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3e dimanche de l’Avent

1. « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » Dimanche dernier nous avons entendu Jean le Baptiste clamer haut et fort, sur les rives du Jourdain, qu’il fallait préparer la venue du Seigneur, qu’elle était proche, qu’il y avait urgence à se convertir en se faisant baptiser dans le Jourdain. Aujourd’hui nous le voyons mis en prison par Hérode, victime de son intransigeante parole, pour une raison toute politique. On considérait Hérode comme un usurpateur parce qu’il n’avait pas la légitimité princière requise. Pour l’acquérir, il décida de répudier son épouse pour prendre celle de son frère qui, elle, était une princesse de sang royal. Hérode, qui pourtant admirait Jean le Baptiste, ne pouvait laisser ce prophète de grand succès le déstabiliser devant ses sujets. Il lui prend alors la liberté et le met en prison. On sait qu’il lui prendra aussi la vie à la demande d’Hérodiade, celle-là même qui était cause de cet emprisonnement. Où est donc ce Messie qu’il avait annoncé, apportant la justice par la puissance de Dieu ? Ne s’est-il pas trompé ? Jean le Baptiste, dans le noir de sa prison, voit son espérance entrer dans le noir.

2. On doit à Mark Twain, l’auteur américain des Aventures de Tomy Sawyer, un conte intitulé Le prince et le pauvre. Deux enfants, de très grande ressemblance physique, se rencontrent. Le prince s’ennuie et voudrait jouer avec des enfants de son âge pour échapper à l’étiquette des comportements de la cour. L’autre, Tom, soumis à la plus grande misère, rêve de ce que vit le prince. Ce dernier propose à Tom d’échanger leurs rôles. Ce qui se fait sans que personne ne s’en aperçoive. Le prince connaît alors les dures conditions d’existence des enfants vivants dans les bas-fonds de cité, tout ce que Tom avait vécu. Jusqu’au jour où tout revient dans l’ordre. Mais le prince, devenu roi, savait ce que misère veut dire, était passé par là et ne cessera plus de la combattre.

3. Au temps de Jean Baptiste on attendait un salut venu de l’extérieur, tombé du ciel en quelque sorte. Jésus est venu dire et montrer autre chose. Et cela passerait par le partage de la difficile condition humaine. Au lieu d’un majestueux Messie, on n’a vu qu’un prédicateur itinérant, allant de village en village parler de l’amour des ennemis, de pardon à donner, de non-violence à instaurer, de l’accueil des mécréants chez qui il va même s’asseoir au risque d’être pris pour l’un d’eux. Non pas juger et condamner l’autre mais sauver de l’en-soi, par le service plutôt que par la domination que l’on sait conjuguer de multiples manières. Telle est la réponse que Jésus donne aux disciples de Jean. En lui citant le prophète Isaïe, "Allez rapporter à Jean ce que vous entendez ce que vous voyez et entendez : les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres », Jean a dû comprendre. Certes tous les aveugles, tous les boiteux, tous les sourds du pays n’ont pas retrouvé leurs moyens physiques. Parce qu’il s’agissait d’autres aveuglements, d’autres surdités, d’autres paralysies que physiques. La Bonne Nouvelle ne pourrait être reçue et comprise que par ceux qui accepteraient de se défaire de rechercher des preuves de l’invisible qu’elle montrait, de l’indicible qu’elle disait. Il fallait rester pauvre pour trouver la richesse de ce qui n’en a pas les apparences.

4. Deux questions se posent à l’homme depuis toujours. D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Pour répondre à ses questions, nous ne pouvons recourir à aucune science. Les religions, nées de ces deux questions, ont tenté d’y répondre et ont donné une place à l’espérance. Mais l’attente de ce futur céleste ne doit pas nous faire oublier le présent terrestre. Dès lors, marcher dans l’ombre du Galiléen donne sens, éclaire notre manière de voir le pourquoi de notre existence. Qu’importe le doute ! Thérèse de l’Enfant Jésus, Mère Teresa ont écrit avoir douté de Dieu. Et pourtant, elles sont reconnues saintes. St Jean de la Croix qui mourut le 14 décembre 1591, jeté en prison et torturé par ses propres coreligionnaires pour ses projets réformateurs de l’ordre du Carmel, y écrivit ses poèmes les plus célèbres dont La nuit obscure. Il nous dit comment l’Âme a pu s’évader de la prison du doute par le chemin nocturne de la foi pour aller à la rencontre de l’Aimé qui ne se rencontre qu’au-delà du sensible. Laissons quelques-uns de ses mots parlant de l’âme nous y conduire.
« Dans une nuit obscure, par un désir d’amour toute embrasée, je sortis sans autre lueur ni guide, hors celle qui brûlait en mon cœur. Et celle-ci me guidait, plus sûre que celle du midi, là où m’attendait l’Aimé. Tout cessa. Je m’abandonnai, abandonnant mon souci, parmi les lis, oublié. »


Méditons ces paroles de Mère Teresa.
« Le fruit du silence est la prière
Le fruit de la prière est la foi
Le fruit de la foi est l’amour
Le fruit de l’amour est le service
Le fruit du service est la paix.

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Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz. Fut professeur de sciences physiques et directeur du lycée Saint-Augustin à Bitche (57).
Activités pastorales dans les communautés de paroisses du Bitcherland.
Animation d’ateliers d’information et de réflexion sur les textes bibliques et l’histoire chrétienne : Pères de l’Eglise, fondateurs des grands ordres religieux, les grands papes, les grands saints du Moyen-Âge, du XVIe siècle. Des présentations à découvrir sur le site.

(re)publié: 15/12/2019