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Année A

2e dim. de Pâques (23/4) : Commentaire

Dimanche de la Divine Miséricorde

Avant le concile, on appelait ce dimanche le premier après Pâques. Depuis la réforme liturgique, nous l’appelons, avec plus de bonheur, le deuxième dimanche de Pâques, pour bien marquer que les cinquante jours du Temps pascal sont une seule et grande fête.

Le Ressuscité apparaît à ses disciples, il leur donne sa paix, il leur insuffle l’Esprit, il les envoie (évangile). Les voilà constitués en Eglise. La première lecture brosse un rapide tableau de cette communauté primitive, tandis que la seconde engage ceux que Dieu a fait « renaître », les baptisés, à tenir bon malgré la difficulté de croire. De cette dernière Thomas nous est l’illustration sympathique (évangile).

Première lecture : Ac 2,42-47

Dans les Actes, ce récit se situe immédiatement après l’événement de la Pentecôte. Qu ’il soit placé ici comme récit pascal montre bien l’intention de la liturgie de ne pas séparer Pâques et Pentecôte, mais de les célébrer comme un seul mystère. Jésus ressuscité est déjà dans l’Esprit, et l’Esprit nous donne Jésus ressuscité.

Ce récit de la communion fraternelle entre tous ceux qui étaient devenus croyants ne semble pas, à première vue, avoir de rapport avec la résurrection du Christ. Que veut-il ici ? Tout simplement montrer la résurrection de Jésus dans ses effets. Celle-ci, après avoir transformé le Christ, change aussi ses disciples. C’est le Christ ressuscité, invisiblement mais réellement présent parmi eux, qui les fait être une vraie communauté chrétienne, vivre en communion, être un seul cœur. Ce qui consiste à être fidèle à l’enseignement des apôtres - à participer aux prières, à la louange de Dieu, à rompre le pain (expression qui semble indiquer l’eucharistie) - à partager les biens - à vivre dans l’allégresse et la simplicité - à rayonner au point que chaque jour d’autres entraient dans la communauté.

Le tableau de ces premiers jours de l’Eglise (ces mots ne sont pas dans le texte, mais ont été ajoutés pour situer la lecture) nous donne les éléments qui constituent une véritable communauté, ce que devrait être la nôtre si nous nous laissons prendre par Jésus le Ressuscité. Fêtons Pâques en réalisant nos communautés selon ce modèle.

Tableau sans doute idéalisé, mais il est certain que la première ferveur produit l’incroyable. Les débuts sont toujours frais, dynamiques, sans compromissions, comme on le voit dans les premières années d’une fondation, d’une conversion, d’un amour. Revit l’amour, revit l’impossible.

Psaume : Ps 117

Les versets sont du même psaume triomphal qu’à la Veillée pascale et qu’au Jour de Pâques.

Maison d’Israël, communauté assemblée, dis et répète : Eternel est son amour. Dis avec Jésus ressuscité : On m’a poussé, bousculé pour m’abattre. Mais le Seigneur m’a donné la victoire.

La pierre, le Christ, qu’ont rejetée les bâtisseurs, les pharisiens, est devenue la pierre d’angle de l’Eglise.

Ouvrez-moi les portes, j’entrerai dans l’assemblée. Avec toute la communauté je rendrai grâce et je chanterai : Haec dies : Voici le jour que fit le Seigneur !

Deuxième lecture : 1 P 1,3-9

Une des plus belles hymnes de louange que nous connaissions : Béni soit Dieu le Père de Jésus le Christ. Tressaillez de joie (deux fois !). A Dieu louange, gloire, honneur !

Et pourquoi ? Grâce à la résurrection de Jésus, Dieu nous a fait renaître : forme expressive pour le baptême, qui est une résurrection à la vie sans vieillissement. La résurrection du Christ et notre baptême sont deux étapes d’une grande re-naissance, en attendant la troisième étape, car ce baptême est en vue du salut à la fin des temps ; le salut (la réussite complète, finale de notre vie) est l’aboutissement de notre foi.
Résurrection du Christ et baptême sont donc la base d’une espérance vivante. Non un “peut-être”, mais une certitude : l’héritage nous est déjà réservé, le salut est déjà prêt. Pas de crainte. La joie inexprimable.
Mais, pour un peu de temps, il faut encore passer par toutes sortes d’épreuves ; celles-ci vérifieront la qualité de notre foi, comme le feu qui vérifie l’or. Tenons donc bon, aimons le Seigneur sans le voir encore. Dès aujourd’hui, notre vie en sera transfigurée.

Passé (le baptême reçu), présent (l’épreuve), avenir (la manifestation à la fin des temps) s’imbriquent ici dans une hymne de confiance, de foi en Celui que nous aimons sans l’avoir vu.

Evangile : Jn 20,19-31

On aurait tort de bloquer l’attention sur la scène de Thomas ; celle-ci n’est qu’un épisode de ce texte très riche, texte qui a été, un temps, la conclusion de l’Evangile de Jean (voir plus bas), et où l’évangéliste nous donne le résumé et le sommet de son message. On y distingue nettement trois parties : 1. L’apparition du Jour de Pâques, 2. L’épisode de Thomas, 3. La conclusion proprement dite.

1. L’apparition, le soir du premier jour de la semaine, juive, du jour où Jésus ressuscita.

C’est une apparition-type qui résume toutes les autres. Elle a un double but.

D’abord faire naître la foi des disciples en Jésus, le Ressuscité. Il était là, au milieu d’eux. L’essentiel est dit. Quand quelqu’un meurt, il n’est plus là, sinon moralement, dans le souvenir. Jésus est là, réellement, au milieu des siens, d’une présence particulière et unique. Ce n’est pas un esprit et, pour bien le prouver, Il leur montra ses mains (où restaient les traces des clous) et son côté (entrouvert par la lance). Christ ressuscité est bien celui qui a été transpercé. Dans d’autres apparitions, il leur dira : « Touchez-moi, je ne suis pas un esprit » ; il mangera devant et avec eux (Lc 24,37-43).

Mais c’est un Jésus transformé. Les portes étaient verrouillées, pourtant Jésus vient et il est là. Ne nous imaginons pas Jésus dans une espèce de corps gazeux pénétrant je ne sais par quelles fissures. Le corps glorieux du Christ échappe aux lois de notre matière, tout en pouvant en reprendre les propriétés. On chercherait comme point de comparaison (mais ici la comparaison cloche particulièrement) notre propre corps qui est carbone, hydrogène, fer... mais c’est en nous de la matière animée. Cette animation confère aux éléments des propriétés supérieures. Ainsi le Christ est-il animé par l’Esprit Saint et possède maintenant des possibilités insoupçonnées. Et les marques des clous et de la lance ne sont plus des plaies, mais des signes glorieux qui rayonnent la victoire du Christ.

Les disciples, aux contacts répétés du Christ pendant ces quarante jours, auront le temps de se pincer la peau pour s’assurer de ne pas être les victimes d’une illusion. Surtout ils auront avec lui d’intenses conversations (Il leur expliqua les Ecritures Lc 24,44-46) qui approfondiront leur foi. Cette foi sera à jamais immunisée contre la peur. Ils sont remplis de joie. Jésus leur donne sa paix, qui est assurance, foi intrépide si forte qu’elle sera la base de la nôtre, de la nôtre qui repose sur leur témoignage, un témoignage fiable qu’ils porteront jusqu’au martyre.

Le deuxième but de ces apparitions est de préparer les apôtres à continuer la mission de Jésus, maintenant qu’il va les quitter. Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Pour cela, il envoya sur eux son souffle, quelque chose de lui-même, et il leur dit : Recevez l’Esprit Saint. Pour Jean (et pour la liturgie) Pentecôte est déjà réalisée à Pâques. Déjà les disciples reçoivent la mission et le pouvoir de remettre les péchés, expression large qui englobe, au-delà du sacrement de la réconciliation, tout le pouvoir libérateur de Jésus. Le Credo ne dit-il pas : Je crois au baptême pour la rémission des péchés ?

Selon saint Jean, la Pentecôte a donc déjà lieu le jour de Pâques. Contradiction ? Non point. Pâques et Pentecôte sont une seule et même fête qui va s’amplifiant : à Pâques c’est le bourgeon gonflé de sève, à la Pentecôte c’est la fleur joyeusement étalée. Avec un rare bonheur la liturgie proclame le même évangile au début et à la fin du Temps pascal, l’évangile qui tient unis la résurrection de Jésus et l’envoi de l’esprit Saint.

Le jour même de Pâques, l’Eglise est donc née. Tous ses éléments constitutifs sont en place : Une communauté qui se réunit régulièrement, et de préférence le premier jour de la semaine juive, notre dimanche, parce que, ce jour-là, le Christ ressuscité est apparu le plus volontiers. Une communauté de foi en Jésus, le Ressuscité. C’est une communauté “chrétienne”, parce que le Christ est en elle, d’une présence agissante : Jésus est là au milieu d’eux.

La mission, l’envoi et le pouvoir pour l’exercer : le souffle qui communique l’Esprit Saint pour libérer les hommes.

Un minimum de structure hiérarchique en la personne des Douze.

Bon, c’est de l’histoire. Et moi, là-dedans ? Mais l’Eglise, c’est toi aussi. Dieu veut te donner sa paix. Accepte-la, cette paix toute particulière qui dérange tes égoïsmes. Dieu veut t’envoyer, il veut que tu l’aides à libérer l’homme. Es-tu assez libre pour libérer ? Assez pacifié pour apaiser ? Vois donc comme tu es concerné !

2. L’épisode de Thomas

Présenter Thomas comme le sceptique au milieu d’un groupe d’apôtres croyants est d’une déformante simplification. Tous les apôtres ont passé par son doute. « Le témoignage des femmes leur parut radotage et ils ne crurent pas » (Lc 24,11). « Jésus lui-même, en apparaissant aux Onze, leur reprocha leur incrédulité et leur dureté de cœur parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscité des morts » (Mc 16,14). Thomas est donc ici le personnage incarnant tous les apôtres au stade de leur désarroi. Ce n’est pas le doute froid, le scepticisme ; c’est la difficulté de croire à l’humainement impossible ; c’est notre désarroi qu’il exprime, et qui n’est pas faute, mais souffrance lorsque, désemparés, nous peinons dans la nuit du doute.

Jésus ne reste pas indifférent à ce trouble du cœur, il donne un signe : Avance ton doigt, ta main. Mais il ajoute : Sois croyant, c’est-à-dire : du signe que je te donne, passe à la foi. Les pharisiens, aussi, ont vu des signes, tel celui de la multiplication des pains et tant d’autres, mais ils les ont refusés. Thomas dépasse le stade du signe et crie l’acte de foi le plus haut que connaissent les évangiles ; il proclame Jésus comme Ressuscité et comme Dieu tout à la fois : Mon Seigneur et mon Dieu ! L’évangile de Jean atteint ici son sommet. Tout est dit.

L’importante phrase qui suit est destinée à la deuxième génération chrétienne, celle (dont nous-mêmes) qui n’a pas eu le signe exceptionnel, qui n’a pas vu et touché directement le Ressuscité. Jésus affirme que nous ne sommes pas défavorisés par rapport à ces privilégiés, car tous, apôtres et communautés chrétiennes d’aujourd’hui, nous devons et pouvons croire (nous donner au Christ) sans toujours avoir des signes évidents : heureux ceux qui croient sans avoir vu.

La vraie preuve vient après l’acte de foi, quand la foi est vécue. C’est alors une preuve « expérimentale », où nous goûtons ce que nous croyons. Qu’attendons-nous pour accéder à cette preuve supérieure où l’amour expérimente le fruit de sa confiance ?

3. La conclusion proprement dite, qui était d’abord la conclusion de tout l’évangile de Jean. Le chapitre 21 a été ajouté plus tard.

Ces quelques phrases résument l’intention de l’auteur et l’optique dans laquelle il désire être lu : ces signes (les faits et miracles du Christ sont pour lui des signes à décrypter) y (dans ce livre) ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le fils de Dieu. Son évangile veut donc nous mener à la foi au Christ. Et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom, la vie de Dieu en communion avec Jésus.

Nous ne lisons bien l’Evangile que si nous y cherchons une foi plus vive, une vie avec le Christ plus exaltante.

 
René LUDMANN, cssr
René LUDMANN, cssr
(re)publié: 23/02/2017