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6e dim. de Pâques (17/5) : Pistes pour l’homélie

1re piste

« Si vous m’aimez, dit Jésus, vous resterez fidèles à mes commandements. » Je serais bien curieux de voir la tête de la fiancée qui entendrait de tels propos sortir de la bouche de son fiancé ! « Si tu m’aimes tu resteras fidèle à mes commandements. » Je n’ai pas l’impression qu’elle apprécierait ! Comment Jésus peut-il alors nous adresser de tels propos ? Lorsque nous lisons l’Evangile, il y a de ces paroles qui paraissent choquantes. N’est-ce pas peut-être parce que nous ne prenons pas la peine de les décortiquer et d’essayer de les comprendre, alors que bien comprises, elles nous ouvrent de nouveaux horizons ?
Essayons donc de saisir ce que Jésus veut nous dire aujourd’hui.
Ce qui choque dans cette phrase c’est évidemment le mot « commandement » et le petit mot « si » qui semble mettre une condition à l’amour : « Si vous m’aimez vous resterez fidèles à mes commandements. » Le mot commandement ne colle pas du tout avec le mot aimer. En effet, dans notre tête, imposer ses commandements est une limite à notre liberté et fait obstacle à l’amour réciproque.
Pour les Juifs, à l’époque de Jésus, il n’en allait pas ainsi. Les commandements, la Loi, étaient vraiment le cœur de leur vie. La Loi était un don de Dieu… rappelez-vous les tables de la Loi au Sinaï ! Avant de devenir un peuple, les Hébreux n’étaient qu’un ensemble de petites tribus disséminées. C’est grâce à l’observation de cette Loi reçue de Yahvé que petit à petit ils vont devenir un seul peuple qui pourra traverser toutes les épreuves de son histoire. La Loi était garante de la vie.
Malheureusement, au fil des ans, cette loi qui ne comportait au départ que 10 articles, les responsables religieux vont la multiplier par cent au point qu’elle deviendra un fardeau tellement pesant pour le peuple qu’il en perdra son autonomie et en deviendra esclave. La volonté de Jésus, à l’instar de Moïse, c’est de libérer son peuple de la religion devenue oppressante à cause des exigences de ces lois tatillonnes. Cette loi, Jésus ne va pas la supprimer mais la purifier, l’accomplir, comme il le dira lui-même, en la ramenant non plus à 10 articles mais à 3 articles qui ne font qu’un seul commandement : « Tu aimeras ton Dieu et ton prochain comme toi-même ». Aimer Dieu son prochain et soi-même !
Si nous comprenons cela, alors la parole de Jésus s’éclaire et devient tout à fait admissible : « Si vous m’aimez vous resterez fidèles à mes commandements. » Ce commandement n’est donc pas tourné vers lui mais vers les autres. Car le sens de la loi est de nous rappeler que nous ne sommes pas seuls au monde. La loi, les interdits mettent des limites pour permettre à chacun d’exister. Respecter les commandements c’est consentir à donner une place à l’autre, c’est se rappeler le visage de l’autre.
Ainsi nous comprenons plus facilement qu’il n’est pas possible d’aimer Dieu sans aimer son prochain et que la loi est un chemin de fraternité.

2e piste

Au moment d’un départ bien souvent les relations sont mises à vif. Vous l’avez sans doute déjà remarqué dans les aéroports, sur le quai des gares ou plus encore au chevet des mourants.

Les sentiments de présence et d’absence se bousculent et s’embrouillent. Les visages sont attristés, les sourires un peu forcés, les yeux brillants et sur les joues des larmes.
On voudrait ne pas devoir se séparer. On trouve difficile d’accepter ou refuser de voir l’être aimé s’éloigner ou disparaître à nos sens.
Pour Jésus et ses amis, l’heure de la séparation se rapproche. La situation a pris des allures alarmantes. Le mouvement de haine contre lui s’est accentué et nous savons comment cela a tourné.
Jésus, conscient de ce qui l’attend, adresse à ses disciples des paroles pleines de sollicitude : « Je ne vous laisserez pas orphelins », dit-il. Il prépare donc ses disciples à affronter ce douloureux bouleversement. Il sait que bientôt ceux-ci ne verront plus son visage et n’entendront plus ses paroles. Eux qui étaient si fiers d’avoir été choisis par le maître non seulement vont être humiliés, mais alors qu’ils se sentaient si forts et assurés, ils seront envahis par la peur et l’incertitude.
Tout cela Jésus le pressent, c’est pourquoi il veut aider les siens à passer de la proximité d’un Jésus visible à celle d’un invisible Jésus ; les aider à passer d’une présence charnelle à une présence tout autre, difficile à qualifier tellement elle peut être forte, tellement elle relève de l’Esprit et non plus du corps et des sens. La présence physique de Jésus n’étant que passagère, la présence par l’Esprit sera toujours avec eux.
En ce moment de départ, Jésus lance donc une invitation à passer d’une présence du dehors à une présence du dedans.
Désormais l’essentiel ne sera pas d’avoir des apparitions du ressuscité, mais d’avoir un cœur de croyant pour percevoir Jésus dans le quotidien de la vie.
Mais comme le souligne lui-même Jésus, si sa présence sera évidente pour ceux qui vivent dans l’Esprit, étrangement « le monde », comme il dit, sera incapable de le percevoir !
Pourquoi cette discrimination ? Pourquoi y-a-t-il ceux qui peuvent percevoir la présence de Dieu et ceux qui ne le peuvent pas ?
N’en va-t-il pas de même dans nos relations humaines ? Il y a des personnes à qui vous pouvez manifester votre amitié, votre sympathie et même votre amour mais qui n’entendent rien, ne voient rien et sont incapables d’une quelconque réciprocité. Elles semblent impénétrables et ne manifestent aucune sensibilité. Ainsi en-va-t-il avec Dieu : certains restent imperméables à l’action de l’Esprit, toute relation avec Dieu les laisse indifférents. Ils ne pourront donc ni le voir ni percevoir les signes de sa présence et de son amour.
Nous avons chacun une sensibilité différente, elle est plus aiguisée chez les uns que chez les autres. Il est vrai que certains considèrent la sensibilité comme un manque de virilité ou une faiblesse féminine, alors qu’elle est la qualité indispensable à l’amour.
Cette sensibilité à l’action de l’Esprit a sur nous un multiple effet :
- C’est elle qui nous permettra de ressentir et goûter à la présence de cet hôte intérieur, discret et invisible. L’Esprit de Dieu accueille celui qui désire faire chez lui sa demeure et il vient habiter au plus profond de son être.
- Cette sensibilité à l’action de l’Esprit, loin de provoquer une évasion hors de nos tâches terrestres, ravivera en nous l’enthousiasme et le dynamisme pour nous engager à vivre selon le commandement d’amour.
Même si autour de nous le monde semble se désarticuler, nous pouvons être assurés que c’est d’abord au cœur de la tourmente que l’Esprit de Jésus surgit pour nous relever et nous faire croire à la vie. Soyons prêts à rendre compte de l’espérance qui est en nous !

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Georges LAMOTTE

Prêtre du diocèse de Namur, † 2017.

(re)publié: 17/03/2020