13)

Jésus veut nous faire comprendre d’abord que nous ne saurons et ne voudrons pas pardonner tant que nous n’aurons pas pris conscience du pardon que le Seigneur nous accorde. Tant que nous n’aurons pas eu révélation de l’immensité de l’amour de Dieu pour nous, nous ne saurons pas en distribuer autour de nous. C’est là notre péché. Ce manque de reconnaissance de l’amour reçu. Jésus l’avait signifié à Simon, le pharisien qui l’avait invité à table et s’offusquait de voir une pécheresse s’approcher de Jésus pour lui manifester de la reconnaissance (Lc 7,43). Plus on se sent aimé, plus on aime et plus on est capable de pardonner. C’est cela que Jésus nous donne de comprendre. C’est cela qu’il a vécu. Quelques instants avant de partir pour le jardin de l’Agonie il confiera à ses disciples : « J’aime mon Père et j’agis conformément à ce que le Père m’a prescrit » (Jn 14,31).

Jésus, qui nous propose ce commandement, a vécu au quotidien l’incompréhension, le rejet, la calomnie et finalement la condamnation, la souffrance d’une mort infamante, injuste. Il n’y avait pourtant pas plus juste que lui. Il n’y avait pas plus miséricordieux que lui. Et il fut l’un de nous lorsque ressentit toute la souffrance qui naît l’injustice. Il fut l’un de nous lorsqu’il ressentit en lui la rébellion de la nature de l’homme, cette déchirure lorsque l’on ne comprend plus, lorsqu’on n’accepte plus. Jésus est l’un de nous lorsqu’il crie : « Mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » Comme s’il avait perdu pied. Comme s’il ne comprenait plus ce qui était en train de se passer. Alors ceux qui étaient là, les curieux et les bourreaux, ceux qui pleuraient et ceux qui ricanaient entendirent : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. » Parce qu’en sa fragilité humaine il ne peut plus pardonner lui-même, celui qui avait tant pardonné, maintenant demande à son Père de le faire pour lui. Sa dernière prière.

Ce fut aussi celle de ce déporté juif avant sa mort. Elle a été retrouvée par un soldat américain, au moment de la libération d’un camp, écrite sur du papier d’emballage :
"Seigneur, quand tu reviendras dans la gloire, ne te souviens pas seulement des hommes de bonne volonté. Souviens-toi également des hommes de mauvaise volonté.
Mais ne te souviens pas alors de leurs cruautés, de leurs sévices, de leurs violences.
Souviens-toi plutôt des fruits que nous avons portés à cause de ce qu’ils ont fait.
Souviens-toi de la patience des uns, du courage des autres, de l’humilité, de la grandeur d’âme, de la fidélité qu’ils ont réveillés en nous.
Et fais, Seigneur, que ces fruits que nous avons portés soient un jour leur rédemption."

 
Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz ; ancien professeur de sciences physiques et ancien directeur de lycée Saint-Augustin à Bitche.
Toujours en paroisse à Bitche et environs. Responsable des Appros (épicier en gros en quelque sorte) pour l’association des « Restos du cœur » de Moselle-Est.

as1932 gmail.com
Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz ; ancien professeur de sciences physiques et ancien directeur de lycée Saint-Augustin à Bitche.
Toujours en paroisse à Bitche et environs. Responsable des Appros (épicier en gros en quelque sorte) pour l’association des « Restos du cœur » de Moselle-Est.

(re)publié: 01/02/2017
1ère public.: 02/03/2014