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3e dim. ordinaire (26/1) : Commentaire

Un Christ lumineux s’avance vers nous pendant cette liturgie. Annoncé comme lumière des nations (première lecture), Jésus va chez les malcroyants et ceux qui se débattent dans la nuit du doute ou de l’ignorance religieuse. A nous autres il dit : Venez. je vous ferai pêcheurs d’hommes (évangile). Ce n’est pas le moment de se jalouser, soyez en parfaite harmonie, il y a assez de travail pour tous (deuxième lecture).

Première lecture : Is 8,23b-9,3

Dans les temps anciens (721 av. J.-C.) le Seigneur a couvert de honte le pays de Zabulon et de Nephtali (deux tribus du Nord parmi les douze d’Israël). C’était la terrible déportation du royaume du Nord (capitale Samarie), le royaume du Sud étant la Judée (capitale Jérusalem). Le peuple de ces régions du pays au-delà du Jourdain et de la Galilée, région frontière, carrefour des païens, marche dans les ténèbres de la captivité, ténèbres au sens parfois littéral, puisque souvent on crevait les yeux aux déportés. Le joug terrible des Assyriens pesait sur eux, les voilà aux travaux forcés, sous le fouet des chefs de corvée.

Mais ensuite, quel retournement ! Ce qui était couvert de honte est “couvert de gloire”. Car une lumière s’est levée, une grande lumière a resplendi. La tristesse a fait place à l’allégresse, à la joie qui grandit. C’est la fin des ténèbres, c’est la libération des captifs.

Cette prophétie s’est accomplie en 538 av. J.-C. avec le retour au pays ; mais elle ne s’est réalisée pleinement qu’en Christ. C’est lui qui nous a illuminés, libérés - et bien autrement ! C’est lui qui nous a remplis d’allégresse.

Jésus, tu es ma lumière. Ma joie qui grandit. Tu es la lumière du monde (Jn 8, 12). Illumine sa tristesse.

Matthieu, dans l’évangile de ce jour, citera les premiers versets en leur donnant un éclairage universaliste, missionnaire.

Psaume : Ps 26

Toi, communauté ici rassemblée, nouvel Israël marchant dans les ténèbres (première lecture), ne crains pas, chante ta confiance au Seigneur :

Seigneur, de qui aurais-je crainte ? Tu es ma lumière, mon salut, le rempart de ma vie.

Aussi c’est derrière ce rempart que je me réfugie : je ne cherchais qu’une chose : habiter la maison du Seigneur. Je ne crains rien, même pas la mort. J’en suis sûr, je verrai la bonté du Seigneur quand il me ressuscitera pour me prendre sur la terre des vivants.

Aussi toi, mon âme, toi, assemblée eucharistique, chante, espère, sois forte !

Deuxième lecture : 1 Co 1,10-13,17

Que les courants les plus contraires de cette ville cosmopolite qu’était Corinthe se soient reflétés dans la petite communauté, il n’y a pas de quoi s’en étonner ; mais ce pluralisme tendait à devenir chapelle. Ce n’est pas encore la division ouverte, puisque, un peu plus loin, nous verrons la communauté célébrer l’eucharistie (1Co 11,18sv). Mais c’est déjà le clan, le parti : les uns prennent parti pour Paul qui a fondé la communauté, d’autres pour Pierre qui a peut-être passé à Corinthe et dont on sait la place particulière. D’autres encore sont pour le brillant Apollos, « un savant versé dans les Écritures » (Ac 18,24). D’autres crient : J’appartiens au Christ ! Serait-il arrivé que le Christ lui-même ait servi de drapeau pour une idéologie ? Ou Paul veut-il seulement tourner ces Corinthiens en ridicule : irez-vous jusqu’à faire du Christ le chef d’un clan ?

Paul s’enflamme. Tantôt c’est le coup de massue, tantôt l’ironie : le Christ, source d’unité, serait-il divisé ? Qui donc aurait la prétention de se mettre à sa place ? Qui donc se serait fait crucifier, comme lui, pour nous ? Alors que l’on ne peut être baptisé qu’au nom du Père, du Fils et de l’Esprit, aurais-je moi, Paul, le front de baptiser en mon nom propre ? Sans doute, entre baptisé et ministre se créent des liens. Paul lui-même ne parle-t-il pas de Timothée comme de son enfant qu’il a engendré dans le Seigneur (1Tm 1,2 ; 1Co 4,17-22) ? Aussi est-il presque heureux de n’avoir pas baptisé à Corinthe, pour qu’on ne puisse le soupçonner de s’attacher des personnes. Encore ne faut-il pas trop presser la pensée de Paul, puisqu’il dira (1Co 4,15) : « Je vous ai engendrés en Jésus Christ. » Paul ironise ici et ne se soucie guère de logique.

La digression : le Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l’Evangile lève un peu le voile sur les méthodes de Paul : il provoquait le choc de la conversion par son annonce (par le kérygme), puis laissait à ses collaborateurs le soin d’approfondir (par la catéchèse) et de baptiser, après un temps de probation.

Le dernier verset prépare la suite, le grand exposé sur la sagesse et la folie de la croix : j’annonce l’Evangile sans avoir recours à la sagesse du langage humain (voir dimanche prochain).

Quelle communauté ne se sentirait concernée par cet appel : je vous exhorte à laisser rivalités, disputes, clans et partis qui empoisonnent nos paroisses et nos groupes. Un appel solennel : au nom de notre Seigneur Jésus Christ !

Évangile : Mt 4,12-23

Avec ce dimanche, le cycle du Temps ordinaire atteint sa vitesse de croisière. Les deux premiers dimanches n’utilisaient pas encore, pour l’évangile du moins, la lecture cursive. Maintenant, et jusqu’à l’avant-dernier dimanche (le trente-troisième), nous lirons, en lecture semi-continue, dimanche par dimanche, un évangile synoptique par année.
De la sorte, le chrétien attentif aura entendu, au bout du cycle triennal, les passages les plus significatifs des quatre évangiles. Entendu avec le cœur, c’est-à-dire accueilli, médité, prié. La liturgie y veille qui enrobe les lectures de la prière introductive, du psaume de méditation (après la première lecture), de l’Alléluia (avant l’évangile), du Credo (après le tout). Merveilleux pédagogue qui nous invite à lire les textes scripturaires aussi en notre privé, non comme des textes littéraires, en curieux, mais en humble et disponible écoute, comme la Parole même de Dieu.

Après les fêtes de Noël qui célébraient la naissance et l’enfance du Christ, les dimanches du Temps ordinaire vont nous dérouler la vie publique de Jésus. Déjà nous avions médité son baptême qui était aussi son envoi (deuxième dimanche). Voici maintenant les débuts missionnaires de Jésus et l’appel de ses premiers compagnons.

Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean Baptiste. Au moment où le précurseur cessa son ministère, Jésus commença le sien. Il se mit à proclamer. La prudence humaine eut conseillé d’attendre, de se faire discret pour ne pas connaître les mêmes ennuis que Jean. Mais Jésus vient d’être poussé par l’Esprit Saint dans une mission qui finira sur la croix. C’est plus fort que le petit bon sens humain. « Il me faut », dira souvent Jésus. Il proclame donc.

Après Jean Baptiste, c’est le Christ qui proclame. Après le Christ, l’Eglise, donc moi. Chrétien, proclame, clame, crie fort, car le message est capital et l“es temps sont accomplis”.

Temps des prophètes (représenté par Jean Baptiste), temps du Christ, temps de l’Eglise - tout se tient dans une évidente continuité.

Jésus se retira en Galilée. Non pour faire retraite, mais pour se retirer loin des “officiels”. Il se distance de la Jérusalem dite pieuse. Il va aux frontières, en Galilée, véritable carrefour des païens où s’étaient établies les deux tribus de Zabulon et de Nephtali. Jésus choisit Capharnaüm, ville douanière, située sur les bords du lac de Génésareth, étape sur la route de la mer, entre Damas et Césarée-Maritime. Ville remplie d’étrangers, de païens. Ce sera “sa ville”, son port d’attache, son centre de rayonnement.

Ce choix est bien intentionnel. Jésus en Galilée pour accomplir un dessein profond, déjà annoncé par les prophètes, par Isaïe en particulier (première lecture : faire craquer le cadre nationaliste, étroit du judaïsme.

A refaire toujours. Chaque fois que l’Eglise fait craquer ses structures isolationnistes, elle est “dans la ligne”. Sommes-nous aux frontières ? Notre liturgie serait-elle un mur qui nous empêche d’aller vers les modernes carrefours des païens ? Saurai-je aller dans les ténèbres vers ceux qui pataugent dans le doute, vers les oubliés, les laissés-pour-compte ?

Puis l’évangéliste nous donne un résumé de l’activité du Christ. Jésus proclame : convertissez-vous, car le Royaume des cieux est proche. Se convertir, littéralement : changer de direction, se retourner parce qu’on a fait fausse route. Eh oui ! Aujourd’hui encore nous allons... vers nous-mêmes. Alors il faut nous re-tourner vers Dieu, vers les autres qui sont le moyen privilégié de l’atteindre. Qui a le toupet de se croire dispensé de ce perpétuel retournement ?

Vers la fin du passage, Matthieu ajoute quelques touches à cette première description :
Jésus parcourant toute la Galilée, enseignait dans les synagogues, proclamait la Bonne Nouvelle. Enseigner évoque une activité plus méthodique ; proclamer suggère un cri, un appel qui va droit au cœur. Il nous faut encore aujourd’hui les deux : le cri, l’appel vibrant des grands mouvements missionnaires, et la catéchèse plus didactique de chaque dimanche (voir la même méthode chez Paul, deuxième lecture).

Enfin Jésus guérit. Il ne se contente pas de parler, il vit l’amour qu’il prêche. Notre message ne sera crédible et efficace que si nous guérissons, nous aussi : il y a tant de plaies à panser, tant d’injustices à redresser, tant de cœurs meurtris...

Entre ces versets sur l’activité du Christ, Matthieu loge l’appel des premiers disciples qui seront les compagnons, puis les continuateurs de Jésus. Simon, appelé plus tard Pierre, et son frère André. Venez derrière moi, à ma suite, partagez ma vie et mon destin.

De pêcheurs de poissons je vous ferai pêcheurs d’hommes. Quel anoblissement ! Et si nous savions que nous tous nous sommes appelés à ce sublime “métier” ! Plus loin, deux autres frères, Jacques et Jean sont appelés de même.

Aussitôt (les deux fois) laissant, les premiers leurs filets, les seconds leur barque et leur père, ils le suivirent. Cette rapidité nous stupéfait. N’oublions pas qu’ils y avaient été préparés à l’école de Jean Baptiste, par des contacts avec Jésus lui-même (Jn 1,35-39). Maintenant le Christ les appelle d’un ordre qui ne souffre plus d’hésitation. Il faut y répondre aussitôt. Les réponses hésitantes font de mauvais apôtres.

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(re)publié: 26/11/2019