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3e dim. ordinaire (26/1) : Pistes pour l’homélie

Piste 1

Quelqu’un me disait l’autre jour : « Quand serons-nous débarrassés de toutes les religions qui ont été et sont toujours la cause de tant de guerres, de divisions et de cruautés dans le monde ? » Une réflexion que nous avons certainement déjà entendue peut-être sous une autre formulation et à laquelle nous avons parfois envie de souscrire.
Tout le monde se souvient des croisades, de l’inquisition, des guerres contre les protestants, les musulmans… encore aujourd’hui aucune région du monde n’est épargnée par l’intolérance religieuse, depuis l’Inde jusqu’à la Palestine, des pays de l’Est jusque chez nous, personne n’y échappe.
Et pourtant, dès le début de sa vie, Jésus marque bien sa volonté d’ouverture. Il montre très clairement qu’il n’avait pas l’intention de fonder une nouvelle religion mais d’ouvrir sa religion à tous les peuples. C’est ce que saint Matthieu veut nous faire comprendre dans l’évangile d’aujourd’hui. Jésus, dit-il, vient habiter à Capharnaüm ! Pour le lecteur rapide cette précision semble anodine alors qu’elle est d’une importance capitale. Ce choix n’est pas neutre ! En s’installant à Capharnaüm Jésus montre qu’il s’écarte de Jérusalem, ville éternelle, ville sainte, la ville où se trouvent les cadres, l’élite de l’institution religieuse : grands prêtres et scribes, bien pensants et pharisiens.
Jésus prend ses distances par rapport à tout ce monde religieux plein de scrupules et de certitudes, prisonnier d’une observation minutieuse de la loi et du rituel.
Il choisit de s’installer « au carrefour des païens », région frontalière, région où l’accueil s’impose autant que la tolérance. Il vient faire sa demeure là où le pluralisme se vit sur le terrain, là où l’homme est libre et n’a aucun privilège à perdre. Et c’est dans cette région où la différence est perçue comme une source de dialogue et d’enrichissement, que Jésus va trouver des cœurs accueillants. Il ne les trouvera pas sur les marches du temple ou dans la sacristie, mais au bord du lac. Il ne choisit pas ses collaborateurs parmi les célébrants du culte mais parmi les pécheurs.
Oui, nous voyons que Jésus est à l’antipode de toutes les guerres de religion. Il n’est qu’ouverture et accueil. Il n’embobine pas dans un nouveau système religieux mais veut libérer de toute entrave religieuse qui asservirait dans un nouvel esclavage.
Pourtant dans son enseignement Jésus déclare : « Convertissez-vous car le Royaume de Dieu est tout proche. » « Convertissez-vous ! » C’est le mot que tous les prédicateurs ont dans la bouche pour inciter les gens à se rallier à leur religion. Ou pire encore, ce « convertissez-vous » on l’a interprété comme une exigence morale : « Vous devez changer, devenir meilleurs, commettre moins de fautes, moins de péchés et devenir parfaits… » Mais c’est, je pense, bien mal comprendre ce « convertissez-vous » de Jésus.
« Se convertir » signifie « se retourner » ! Tiens, tiens… N’est-ce pas ce que disait déjà Jean-Baptiste la semaine dernière. Rappelez-vous : « Derrière moi, disait-il, vient quelqu’un qui a sa place devant moi. » Jésus aujourd’hui continue l’enseignement de Jean-Baptiste, il nous invite aussi à nous retourner car, dit-il, « Le Royaume de Dieu est tout proche ». On oublie en effet le reste de la phrase : « Car le Royaume de Dieu est tout proche. »
Pour Jésus, « se convertir » ne signifie pas d’abord devenir exemplaire ni parfait, ni faire partie d’une élite de purs bien pensants pour obtenir le Royaume, mais c’est d’abord un regard, un émerveillement.
Se convertir c’est s’émerveiller car le Royaume n’est pas à mériter, il est proche, il est là à portée de main, il suffit d’ouvrir les yeux et de lire les signes : « J’ai vu se lever une grande lumière sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre » disait le prophète Isaïe.
Est disciple de Jésus, celui qui prend conscience qu’il est fils ou fille de Dieu, il prend conscience, il s’émerveille parce que le Royaume est tout proche.
Le disciple prend conscience, il s’émerveille de ce qu’il a été choisi pour contribuer, participer à l’achèvement de ce Royaume en faisant advenir le bonheur, l’unité, la justice et la paix dans les cœurs et dans le monde.

Piste 2

Cette région du nord de la Palestine, déjà à l’époque du prophète Isaïe, on l’appelait « Galilée », ce qui signifie « carrefour des païens » pour la simple raison que cette contrée était continuellement occupée par des colons étrangers. Ce brassage de population était suspect aux yeux des gens bien de la capitale Jérusalem. Or, nous dit l’Evangile, Jésus quittant Nazareth se dirige vers la Galilée. Et c’est là au milieu de ces populations marginales qu’il va commencer sa mission.
Jésus se plonge donc au cœur d’une population qui ne croit plus à rien, ni à Dieu ni au diable ni même à l’homme. Il n’y a plus de respect, une seule chose compte : l’argent. C’est le règne de l’agressivité, de la violence, du chacun pour soi.
Les jeunes sont déboussolés, ont perdu tout point de repère, ils s’habillent tout de noir. Même les parents ne savent plus quoi, ils démissionnent. Les couples se déchirent, les enfants sont écartelés, les responsables se remplissent les poches…
Les quelques croyants abandonnent le temple pour faire la queue chez des guérisseurs ou des voyants pour essayer de mettre de l’ordre dans leurs idées, ou ils suivent des gourous qui exploitent tous ceux qui sont en quête de spiritualité.
Dans cette Galilée, les extrémistes s’affrontent, les riches éclaboussent les pauvres. Bref, c’est un véritable capharnaüm, comme le nom de la capitale de Galilée.
Et c’est au milieu de cela que Jésus débarque, il vient allumer un feu, une lumière, une espérance : « Le Royaume, dit-il, est tout proche. »
Beaucoup ont d’abord cru que ce Royaume c’était pour après leur mort : en effet la vie est courte et puis la mort nous guette à tous les tournants ! Mais pour Jésus, « tout proche » ça signifie « maintenant, ici en Galilée ».
- Le Royaume est tout proche, il n’est pas là-bas au loin à Jérusalem ou à Rome, mais c’est bien ici, là où je vis, où je souffre, où je travaille, là où je rencontre d’autres hommes et femmes…
- Le Royaume, c’est ma famille lorsque je pose un geste d’affection, j’exprime ma tendresse. C’est ma fidélité à mon conjoint…
- Le Royaume, c’est l’éducation de mes enfants, le pardon à celui qui m’a agressé…
- Le Royaume, c’est mon travail soigné, accompli correctement, c’est là où chacun même les étrangers, les malades, les vieux… sont considérés et traités avec respect…
- Le Royaume, c’est mon quartier, ma communauté vivante et harmonieuse…

« Au pays de l’ombre et de la mort une lumière a resplendi. » Combien cette phrase d’Isaïe reprise par l’évangile est-elle encore actuelle ! N’est-ce pas dans notre Capharnaüm à nous aujourd’hui qu’il y a le plus de travail à faire ? N’est-ce pas là où les ténèbres sont les plus obscures que notre lumière pourra le plus scintiller ?

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(re)publié: 26/11/2019