LogoAppli mobile

7e dim. ordinaire (23/2) : Pistes pour l’homélie

Piste 1 :

Lorsque nous parlons de non violence, nous pensons volontiers à Gandhi en Inde ou à Martin Luther King aux Etats Unis. L’un comme l’autre ont obtenu la reconnaissance de leurs revendications sans recourir aux armes ni à la violence. Gandhi obtiendra le départ des Anglais et Martin Luther King la fin de l’apartheid.
Je pense que si les comportements de Gandhi et de Martin L.K sont exemplaires, le message de Jésus qui nous dit : « aimez vos ennemis » veut aller plus loin que la simple non-violence.
Ces paroles de Jésus sont en effet très déconcertantes et embarrassantes. En nous disant « aimez vos ennemis » Jésus signifie-t-il qu’il condamne toute violence ? Interdirait-il toute révolution ? Même si certains, prenant l’Evangile au pied de la lettre l’affirment, il me semble bien difficile d’accepter une conclusion aussi radicale et je doute que telle soit l’intention de Jésus lors de son discours sur la montagne.
D’ailleurs Jésus ne semble pas avoir lui-même respecté à la lettre ce qu’il disait parce que rien ne prouve qu’il ait tendu l’autre joue lorsqu’on le frappait. En effet, lors de sa passion, il n’a pas tendu l’autre joue au prétoire quand le garde l’a giflé. Souvenons-nous également de sa violente colère sur les marchands du temple.
Il suffit encore pour s’en convaincre, de regarder les événements du monde aujourd’hui. Tout un peuple doit-il, sous prétexte « d’aimer ses ennemis », se soumettre au pouvoir voire même à la cruauté d’un dictateur ? Non bien sûr ! Il en va de même pour la légitime défense. Prenons encore l’exemple de l’armée, tous les chrétiens devraient-il refuser de servir dans l’armée pour défendre leur pays ? Non plus. Jésus n’a jamais dit ni au centurion ni au soldat de quitter l’armée mais tout simplement de se contenter de leur solde.
Je pense donc que Jésus n’a pas voulu édicter une nouvelle loi à observer à la lettre mais donner à notre conscience une direction à suivre.
Essayons donc de comprendre : ce que veulent dire ces mots « aimer ses ennemis ». Remarquez que Jésus ne dit pas « N’ayez pas d’ennemis ! ».
« Aimer ses ennemis » c’est d’abord refuser d’entrer dans le cercle infernal qui me fait regarder celui qui me fait mal, avec le même regard que le sien. Cette attitude est le commencement d’un engrenage de violence qui me fera réagir comme l’autre, c’est-à-dire avec méchanceté.
Mais plus précisément, que veut dire Jésus en disant « aimer » ? Aimer, n’est-ce pas essentiellement souhaiter et vouloir le bonheur de l’autre, de celui que je veux aimer ? Donc « aimer mon ennemi » c’est lui souhaiter du bonheur et donc ici l’aider à sortir de sa violence, de sa méchanceté qui ne le rendent certainement pas heureux. Aimer mon ennemi ou prier pour celui qui me fait mal, c’est l’aider à considérer l’autre non plus comme un concurrent, un adversaire mais comme quelqu’un à qui finalement on souhaite du bien.

Naturellement il peut arriver que le méchant, qui entre parenthèses, n’est pas nécessairement l’autre mais moi-même, refuse de recevoir ce message de sympathie, rejette cet appel à l’amitié ; qu’il refuse l’écoute et persiste à s’enfoncer dans sa méchanceté ; alors, ayant épuisé toutes les ressources de reprise du dialogue, il sera nécessaire de couper la relation ou de recourir à la force pour enrayer son oppression et son injustice.
Ce « aimer ses ennemis » n’a donc rien de masochiste, au contraire il est ouverture au dialogue, à la compréhension mutuelle. Il est la solution ultime à toute violence, il est respect fondamental de l’homme et la preuve de la dignité et de la grandeur à laquelle Dieu nous appelle tous, que nous soyons bons ou méchants.

Piste 2 :

(Complément par Fernand Stréber)
Lorsque nous parlons de non violence, nous pensons volontiers à Gandhi en Inde, à Martin Luther King aux Etats Unis ou à Nelson Mandela en Afrique du Sud. L’un comme l’autre ont obtenu la reconnaissance de leurs revendications sans recourir aux armes ni à la violence. Gandhi obtiendra le départ des Anglais tandis que Martin Luther King et Nelson Mandela obtiendront la fin de l’apartheid.
Je pense que si les comportements de Gandhi, Mandela et de Martin L.K sont exemplaires, le message de Jésus qui nous dit : « aimez vos ennemis » veut aller plus loin que la simple non-violence.
Ces paroles de Jésus sont en effet très déconcertantes et embarrassantes. En nous disant « aimez vos ennemis » Jésus signifie-t-il qu’il condamne toute violence ? Interdirait-il toute révolution ? Même si certains, prenant l’Evangile au pied de la lettre l’affirment, il me semble bien difficile d’accepter une conclusion aussi radicale et je doute que telle soit l’intention de Jésus lors de son discours sur la montagne.
D’ailleurs Jésus ne semble pas avoir lui-même respecté à la lettre ce qu’il disait. En effet, lors de sa passion, il n’a pas tendu l’autre joue au prétoire quand le garde l’a giflé. Rappelons-nous également sa violente colère sur les marchands du temple.
Regardons les événements du monde aujourd’hui. Tout un peuple doit-il, sous prétexte « d’aimer ses ennemis » se soumettre au diktat voire même à la cruauté d’un dictateur ukrainien ou syrien ? Non bien sûr ! Il en va de même pour la légitime défense. Prenons encore l’exemple de l’armée. Tous les chrétiens devraient-il refuser de servir dans l’armée pour défendre leur pays ? Non. Jésus n’a jamais dit au centurion ni au soldat de quitter l’armée mais tout simplement de se contenter de leur solde.
Je pense donc que Jésus n’a pas voulu édicter une nouvelle loi mais donner à notre conscience une direction à suivre et un idéal vers lequel tendre.

Essayons donc de comprendre : ce que signifie ce verset « aimer ses ennemis » ? (5 pistes)
*Tout d’abord « Aimer ses ennemis » n’a rien à voir avec un sentiment. Un sentiment ne se commande pas. Un sentiment est impulsif. Donc il ne faut pas chercher à faire des amis avec ses ennemis. « Aimer ses ennemis » c’est adopter un comportement tel que l’autre puisse continuer à vivre, peu importe les sentiments que j’ai à son égard. Ex : ce détenu qui me dit : quand je sortirai, j’irai habiter une autre région que celle de mon père qui m’a tant fait souffrir dans mon enfance. Ainsi, je ne l’empêcherai pas de parcourir son chemin et je pourrai parcourir le mien sans revenir en prison.
**Aimer son ennemi, c’est refuser d’entrer dans le cercle infernal qui me fait regarder celui qui me fait mal, avec le même regard que le sien. Cette attitude serait le commencement d’un engrenage de violence qui me ferait réagir comme l’autre c’est-à-dire avec méchanceté. Mais l’attitude évangélique ne doit pas m’empêcher de renoncer à dire l’injustice dont j’ai été la victime mais sans haine ni violence.
***Aimer son ennemi c’est accepter de ne pas réduire l’autre au mal qu’il a fait. Autrement dit, il est plus grand que sa faute, donc pardonnable. Ce pardon (s’il devient possible) se fera en plusieurs étapes et prendra du temps.
****La personne qui m’a blessé(e), qui m’a fait du mal, est bien souvent elle-même une personne qui a été blessée. Elle a donc droit à mon respect, à ma compassion même si c’est dur. 
*****Naturellement il peut arriver que le méchant, qui entre parenthèses, n’est pas nécessairement l’autre mais moi-même, refuse de recevoir ce message de sympathie, refuse l’écoute et persiste à s’enfoncer dans sa méchanceté. Alors, ayant épuisé toutes les ressources de reprise du dialogue, il sera nécessaire de recourir à une institution (par exemple la justice) pour enrayer son oppression ou son injustice. Donc aimer son ennemi, c’est avoir la force de ne pas faire justice soi-même.

« Aimer ses ennemis » n’a donc rien de masochiste. Au contraire ce commandement de Jésus marque l’arrêt du cercle infernal de la violence.
Il donne une nouvelle chance à celui qui m’a fait du mal.
Il est la prise en considération de la dignité de tout être humain, quel qu’il soit.
Il a droit au respect, à la compréhension mutuelle.
Dieu nous appelle aujourd’hui à tendre vers cet idéal et nous donne la force de son Esprit et le pain eucharistique pour gravir le chemin.

Une faute d'orthographe, une erreur, un problème ? Dites-nous tout !
 
Georges LAMOTTE

Prêtre du diocèse de Namur, † 2017.

(re)publié: 23/12/2019