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Année A

3ème dimanche

« Jésus quitta Nazareth et vint habiter Capharnaüm » venons-nous d’entendre. Il quitte un village modeste, tranquille, peu fréquenté, où tout le monde se connaissait, dans lequel tous partageaient la même foi, les mêmes habitudes religieuses… pour se rendre à Capharnaüm, ce village situé plus au nord du lac de Galilée, lieu de passage des caravanes commerçantes en route vers l’Egypte ou la Mésopotamie, ce village de pêcheurs dont on disait qu’il était le « carrefour des païens ». Pas seulement à cause des étrangers. Les Juifs qui y étaient établis vivaient au milieu de ces païens, avaient appris à vivre ensemble et de ce fait n’étaient plus parfaitement « fidèles à la Loi » aux yeux des puristes. Qu’allait-il donc faire dans ce village dont le nom est devenu symbole de désordre, de pagaille ?

« Pour que soit accomplie la parole du prophète Isaïe : « “Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière.” » On entend déjà au loin Jean l’évangéliste nous dire que cette Lumière s’appelait Jésus.
Mais de lumière, les gens de Capharnaüm ne virent qu’un homme ordinaire, originaire de ce village de Nazareth dont les plus avertis des maîtres juifs disaient qu’il ne pouvait rien sortir de bon.
Au lieu de l’arrivée de ce Règne de Dieu qui serait bonheur sans fin, on continuait à devoir se soumettre dans la peur à Hérode et à Ponce Pilate.
Au lieu d’une proclamation solennelle de la délivrance de tout un peuple, ne voici qu’un appel à un examen de conscience personnel : « Convertissez-vous. »
Au lieu d’une multitude de prophètes pour proclamer la venue du règne de Dieu, ils ne sont que deux puis quatre, puis douze petits pêcheurs de lac, ceux qu’il appelle et qui s’entendent dire : « Venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. » La pêche, ils connaissaient bien mais « pêcheurs d’homme », qu’est-ce que cela voulait bien dire ?

Ces pêcheurs du lac, aux pieds bien par terre, ces petites gens de la plaine, pauvres et besogneux, attendaient de trouver le bonheur tel qu’ils se l’imaginaient. Le bonheur de pouvoir manger sans mendier. Le bonheur de la guérison pour ceux qui souffraient, pour ces handicapés que l’on regardait comme « punis par Dieu ». Le bonheur de la dignité pour ceux qu’on appelait publicains et qu’on traitait de lépreux de l’âme parce qu’ils ne pratiquaient pas comme il le fallait.
Jésus a bien ressenti ces appels et y a répondu en guérissant, en s’approchant de ceux que l’on écartait. Mais il a dit et voulu donner bien plus que ce bonheur connu des hommes. Un bonheur qui viendrait à la manière d’en haut. Un bonheur qu’il vécut lui-même.
Son bonheur à lui fut d’appeler à lui cet aveugle, il s’appelait Bartimée, assis au bord du chemin, et qu’on voulait empêcher de l’approcher. Son bonheur fut de toucher ces lépreux, ces intouchables, pour qu’ils retrouvent dignité et considération. Son bonheur fut de sauver cette femme qu’on était tout près de lapider. Son bonheur fut de bénir et d’embrasser ces enfants dont il louait la simplicité confiante. Son bonheur à lui passa par le cœur, la tendresse, la miséricorde, l’esprit de paix. Et ce qu’il a vécu, il voudrait le voir vivre à ses disciples pour que sa joie « soit en eux et qu’elle soit complète ».

Il y a 10 ans, décédait l’abbé Pierre. Il a créé la première communauté avec Georges Legay qui avait tenté de se suicider : « Je ne peux rien te donner, je n’ai que des dettes, je suis fatigué. Mais toi puisque tu veux te suicider, tu n’as rien à faire de ta vie : si au lieu de te tuer, tu venais me donner un coup de main à aider les autres. » Son exemple a fait tache d’huile. Comme Coluche qui s’en est inspiré à sa manière. Et bien d’autres aujourd’hui. Ils ont donné, ils ont trouvé du bonheur.

Seigneur, s’il m’arrive d’être morose, découragé, voire déprimé, passe sur les rivages de mes jours. Ne me laisse pas m’installer dans mes filets mais fais lever le vent de ton Esprit qui poussera ma voile au large.
Amen

 
Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz ; ancien professeur de sciences physiques et ancien directeur de lycée Saint-Augustin à Bitche.
Toujours en paroisse à Bitche et environs. Responsable des Appros (épicier en gros en quelque sorte) pour l’association des « Restos du cœur » de Moselle-Est.

as1932 gmail.com
Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz ; ancien professeur de sciences physiques et ancien directeur de lycée Saint-Augustin à Bitche.
Toujours en paroisse à Bitche et environs. Responsable des Appros (épicier en gros en quelque sorte) pour l’association des « Restos du cœur » de Moselle-Est.

(re)publié: 15/01/2017
1ère public.: 15/01/2017