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7e dim. ordinaire (23/2) : Commentaire

Comme dimanche dernier, Christ nous dit : Que ton cœur dépasse les obligations. Aime, même ton ennemi. Imite-moi, sois autre que le brave homme moyen, parce que, moi, je suis saint, tout autre (première lecture). On te prendra pour un fou, mais devant Dieu tu es un sage, d’une sagesse supérieure (deuxième lecture).

Première lecture (Lv 19,1-2.17-18)

Le Lévitique (adressé surtout aux prêtres du temple, qui étaient de la tribu de Lévi) contient un code législatif qui atteint, par moments, une grande beauté morale. Ce passage en témoigne. Il donne plus que des lois - leur fondement.

Soyez saints, car moi je suis saint. Si vous devez être saints, différents des païens, autres, c’est parce que Yahvé est le “Tout Autre” qui ne pense et n’agit pas comme les hommes. Un chrétien doit détonner sur son entourage, choquer, vivre à contre-courant, parce qu’il est le fils du Père des cieux, dira l’évangile que ce texte prépare admirablement.

Tu n’auras aucune pensée de haine ; littéralement : tu ne porteras pas de haine dans ton cœur, parce que c’est dans le cœur que naissent toutes les attitudes fausses. Tu ne te vengeras pas. Ce qui semble bien une progression vis-à-vis du “œil pour œil” que citera Jésus tout à l’heure. Bref, tu aimeras ton prochain comme toi-même. Principe moral d’une haute qualité, la fameuse règle d’or, traduite parfois négativement : « Ne fais pas à l’autre ce que tu ne veux pas qu’on te fasse » (Tb 4,15), parfois positivement : « Ce que tu désires qu’on te fasse, fais-le à l’autre. » (Mt 7,12).

Et le texte finit avec la motivation du début : Je suis le Seigneur ! Que ta vie relationnelle soit en accord avec ta foi en Dieu.

Psaume (Ps 102)

Toi que le Lévitique vient d’inviter à imiter le Saint, le Tout Autre, regarde comment le Seigneur est envers toi. Vois comme il te pardonne : II n’agit pas à la manière humaine, selon ce que nous aurions mérité pour nos fautes ; il ne se venge pas, ne nous rend pas selon nos offenses.

Vois comme il est Père pour toi qui es son fils, sa fille ; tendresse, pitié. Pendant cette eucharistie, il veut mettre loin de nous nos péchés, nous réconcilier.

Ô mon âme, bénis le Seigneur ! Plus qu’avec des mots : sois miséricordieux, tendre comme lui !

Deuxième lecture (1 Co 3,16-23)

On se rappelle l’esprit de parti qui menaçait la cohésion de la communauté de Corinthe (troisième dimanche ordinaire - A), communauté que Paul compare maintenant à un temple. Ce temple, c’est vous. Un temple, c’est sacré. Il ne faut donc pas le détruire par vos divisions. Laissez donc ces intrigues trop humaines, quittez cette fausse sagesse qui n’est que du vent. Ne mettez pas votre orgueil en des hommes, fussent-ils Paul ou Pierre ou Apollos dont vos partis se réclament. Ils ne sont pas vos maîtres. C’est bien le contraire qui est vrai : Paul et Apollos et Pierre sont à votre service, ils vous appartiennent. D’ailleurs, tout est à vous, et vous êtes, dans la foi, les maîtres du monde présent, de la vie passagère et de la mort dont vous triompherez par la résurrection. Ne vous enorgueillissez cependant pas, car vous-mêmes, vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu.

Ô communauté, sais-tu qui tu es ? Le temple de Dieu ! L’Esprit de Dieu, et non un esprit mondain, habite en toi. Ne laisse pas la division détruire ce temple. Tu es choquée si on profane une église ; le serais-tu moins, si toi-même, Église vivante, tu étais profanée par la division ?

Et vous, Paul, Pierre, Apollos, vous les prêtres et tous les responsables, qui êtes-vous ? N’attachez aucun de la communauté à votre personne, car c’est vous qui appartenez à la communauté.

Laissez donc vos intrigues, vos combines, vos manœuvres habiles. Ne cherchez pas à être sages de cette façon-là, à la manière d’ici-bas. C’est de la folie devant Dieu. Inversement, devenez fous selon les hommes pour devenir des sages selon Dieu (thème que Paul nous a développé les quatre dimanches précédents).

Évangile (Mt 5,38-48)

Nous reprenons le sermon sur la montagne là où nous l’avons laissé dimanche dernier, aux grandes antithèses, lorsque Jésus oppose le il a été dit au moi, je vous dis. Quand on sait que ce “il” pudique désigne Dieu lui-même, on comprend l’énorme prétention du Christ : moi ! Ou il est inconscient de son blasphème (et les pharisiens en tireront prétexte pour condamner Jésus, Mt 26,65) - ou il est... Dieu.

Il a été dit : œil pour œil, dent pour dent. L’antiquité ne connaissait pas nos polices organisées ; chacun se faisait lui-même justice - avec la tendance naturelle à dépasser l’enjeu. Une loi, la loi du talion, avait réglé, limité ces représailles : on pouvait enfoncer un œil pour un œil enfoncé, mais pas les deux ! Jésus demande de ne pas se venger du tout. Ne riposte pas ! Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends encore l’autre. Si quelqu’un veut te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau... exagération voulue qui n’est pas un précepte à prendre à la lettre (Jésus lui-même ne tendra pas l’autre joue au gifleur, la nuit de sa passion (Jn 18,23), mais une réaction contre l’esprit de vengeance et contre la défense, à tout prix, de mon droit. Avec cette mentalité, je n’irai pas loin. Au contraire, ce sera l’escalade. Mieux vaut renoncer à mon droit quand la paix est à ce prix.

Il a été dit : tu aimeras ton prochain comme toi-même, tu haïras ton ennemi. Par prochain, on entendait le frère de race, à la rigueur l’étranger établi dans le pays (Lv 19,34) ; par l’ennemi, la nation adverse qui adorait les faux dieux. On ne trouve pas cette phrase telle quelle dans la Bible, mais la chose était pratiquée. Et allègrement ! Ce principe est à la racine des guerres saintes menées... au nom de Dieu !

Moi, je vous dis : aimez vos ennemis. Ordre inouï ! Et pourtant, attitude normale si je suis persuadé d’être le fils du Père des cieux qui fait lever son soleil sur les bons et les méchants. Je ne suis son fils, vraiment, que si je l’imite. Point n’est besoin de “sentir”, il m’arrive au contraire de “bouillir”. Que j’arrive du moins à me maîtriser.

Priez pour ceux qui vous persécutent. Matthieu pense ici aux chrétiens déjà durement malmenés, d’abord par les Juifs, bientôt par les Romains. Il veut que ces chrétiens imitent Jésus qui a prié en croix : Père, pardonne-leur.

C’est à ce Père que renvoie Jésus. Ne rabaissez pas votre idéal à celui des publicains et des païens qui aiment ceux qui les aiment. Conduisez-vous selon une autre mesure. Selon la démesure. Non le “jusque-là et ça suffit”, mais l’amour sans limite, l’amour vraiment parfait : soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.

Utopie ? Oui, dans le sens d’un idéal toujours à rechercher, jamais entièrement atteint. Mais avec cet esprit de non-violence naît un monde nouveau, le monde de l’amour. Dieu est présent.

Ce n’est pas pratique ! Luther pensait que le sermon sur la montagne n’était pas pour
l’Hôtel de ville pour garantir l’ordre public. Ce serait la porte ouverte aux gangsters. Pourtant, même en politique, il faut savoir arrêter les représailles. Même le juge doit chercher à
calmer le voyou, à le redresser, plutôt qu’à l’enfoncer davantage par le châtiment. La non-
violence de Gandhi n’a-t-elle pas été de meilleure politique qu’une insurrection armée ?

Regarde Jésus, et tu pourras réussir ce qui te semble impossible :
Il a été réquisitionné au jardin de Gethsémani. Il s’est laissé gifler, conspuer par les soldats. On l’a traîné à faire plus de mille pas vers le Golgotha. On lui a arraché tunique et manteau. Il a prié pour ceux qui le persécutaient : Père, pardonne-leur.

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René LUDMANN c.ss.r.

Prêtre du diocèse de Luxembourg.

(re)publié: 23/12/2019