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Année A

17e dim. ordinaire (30/7) : Commentaire

Nous sommes venus célébrer l’eucharistie parce que nous avons compris que le Christ est le trésor, la perle fine qui surpasse toutes les richesses de ce monde. Mais ce trésor est toujours à redécouvrir, et il faut toujours, à nouveau, sacrifier les bagages inutiles pour chercher l’essentiel (évangile). Prions, pendant cette messe, pour avoir cet indispensable discernement (première lecture). Car, sachez-le, vous êtes appelés à une gloire que vous pouvez soupçonner (deuxième lecture).

Première lecture : 1 R 3,5.7-12

Gabaon est à 9 km au nord-est de Jérusalem. A l’époque de Salomon s’y trouvait encore l’autel des sacrifices, car le temple de Jérusalem n’était pas encore bâti. C’est à cet ancien lieu de culte que le jeune roi a un songe, ce qui est tout autre chose qu’un rêve : le Seigneur lui apparut. Salomon vient à peine de monter sur le trône de David son père. Il se sait un tout jeune homme, incapable de se diriger, inexpérimenté. Et le voilà au centre du peuple élu, un peuple si nombreux et si important. Dans la conscience de sa faiblesse, Salomon demande à Dieu un cœur attentif, attentif à la loi du Seigneur, attentif aux requêtes de ses sujets. Il demande le discernement, l’art de gouverner.

Cette demande plut au Seigneur qui lui dit : Puisque tu n’as pas demandé de longs jours, ni la richesse, ni la mort de tes ennemis (les principaux objets de demandes des rois d’alors, voir les psaumes royaux, par exemple le Ps 20), je te donne un cœur intelligent et sage... tel que personne n’en a eu avant toi et que personne n’en aura après toi. Effectivement, le roi Salomon sera, pour les écrits de l’Ancien Testament, le sage par excellence.

A première lecture, nous ne nous sentons pas concernés : nous ne sommes ni rois, ni chefs de gouvernement. A y regarder de plus près, ce texte concerne plus de gens qu’on ne croit : responsables d’entreprises, de communes ; parents, éducateurs, laïcs chargés de ministères...

Mais qui donc pourrait se dispenser de demander la sagesse, un nouvel art de vivre dans un monde programmé à outrance ? Le discernement, un jugement sûr pour prendre des décisions importantes, faire des choix difficiles dans la profession ou la famille, un nez fin pour déceler les attrape-nigauds de la propagande, une vie exemplaire qui guidera nos enfants ? Voilà les biens précieux pour aujourd’hui que Jésus nous demandera instamment de rechercher, tel un trésor caché, une perle de grand prix (évangile).

Psaume : Ps 118

Le plus long du psautier. Y reviennent constamment les mots de parole, loi, promesse, volonté, exigence, précepte... Rien de juridique - d’où les équivalents : amour, tendresse de Dieu...

Oui, Seigneur, je veux me régler sur ta parole, elle me vaut plus qu’un monceau d’or ou d’argent... plus que de l’or précieux. Comme le jeune Salomon (première lecture) je la préfère à toute autre. Elle m’est bonheur, consolation, plaisir. Elle m’illuminera. Oui, je veux l’observer, la garder.

Deuxième lecture : Rm 8,28-30

Voici quelques versets que les angoissés, toujours inquiets d’être rejetés par Dieu, feraient bien d’apprendre par cœur - et aussi le chrétien moyen, trop peu conscient de ce que Dieu voudrait faire de lui.

Nous le savons - tous les chrétiens d’alors connaissaient le proverbe déjà en cours chez les rabbins juifs : Quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien. Entendez : leur bien spirituel ; car, humainement parlant, ils sont souvent plus mal lotis que les “mécréants”. Même la souffrance et l’échec tournent pour eux en grâce. Pour en arriver là, il faut évidemment aimer Dieu !

Oui, Dieu a un plan, un dessein de son amour, par lequel sa sollicitude nous poursuit inlassablement. Nous n’étions pas encore nés qu’il nous connaissait par avance, comme il est si souvent dit des prophètes : « Avant que tu sois sorti du sein de ta mère, je te connaissais » (Jr 1,5). Dieu a rêvé de nous comme des parents qui rêvent d’un enfant (Ep 1,4).

Il nous a appelés à entrer dans son intimité. Il nous a destinés... le texte littéral dit prédestinés : on ne saurait, en aucun cas, tirer de ce verset une espèce de prédestination au bien, et encore moins au mal, puisqu’il est dit plus haut : ceux qui aiment Dieu. On n’aime que dans la liberté.

C’est donc dans le respect de notre liberté, avec notre consentement amoureux, que Dieu nous destine à une transformation extraordinaire. C’est un bouleversement de notre vie : il nous a destinés à être à l’image de son Fils, à lui ressembler. Non seulement par une “bonne conduite”, mais par un véritable changement d’état. Nous devenons fils du Père, comme Jésus, lui qui est l’aîné d’une multitude de frères.

Ainsi nous devenons des justes. Non de quelque justice sociale ou juridique, mais notre vie est alors telle qu’elle doit être, harmonieuse avec Dieu, telle une note qui sonne juste. Ainsi justifiés, nous recevons la gloire, nous participons à la résurrection du Christ. Cette gloire deviendra visible le jour de notre rencontre définitive avec Dieu.

Et dire que nous écoutons sans sourciller ! Savons-nous assez à quoi Dieu nous destine ? Pauvre chrétien fait pour voler haut et qui traînes tes ailes ! Chrétien, prends conscience de ce que tu es ! Célèbre l’eucharistie debout, en fils aimé, appelé, destiné, justifié, glorifié !

Évangile : Mt 13,44-52

Jésus disait à la foule les paraboles que voici. Les Orientaux étaient, sont encore friands de ces “récits à tiroirs”, faciles à mémoriser, et qui n’ont pas la rigidité de nos thèses occidentales, ce qui permet de les adapter à des situations nouvelles. Ce dernier “dimanche à paraboles” nous en donne encore trois ; quatre, si l’on ajoute la comparaison de la fin. Comme celles du dimanche précédent, elles commencent avec les mots : Le Royaume des cieux, que l’on peut traduire : notre foi, notre vie avec Dieu. Ce Royaume des cieux est comparable à un trésor caché dans un champ. En un temps et dans des régions où l’on ne connaissait ni coffres-forts, ni cases bancaires, on cachait volontiers des pièces d’or, des objets de valeur dans une cruche bien enfouie en terre. Voici qu’un homme a découvert un de ces trésors ; mais, comme le champ n’est pas à lui, il n’y a aucun droit. Alors, habile, il le cache à nouveau. Et dans sa joie d’une pareille aubaine, sans hésiter ni lésiner, il vend tout ce qu’il a. Tant pis, l’enjeu en vaut la peine. Et il achète le champ. Est-ce légal, est-ce moral ? N’oublions pas que nous sommes dans une parabole où, seule, compte la “pointe”. Ici l’empressement de cet homme à profiter de la chance de sa vie. Celle-ci ne se représentera plus jamais. Alors il vend tout. Remarquez ce tout, que Jésus exigera du jeune homme riche : vends tout ce que tu as, puis viens et suis-moi (Mt 19, 21). C’est notre itinéraire spirituel : nous découvrons le Christ, cette découverte nous fait éprouver une joie indicible qui nous pousse aux décisions radicales, au tout. Ah ! le beau temps des ferveurs ! Que je te redécouvre, Seigneur ! Et, transporté de joie, que je refasse ce don entier de moi-même !

La deuxième parabole est construite sur le même modèle et comporte le même “refrain”. Ici, un négociant recherche des perles fines. Tu cherches le bonheur, parfois dans des perles de peu de prix, grossières même : la bonne chair, l’argent, le sexe, l’ambition... Voici le Christ qui se découvre à toi comme une perle de grande valeur. Ce n’est pas un trésor parmi dix autres, c’est LE trésor, LA réussite profonde de ta vie. Vas-tu hésiter ? Vas-tu lésiner ? Vends tout ce que tu possèdes. Renonce à tout ce qui te sépare du Christ. Détache-toi de toi-même pour t’attacher au Seigneur. Vends tout.

L’amour à moitié, sous condition, ne sera jamais un amour vrai. L’amour donne tout, et les époux chrétiens le savent. Leur façon d’aimer le Christ, c’est de ne rien garder pour soi, d’être, de tout leur cœur, au partenaire, aux enfants, à leurs responsabilités.

A quelques-uns Dieu demande ce tout d’une façon différente : dans le renoncement radical aux biens, au partenaire, aux enfants, pour vivre pauvre, chaste, disponible.

Si la forme du don diffère, dans les deux cas on donne tout.

La troisième parabole compare le Royaume des cieux (ici l’on traduirait par : l’Eglise, notre communauté chrétienne) à un filet que l’on jette à la mer et qui ramène toutes sortes de poissons : les bons, comestibles, et ce qui ne vaut rien, comme les poissons sans écailles (anguilles, murènes...), alors classés non comestibles et donc inutilisables. Il y a, dans le filet qu’est l’Eglise, notre communauté, des gens de toutes sortes. L’Eglise est sainte et pécheresse, tout à la fois. Dieu patiente. Chacun a largement le temps de se décider et, après des moments de faiblesse, de se reprendre. La parabole, on le voit, est proche parente de celle de l’ivraie mêlée au bon grain (voir l’évangile du dimanche précédent). Ce n’est que lorsque le filet est plein qu’on le tire sur le rivage, le rivage de la fin du monde. Les anges feront le tri, séparant les méchants des justes. Dieu patiente, mais pas indéfiniment. Misons sur la bonté de Dieu, ne jouons pas avec elle. L’avertissement doit me faire réfléchir. Et si l’image de la fournaise où il y aura des pleurs et des grincements de dents fait partie d’un langage apocalyptique aujourd’hui dépassé, la réalité est autrement tragique : autour de moi traînent assez d’existences ratées pour me faire une idée de ce qui peut m’attendre si...

Avez-vous compris tout cela ? demande Jésus à la fin de ce long et riche enseignement en paraboles. Compris, c’est-à-dire assimilé et déjà mis en pratique. Le oui des disciples est une progression par rapport à leur “explique-nous”, au début du chapitre (Mt 13,36). Quel chemin parcouru entre nos premiers pas vers le Christ et notre foi consciente d’adulte ! Comme les apôtres, nous sommes, désormais, élevés à la dignité de scribes devenus disciples du Royaume des cieux. Scribes, c’est-à-dire familiers de l’Ecriture (encore que j’ai honte de la connaître si peu et, plus encore, de la vivre si mal). Disciples appelés à transmettre cet enseignement vécu ; capables, tel le maître de la maison (le Christ lui-même), de tirer de son trésor du neuf et de l’ancien. Le neuf peut signifier la nouveauté du message de Jésus par rapport à l’ancien des Juifs ; ou encore la liberté de traduire la foi dans un langage neuf, adapté à nos situations différentes des anciennes. N’avons-nous pas vu Matthieu prolonger l’enseignement de Jésus en le transposant dans le contexte neuf de sa communauté (voir sa ré-interprétation d’une parabole dans l’évangile du 16e dimanche). Vatican II n’a-t-il pas fait du neuf sans renier l’ancien, le dépôt inaliénable ?

C’est sur cette note de majestueuse liberté que s’achève ce savoureux et réconfortant “discours en paraboles”.

 
René LUDMANN, cssr
René LUDMANN, cssr
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(re)publié: 30/05/2017