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Année A

3e dim. de Pâques (30/4) : Commentaire

Non le deuxième dimanche après Pâques, mais le troisième de Pâques, car la fête continue, une fête unique. La montée du Carême nous a conduits vers un sommet, un sommet large, tel un haut plateau qui ne connaît pas de descente et sur lequel nous avançons dans la joie. Le coeur ne s’habitue pas à l’incroyable nouvelle. Comme hébété par la hauteur, il lui faut du temps pour réaliser l’inouï : Christ n’est plus... selon la chair« , tel que nous l’avions médité pendant le Carême, peinant, luttant, souffrant - il est maintenant... selon l’Esprit ».

Avec la première communauté chrétienne de Jérusalem, scrutons les Ecritures pour y trouver l’annonce du Christ de gloire (première lecture). La liberté qu’il nous apporte vaut bien mieux que tout l’argent, tout l’or du monde (deuxième lecture). Nous sommes lents à croire comme les disciples d’Emmaüs, mais Jésus patiente. Ah ! Que, dans cette eucharistie, nous l’écoutions, alors qu’il nous ouvre à l’intelligence des Ecritures ! Puis, quand il rompra le pain, que nos yeux s’ouvrent et que notre coeur se mette à brûler ! (évangile).

Première lecture : Ac 2,14.22b-28

Le Jour de la Pentecôte, Pierre parle de la résurrection de Jésus : Ce qui se passe aujourd’hui, dira-t-il plus bas, est dû à Celui que Dieu a ressuscité. Voyez comme l’Esprit de la Pentecôte proclame la résurrection de Jésus.

Pierre parle debout avec les autres apôtres, au nom de toute la jeune Eglise. Il proclame d’une voix forte le message central et unique, en un bref résumé qui nous donne déjà le canevas de ce que seront plus tard les évangiles : Jésus né à Nazareth, ses miracles, prodiges et signes, sa mort (déjà détaillée), sa résurrection.

Suit un argument biblique. Pierre s’adresse à des Juifs, familiers de la Bible, et leur montre que les versets du psaume (Ps 15,8-11) « Ma chair elle-même reposera dans l’espérance : tu ne peux pas m’abandonner à la mort ni laisser ton fidèle connaître la corruption » - que ces versets ne peuvent s’appliquer à David, censé être l’auteur de la supplication ; car David est bel et bien mort et enterré. Ces versets s’appliquent à Jésus que Dieu a ressuscité et qui est élevé dans la gloire par la puissance de Dieu.

Texte significatif au plus haut point. Pour Pierre la résurrection de Jésus n’est pas un à-côté, mais l’événement central, le noyau autour duquel gravite « tout le reste ». Toute la prédication des apôtres a comme thème central cette résurrection. Ne citons que Ac 3,15 ; 4,10 ; 5,30 ; 10,40 ; 13,33... Cette résurrection est aussi la pierre d’angle sur laquelle repose notre destinée. Grâce au Ressuscité ma chair, elle aussi, reposera dans l’espérance. La mort n’est plus un trou absurde, mais un tunnel qui débouche sur la lumière où, à mon tour, je serai élevé dans la gloire. En sommes-nous assez convaincus, nous auxquels Nietzsche reproche justement de n’avoir pas des mines de ressuscites ? Laissons-nous prendre par cette allégresse, cette joie, cette espérance de la jeune Eglise dont Pierre est ici le dynamique porte-parole.

Psaume 15

Psaume que Pierre vient de commenter dans la première lecture. Jésus le Ressuscité dit à son Père :

De toi dépend mon sort. Le Seigneur est à ma droite pour me protéger. Aussi je suis inébranlable. Tu ne m’as pas abandonné à la mort, tu ne m’as pas laissé voir la corruption. Tu m’as ressuscité.

Avec le Christ chantons : Mon coeur exulte, mon âme est en fête... devant ta face, débordement de joie. Car tu ne m’abandonneras pas à la mort. Aussi je suis inébranlable.

Deuxième Lecture : 1 P 1,17-21

Celui qui est loin de Dieu peut trouver un sens à sa vie ; mais seulement un sens court : les valeurs terrestres, l’or et l’argent... tout sera détruit. Et alors la vie se trouve sans but.

Mais Christ nous a libérés de cette aliénation, lui, le vrai Agneau pascal. Le sang du premier agneau pascal avait sauvé les Israélites quand ils sortirent d’Egypte (Ex 12,1-14). Le sang du Christ, autrement précieux, nous a libérés en profondeur : de l’absurde, du vide, de la mort définitive. Car il en a triomphé : Dieu l’a ressuscité d’entre les morts et lui a donné la gloire.

Ne nous fions pas aux libérations courtes. Mettez votre foi et votre espérance en Dieu. Vivez donc dans la crainte de Dieu, crainte faite de vénération, de délicatesse du coeur - un des sept dons de l’Esprit.

Evangile : Lc 24,13-35

Page célèbre s’il en est, aussi fine dans l’expression que profonde de contenu. Nous ne la lisons pas sans émotion, nous n’avons pas de peine à nous reconnaître dans les deux déçus sur le chemin d’Emmaüs et notre coeur aussi se met à brûler. Car ce ne sont pas deux sceptiques, les événements concernant Jésus ne leur sont pas indifférents, ils en parlent ensemble, ils en sont tristes. Aussi Jésus ne les laisse-t-il pas sans secours. Il vient lui-même. Lentement il les prépare, les questionne, les provoque et, humour, voici qu’ils lui font la leçon, citant, dirions nous, les évangiles : Jésus prophète, puissant par ses actes (ses guérisons) et ses paroles (sa prédication). Tout l’évangile y est, sauf... Ils sont comme Thomas, il leur faut voir plutôt que croire : quelques femmes du groupe... quelques-uns de nos compagnons ont vu le tombeau vide, mais lui, ils ne l’ont pas vu. Les deux sont à la porte de la foi, désespérés de la croire fermée.

Alors Jésus doucement, patiemment leur explique dans toute l’Ecriture ce qui le concernait et comment il fallait (Jésus n’avait-il pas dit avant sa passion : « il faut ») que le Messie souffrit pour entrer dans sa gloire ! Il fallait, non quelque aveugle fatalité, mais une nécessité intérieure : réaliser le plan d’amour du Père.

Leurs yeux sont encore aveuglés, ils ne le reconnaissent toujours pas ; mais cette liturgie de la Parole, dirions-nous, leur a déjà réchauffé le coeur ; ils font le geste qu’il fallait faire : reste avec nous. C’est alors la fraction du pain, signe de la Cène, maintenant repas pascal ; leurs yeux s’ouvrent, ils le reconnaissent.

Admirable récit qui s’agence comme une messe : la venue du Christ au milieu de l’assemblée, la méditation des événements de Jésus à la lumière de l’Ecriture, la fraction du pain. C’est dans cette dernière que la révélation du Christ, la communion avec lui atteint son maximum d’intensité ; et, si le coeur est déjà brûlant tandis qu’il parle, c’est dans l’Eucharistie que nos yeux s’ouvrent et que nous le reconnaissons. Puis nous sommes envoyés pour témoigner, raconter ce qui s’était passé sur la route.

Qui d’entre nous ne s’est, plus d’une fois, retrouvé sur la route d’Emmaüs déçu, doutant de tout ? Pourvu que nous ne soyons pas indifférents. Alors le compagnon invisible, comme, vers le soir, se joindra à nous et nos yeux, tout à coup, seront illuminés.

 
René LUDMANN, cssr
René LUDMANN, cssr
(re)publié: 28/02/2017