LogoAppli mobile

5e dim. ordinaire (9/2) : Pistes pour l’homélie

Piste 1

Vous êtes sans force, découragés, vous avez perdu votre dynamisme, vous ne savez plus comment donner un peu de saveur à votre vie… voici le remède que vous propose le prophète Isaïe, c’est très simple : « Partage, dit-il, ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux sans abri, ne te dérobe pas à ton semblable, alors ta lumière jaillira comme l’aurore et tes forces reviendront rapidement. »
Rendre la saveur à notre vie, Jésus aussi nous en parle : « vous êtes le sel de la terre » dit il. Du sel ce n’est vraiment pas grand-chose, cela ne coûte presque rien et une pincée suffit pour relever le goût. Le rôle du sel est de révéler la nourriture qui, si bonne soit-elle, n’a que peu de saveur par elle-même.
« Etre sel de la terre » n’est-ce pas de même révéler aux autres la saveur de leur vie ? Or la saveur de la vie c’est de se savoir utile, important, précieux ; découvrir que l’on compte pour quelqu’un. C’est savoir que s’il m’arrivait quelque chose ce serait une catastrophe pour celui ou celle qui m’aime.
En un mot, la saveur de la vie c’est de se savoir aimé. A ce moment je retrouve le goût de vivre, je me sens capable de grands efforts parce que je sais que l’autre a besoin de moi. Je retrouve des forces chaque fois que je partage, accueille, chaque fois que je ne me dérobe pas.

Mais si le sel de la terre est de donner sens à la vie de l’autre en l’aimant, c’est aussi lui laisser de la place, ne pas l’envahir.
Le sel ne s’utilise que par petites pincées, humblement, discrètement. Si le potage n’a pas de goût sans sel, il est imbuvable si l’on renverse le pot dedans. Autrement dit il ne faut pas être plus catholique que le pape et c’est ainsi qu’un excès de piété peut faire plus de tort que de bien ; un excès de charité peut déresponsabiliser l’autre et l’infantiliser. Ou pour reprendre l’image de la lampe, elle est faite pour éclairer, faire ressortir les objets ou les visages. Tandis qu’un projecteur écrase ce qu’il éclaire et aveugle le regard.
C’est ainsi que parfois à force de braquer le phare sur l’Eglise, on durcit son institution, ses dogmes, sa morale, ses obligations et on en vient à occulter, oublier la douceur de Jésus et la nouveauté de sa Bonne Nouvelle.
Soyons « sel de la terre » en essayant d’éveiller, de révéler au monde ses capacités, ses possibilités, le potentiel de vie et de bonheur dont il est capable.
Soyons lumière du monde pour mettre en valeur tout le bien, le beau, le bon qui est en lui et mettre en branle ses énergies cachées.

Piste 2

Nous avons certainement encore tous dans la mémoire ces images de troupeaux humains d’hommes, de femmes et d’enfants en guenilles avec leurs baluchons, qui ayant fuit la guerre ou le génocide, reviennent par la suite dans leur pays, leur maison, alors que tout est dévasté, détruit, brûlé et où il ne reste que des ruines. Cette désolation nous la retrouvons tout au long de l’histoire. Nous pouvons imaginer le même spectacle lorsqu’à l’époque du prophète Isaïe le peuple d’Israël, parti en exil, revient se réinstaller dans son pays. Il n’y trouve que des ruines et des cendres. La situation est précaire : les cultures sont dévastées, le bétail est décimé et même Jérusalem avec son temple est par terre.
Le peuple se lamente et se culpabilise, s’ils ont connu une telle détresse se disent-ils c’est à cause de leurs péchés. Ils vont donc essayer de s’attirer les bonnes grâces de Yahvé et obtenir son pardon en effectuant toutes sortes de rites de purification, de jeûne et autres sacrifices.
Mais ils ont beau multiplier les prières et les invocations, Dieu semble insensible et ne pas entendre leurs appels, il ne manifeste rien.
C’est alors que le prophète Isaïe intervient en disant : « Mais ça n’a rien d’étonnant, que valent vos prières, vos liturgies, que signifient tous ces rites et ce culte si toi tu restes insensible au malheureux sans abri, à celui qui est sans vêtement ? Commence d’abord par agir, alors la lumière jaillira et tes forces reviendront rapidement. »

Cette allusion à la lumière nous renvoie à l’Evangile : « Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. » Les auditeurs de Jésus ont bien compris que cette ville, dont parle Jésus et située sur la montagne, ne peut être que Jérusalem avec son temple. Autrement dit, il ne suffit pas d’être un Juif pieux qui prie dans le temple, il ne suffit pas non plus de faire partie du peuple élu pour croire qu’automatiquement on est sauvé ou qu’on est supérieur aux autres. Non, être membre de ce peuple c’est être investi d’une responsabilité particulière, celle d’être une lumière aux yeux de toutes les autres nations.

Ces paroles d’Evangile s’adressaient de la même manière aux premiers chrétiens qui avaient eux aussi des tendances à se prendre pour des surhommes et à se replier sur eux-mêmes, à vivre en petites communautés loin du monde mauvais.

Aujourd’hui, rien n’a changé et c’est la tentation encore de beaucoup de chrétiens qui par peur de se laisser contaminer au contact du monde - un monde dans lequel ils ne voient que le mal - se réfugient dans des petites communautés de purs où l’on multiplie les prières et les rites de purifications ou de pénitence.
« Vous êtes le sel de la terre » autrement dit n’ayez pas peur de descendre dans la rue, au milieu du monde, c’est là qu’on a besoin de vous. N’ayez pas peur de pénétrer les profondeurs du monde, comme le sel dans la pâte, alors vous serez une lumière qui réjouira le cœur des hommes et donc tout naturellement aussi le cœur de Dieu. 

Piste 3

Une jeune dame me disait cette semaine : « Je ne crois plus en tout ça ! ». Que voulait-elle dire ? Peut-être rejetait-elle toutes ces croyances dont on lui avait bourré le crâne depuis son enfance, ces images d’un Dieu de prodiges ; sans doute rejetait-elle aussi toutes ces obligations et contraintes religieuses qui l’avaient freinée dans sa liberté et son épanouissement. Probablement y avait-il dans ce « Je ne crois plus » un dégoût du comportement de certains religieux et sans doute aussi une lassitude, une démission devant toutes les épreuves de la vie.
Cette jeune dame me faisait penser à tous ces couples dont les 2 flammes se sont rejointes pour brûler d’un grand feu d’amour mais qui au fil des jours, se sont laissés envahir par l’habitude, la lassitude du quotidien qui petit à petit ont diminué la flamme au point parfois de l’éteindre. Ils en arrivent à ne plus croire l’un en l’autre.

Croire ! Qu’est-ce que croire ? Qu’est-ce que cela change de croire ? Jésus nous répond aujourd’hui : « C’est donner de la saveur à la vie ! » Tous, nous sommes de quelque façon, immergés dans la grisaille et la banalité du quotidien : les mêmes gestes stéréotypés, les mêmes visages blafards sous des lumières artificielles, les mêmes paroles, le même environnement, les mêmes publicités fallacieuses… Quel goût la vie peut-elle encore avoir ?
Le matérialisme ambiant a retiré à l’humain sa capacité spirituelle, sa capacité de transcendance, alors on s’étonne que la vie devienne absurde, qu’elle n’a pas de sens. Le nombre de suicides en témoigne. C’est pourtant dans ce contexte que Jésus nous redit aujourd’hui : « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde. »
Remarquez, et c’est important, Jésus ne dit pas « soyez » (devenez) le sel, mais « vous êtes le sel ». Ça change tout ! Jésus ne vient pas faire la morale, ni donner des bons conseils. L’Evangile n’est un livre de bonnes recettes pour bien vivre, il est l’annonce d’une saveur, d’une lumière qui vient de Dieu, qui nous est offerte à tous comme la vie.
Nous n’avons pas à devenir sel, nous le sommes. Jésus nous révèle à nous-mêmes ce que nous sommes. Il nous fait prendre conscience que nous sommes déjà quelqu’un, nous donnons déjà de la saveur à la vie des autres et aussi à celle de Dieu. Nous sommes déjà lumière, mais dit-il le danger c’est de s’affadir, de nous laisser dénaturer, de garder la lumière pour soi. Il y a quelques semaines, lors de la fête du baptême de Jésus, je disais que la caractéristique du chrétien ce n’est pas d’appartenir à une religion, même si elle s’appelle la religion chrétienne, mais de savoir que nous sommes « fils et filles bien-aimés de Dieu ». Aujourd’hui encore saint Matthieu confirme que notre identité chrétienne ne consiste pas à s’adonner à des pratiques ou des cultes religieux, mais de savoir que nous sommes sel de la terre et lumière du monde.
Et l’Evangile continue dans le même sens : être lumière ce n’est pas éblouir les autres avec notre lampe, car lorsqu’on projette nos gros phares dans la figure, les autres sont aveuglés, ne voient plus rien, sont perdus. Etre lumière, dit Jésus, c’est « rayonner », éclairer les pas des autres dans l’obscurité. Ainsi en va-t-il de la foi : croire, c’est se laisser envahir de la force de Dieu, la force de vivre et se laisser caresser par sa tendresse, sa douceur d’aimer.

Une faute d'orthographe, une erreur, un problème ? Dites-nous tout !
 
(re)publié: 02/12/2019