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4e dim. de l’Avent (22/12) : Commentaire

Dans quelques jours, nous fêterons la naissance de Jésus. Ce dimanche en est la dernière préparation. La première lecture déroule une grande prophétie messianique. L’épître est déjà un acte de foi en Jésus, le sauveur incarné. Quant à l’évangile, il est centré sur le fils de Marie.

Jean se retire, Marie va se détacher comme la figure unique, la dernière de l’Ancien Testament, et déjà la première du Nouveau. Elle, le mieux, vit d’exemple l’attente, le désir, le confiant abandon à Dieu, la joie douce.

Première lecture : Is 7,10-16

Le roi Acaz est menacé sur son trône (vers 735 av. J.-C.). Au prophète Isaïe, qui lui conseille de demander un signe, il répond, désabusé : Non. A quoi bon ! Il n’a pas assez de foi. Eh bien ! Le Seigneur, qui a promis de ne pas abandonner la maison de David, lui donnera lui-même un signe : Voici qu’une jeune femme est enceinte d’un fils providentiel. On l’appellera Emmanuel : Dieu avec nous, le signe évident que Dieu ne nous abandonne pas.

Détail qui a son importance : Alors qu’Isaïe avait parlé d’une jeune femme qui enfanterait un fils, les traducteurs de la bible grecque, dits les Septante, avaient rendu ce mot par : une vierge, devinant dans cet oracle une venue miraculeuse du Messie. L’évangile de ce dimanche y fera directement référence : Jésus est LE signe que Dieu ne nous laissera pas tomber ; même si, comme Acaz, nous sommes à bout, ne manquons pas, comme lui, de foi.

Psaume : Ps 23

Ce psaume parle de Yahvé le roi de gloire qui apparaît dans le sanctuaire. C’est le Christ qui vient dans notre communauté à Noël. Au cortège qui entre dans le temple est posée la question : qui peut gravir la montagne du Seigneur ?

Seigneur, donne-moi, pour t’accueillir, un cœur pur, vide de moi-même (bienheureux les cœurs purs, ils verront Dieu). Fais que je ne cède pas à l’attrait de mes idoles, de mon ambition, de l’argent, de la vie facile. Alors j’obtiendrai tes bénédictions, tes largesses, et tu me rendras juste, tel que tu veux que je sois.

Deuxième lecture : Rm 1,1-7

Nous lisons aujourd’hui l’adresse, l’envoi de la plus importante lettre de saint Paul. En peu de mots (est-ce un reste de credo primitif ? Un texte pré-paulinien en tout cas), Paul affirme que Jésus le Christ est bien né juif, de la race de David, mais qu’il est, par sa résurrection, passé à une nouvelle naissance : il a été établi dans puissance de fils de Dieu. L’apôtre réunit ici les deux étapes de la vie du Christ qu’il conçoit comme deux créations, deux naissances, l’une selon la chair (son existence terrestre en Palestine), l’autre selon l’Esprit (son existence de ressuscité). Ainsi Paul - et la liturgie avec lui - dirigent-ils l’événement de Noël vers son centre : l’événement de la Pâque. Pendant l’Avent, nous n’attendons plus un enfant, mais le Christ de gloire.

Son message est destiné à toutes les nations, pour que, elles aussi, parviennent à la foi. L’Avent a une note missionnaire. Comme l’apôtre, nous avons reçu mission, afin d’amener à la foi toutes les nations païennes : les pays d’outre-mer sans doute. Mais aussi notre monde occidental, païen à grande échelle.

L’introduction de l’épître finit avec une salutation que la liturgie reprend volontiers au début d’une célébration. Déjà elle nous souhaite Noël : Grâce et paix !

Evangile : Mt 1,18-24

Voici quelle fut l’origine de Jésus le Christ. L’origine immédiate, parce que Matthieu vient juste de remonter à l’origine lointaine avec l’arbre généalogique de Jésus, dans lequel revient inlassablement le verbe engendrer : « David engendra Salomon... Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie de laquelle fut engendré Jésus. » Joseph n’a donc pas engendré Jésus. Voilà ce que Matthieu veut maintenant expliquer.

Marie était déjà promise en mariage à Joseph - fiançailles plus engagées que les nôtres, puisque les relations conjugales y étaient permises. Elle est enceinte avant qu’ils aient habité ensemble. Et voilà Joseph devant un drame de conscience. L’a-t-elle trahi ? Il ne peut y croire. Marie laisse venir sans s’expliquer ; et comment le ferait-elle ? Alors Joseph, qui était un homme juste (mot biblique : un homme qui veut se conformer à la volonté de Dieu), décide de la répudier en secret, ne voulant pas faire de scandale (d’autres pensent que Joseph soupçonne le mystère de Marie et veut s’effacer devant lui ; d’où le mot de l’ange : « Ne crains pas »).

C’est alors que l’ange du Seigneur lui apparaît en songe. L’ange et le songe étaient deux expressions de l’intervention divine. Après l’annonce à Marie, voici l’annonce à Joseph. Dieu l’éclaire : Cet enfant est unique, il est l’œuvre de l’Esprit Saint.

Une nouvelle création, comme la première où l’esprit de Yahvé était à l’œuvre (on espère que les représentations grossières et bouffonnes, où l’Esprit serait le principe mâle, disparaîtront).

Notre esprit rationaliste bute sur la conception virginale de Jésus. Il essaie d’expliquer... en invoquant les espèces animales qui ne connaissent pas le couple mâle-femelle... le plus simple étant d’affirmer que Jésus est le fils de Marie et de Joseph. Je ne croirai rien qui soit contre ma raison, mais je puis croire ce qui en est au-delà. Si Dieu lui-même naît parmi nous, je ne m’étonne pas qu’il bouscule un peu, beaucoup, l’ordinaire cours des choses. D’ailleurs je n’ai pas à dicter à Dieu comment il doit venir. « Je crois en Jésus né de la Vierge Marie. »

Quant à toi, Joseph, c’est toi qui lui donneras le nom. Dans le droit juif, c’était au père de donner le nom, ce qui, légalement, insérait l’enfant dans la famille et la descendance. Maintenant la salutation de l’ange s’éclaire : Joseph, fils de David ! Par Joseph, Jésus est fils de David selon la loi. Et voilà que Joseph, au lieu d’être ce “troisième en trop”, est l’indispensable chaînon de la généalogie - tout comme il garde le secret de Marie, la préserve de vilenie et sera son indispensable compagnon, son protecteur aimé. Les femmes chrétiennes l’ont bien senti, qui ont toujours eu pour Joseph une dévotion que les hommes avaient quelque gêne à lui porter.

L’attention se tourne maintenant vers l’enfant à naître. Déjà le nom de Jésus dit sa fonction : Jeshua = Yahvé sauve ; et l’ange de préciser : il sauvera son peuple de ses péchés, il nous libérera de nos chaînes.

L’enfant est aussi mis en relation avec une prophétie messianique qui annonçait (dans la version grecque) qu’une vierge concevrait et qu’on donnerait à l’enfant le nom d’Emmanuel = Dieu avec nous (première lecture).

Les promesses, commencées en Abraham (« Je suis avec toi »), continuées en Moïse, en David, rappelées par tant de prophètes, arrivent à leur accomplissement insoupçonné : Dieu n’est plus là par intermédiaire, il vient lui-même au milieu de nous. A prendre au sens fort, précisé par Matthieu à la fin de son évangile : « Voici que je suis avec vous jusqu’à la fin » (Mt 28, 20).

Enfin, on trouve ici les éléments d’un credo primitif, analogue à celui de la deuxième lecture : Jésus est fils de Marie, il est fils de Dieu, Dieu - avec - nous, il sauve son peuple.

Plus Noël approche, plus l’espérance se précise, et plus la foi s’affirme.


Joseph

Il ne parle pas. C’est l’homme du silence.
Il écoute la voix de Dieu. C’est l’homme attentif.
Il obéit et réalise le plan de Dieu. C’est l’homme d’action.
Il veille, il garde, il protège.
Joseph est juste, tel que Dieu le veut. Il est selon le cœur de Dieu.
C’est un homme de cœur.

Dieu de puissance,
donne-nous, comme à Joseph étonné, d’accueillir l’humainement impossible : la venue d’un Dieu-Enfant, la paix entre les hommes.


Dieu se fait homme
pour que l’homme devienne Dieu !

L’homme est cassé, il se voit condamné à l’absurde, à la mort. Nous ne sommes pas comme Dieu nous avait rêvés.

Jésus est devenu homme pour sauver l’homme, le libérer de cet absurde.

Mais cette libération est tout autre chose que la simple restauration de l’état primitif et que la Bible décrit dans sa vision du paradis terrestre.

L’ancien rite de l’offertoire loue ainsi ce que Jésus a réalisé : « Dieu qui as créé l’homme d’une façon admirable et l’as restauré d’une manière plus admirable encore. » Qu’est-ce donc ce « plus admirable » ? Être enfant de Dieu (Jn 1,12 ; 1Jn 3,1), né de lui (Jn 1,13), « demeurer » dans le toi-et-moi de l’expérience intime (Jn 17,21), le voir face à face (1Co 13,12), tel qu’il est (1Jn 3,2). Qui oserait imaginer cela ? Actuellement nous ne sommes pas « équipés pour ». Ce sera, un jour, une formidable irruption de bonheur.

Mais cet inouï n’atteint pas encore à l’incroyable anoblissement que nous donne Jésus et qui nous coupe le souffle si nous essayons de le réaliser : Nous devenons « Dieu ». Ni plus ni moins. Jean dit : « Nous lui serons semblables » (1Jn 3,2), et ta prière de l’offertoire, citée plus haut, enchaîne : « Accorde-nous d’avoir part à la divinité de celui qui a pris notre humanité. » Bien sûr Dieu est Dieu. Mais nous participerons de lui, plongés, bienheureusement “perdus” en lui, comme la goutte d’eau dans l’océan. C’est à être pris de vertige.

Pareille vision nous porte bien au-delà des maigres réussites que l’homme sans Dieu, dans son orgueil court, rêve d’acquérir de ses propres forces. Non, la foi n’empêche pas l’homme de se grandir (un refrain qui a engendré d’inutiles complexes). Dieu élève l’homme au-delà de tout ce que celui-ci ose imaginer. Il le fait Dieu !

Oui, chantent les grands spirituels qu’on appelle Pères de l’Eglise, les Orientaux surtout, DIEU SE FAIT HOMME POUR QUE L’HOMME DEVIENNE DIEU !


Les préparatifs de Noël

Ils diffèrent selon les régions : crèche, sapin, couronne de l’Avent avec ses quatre cierges et, bien sûr, achats et cadeaux. Ces signes extérieurs valent ce qu’on y met : simple coutume ou expression de la joyeuse attente.

Ce qui importe, c’est leur simplicité ; plus c’est gonflé, plus c’est faux.

Le chrétien se souviendra que le Christ est né dans le silence et la pauvreté. Il aimera la prière prolongée, la méditation des textes liturgiques si riches (si possible en groupe, en famille). Il se souciera du pauvre, de l’isolé, des personnes âgées.

Ce moment est éducativement un des plus favorables pour éveiller l’enfant à Dieu et aux pauvres.

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(re)publié: 22/10/2019