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3e dim. de l’Avent (15/12) : Commentaire

Avec ce dimanche, l’attente progresse sensiblement. Fixés à la venue finale du Christ pendant les deux premiers dimanches, notre regard et notre cœur se portent maintenant vers la naissance bienheureuse du Sauveur. Le salut est proche. Le temps du Messie est arrivé.

Aussi ce troisième dimanche est-il particulièrement marqué par la joie. On l’a appelé longtemps le dimanche “Gaudete” : « Réjouissez-vous, car le Seigneur est proche. » C’est le leitmotiv qui va se gonflant pour éclater bientôt dans le Gloria in excelsis de la nuit de Noël. Joie plus profonde que le sentiment, et que peut vivre aussi l’éprouvé, car le Seigneur viendra dans son épreuve.

Le thème de la joie est orchestré par la première lecture, tandis que la deuxième le tempère de patience, et que l’évangile nous montre un Jean Baptiste dérouté de voir le Messie venir autrement que prévu - autrement, mais bien mieux !

Première lecture : Is 35,1-6a,10

Qu’elles se réjouissent ! Qu’il exulte, fleurisse, qu’il crie de joie ! Qui ? Nos communautés, le chrétien en route vers Dieu, qui traversent le désert, la terre de la soif, le pays aride.

Voici que cette route va fleurir, se couvrir littéralement de fleurs. Et de choisir les comparaisons les plus parlantes pour ses lecteurs : la majestueuse gloire de la chaîne du Liban gonflée d’eau, la sauvage splendeur du mont Carmel, la riche et fertile plaine de Sarône.

Et pourquoi ? Parce que le Seigneur va venir. On verra sa gloire, la splendeur de notre Dieu. Gloire, mot-clé de la Bible. Nous ne pouvons voir Dieu, mais nous pouvons en voir un reflet : sa gloire. Voici qu’il va prendre visage d’homme en Jésus qui sera la gloire du Père, l’image du Dieu invisible (Col 1,15 ; Jn 14,7-9)

Allons, chrétiens démobilisés, fortifiez vos mains défaillantes, retroussez vos manches. Vous, les fatigués de la route, affermissez vos genoux qui fléchissent. Vous, gens qui vous affolez, persuadés que l’Église, c’est fini - pessimistes, prenez courage, laissez vos peurs, ne craignez pas.

Voici votre Dieu qui vient. Il va remettre les choses en place, venger le droit, prendre la revanche sur l’injustice. Oui, il vient lui-même, et va vous sauver, vous libérer.

Alors s’ouvriront tes yeux aveugles, tu verras Dieu. Tes oreilles sourdes à sa Parole l’entendront à nouveau. Toi qui boites péniblement vers le Seigneur, tu bondiras dans ta ferveur retrouvée, léger comme un cerf. Toi, le muet qui ne sais plus transmettre l’Évangile, ta bouche criera de joie la Bonne Nouvelle. (Dans l’évangile, Jésus citera ce dernier verset aux envoyés de Jean Baptiste).

Puis le regard se porte au loin vers les captifs, les prisonniers de notre monde absurde et clos. Le Seigneur les a rachetés au prix fort de sa croix. Ils reviendront, ils arriveront vers Jérusalem, vers l’Église, que ce soit la terrestre ou la céleste - qu’importe ! Un bonheur sans fin illuminera leurs visages.

Oui, cela peut et doit se réaliser maintenant. En amorce du moins. Ne te dérobe pas sous le facile prétexte : « Ce n’est pas moi qui changerai le monde. » Change le monde autour de toi. Va vers cet isolé, ce migrant, ce collègue... et plus directement encore, va vers ton conjoint, ton enfant... et change toi-même.

Psaume : Ps 145

Ce psaume reprend le thème de la libération dont parlait la lecture : Viens, Seigneur. Vois comme ton Église et tant d’hommes sont opprimés ; le tiers-monde meurt affamé ; tant d’hommes sont enchaînés dans les prisons, les camps, l’aliénation d’eux-mêmes ; tant vivent loin de chez eux, en étrangers.

Et nous, Seigneur, nous sommes aveugles à ces misères, aveugles à ta lumière. Viens, illumine nos cœurs ! Que nous puissions fêter Noël dans le partage qui nous rendra plus vrais et plus heureux !

Deuxième lecture : Jc 5,7-10

A l’enthousiasme délirant de la première lecture répond, en contrepoint, l’appel à attendre la venue du Seigneur dans la patience. Et Jacques de citer en exemple le cultivateur. Il attend lui aussi. Il attend les produits précieux de la terre, la récolte comme nous attendons les promesses d’Isaïe. Tout l’hiver le paysan ne voit rien venir. Tout l’hiver de notre vie il ne se passe rien, ou si peu. Apparemment. Mais l’hiver passe, la vie aussi - et vite. La venue du Seigneur est si proche, quelques petites années à peine. Il est à notre porte.

Et vous, prédicateurs, chefs de communauté, laïcs responsables, parents... voyez les prophètes, leur endurance et leur patience à parler au nom du Seigneur, sans toujours en voir les effets.

“Détail” qui a son importance : prouvez votre patience avec le Seigneur en patientant avec vos frères. Ne gémissez pas les uns contre les autres. Ne vous défoncez pas le moral. Encouragez-vous mutuellement.

Un texte qui équilibre l’attente joyeuse de ce dimanche, en la préservant d’un romantisme facile. Le chrétien passe par des joies très profondes et, plus souvent, par la monotonie d’une attente où il ne se passe rien. Soyons fermes !

Évangile : Mt 11,2-11

Jean Baptiste est en prison ; sa détention lui permet cependant des contacts avec ses propres disciples qui lui racontent ce que fait Jésus. Jean en est perplexe : ce que faisait le Christ ne correspondait pas à l’idée qu’il avait lui-même du Messie. Jean n’avait-il pas annoncé un plus fort que lui, au jugement encore plus inexorable ? Et voilà que Jésus fréquente les pécheurs, et ses disciples ne jeûnent pas comme ceux de Jean !
Alors il envoie demander à Jésus : es-tu celui qui doit venir, ou seulement un précurseur comme moi ? Et alors, devons-nous en attendre un autre ?

Dieu est déroutant, il ne vient pas comme prévu. Dieu ne punit pas le méchant comme nous aimerions qu’il le fasse. Il n’est pas juste quand c’est moi qui suis malade, alors que... Nous devons accueillir le Christ tel qu’il lui plaît à lui, dans sa sagesse supérieure.

A ces esprits mal préparés Jésus ne répond qu’indirectement. Regardez et voyez : les faits parlent, ils sont une annonce messianique, et correspondent à l’annonce des prophètes. Et Jésus de citer plusieurs passages du prophète Isaïe (dont le premier vient d’être lu ce dimanche), et il ajoute : heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi. Le Christ choque les bien-pensants, il déroute avec sa mort en croix. Heureux (c’est une béatitude !) celui qui ne se laisse pas désarçonner par la folie de la croix, et sait y voir une sagesse supérieure !

Dans une deuxième partie, Jésus dit ce qu’il pense de Jean Baptiste : il est plus qu’un prophète ordinaire ; il est, des prophètes de l’Ancien Testament, le dernier, le plus grand parce qu’il prépare immédiatement le chemin du Messie. Mais le plus petit du Royaume des cieux lui est supérieur, parce qu’il a le Christ, alors que Jean n’avait que les promesses. Prenons conscience de notre dignité de frères du Christ - et de ses exigences. Car si nous sommes plus grands que Jean, parce que nous annonçons réalisé ce qu’il a proclamé à venir, notre responsabilité en est aussi plus grande.


Il fait toujours Avent

L’Avent ne se limite pas à évoquer le passé, la venue de Jésus en ce monde (il est venu) ; ni l’avenir, son avènement final en gloire (il viendra).

Le Christ vient toujours, il vient aujourd’hui même.
- Il vient dans les personnes : mon conjoint, mes enfants, les pauvres, celui qui a besoin de moi (« ce que vous avez fait au plus petit, c’est à moi... »).
- Il vient dans les événements : une grande joie, une épreuve, un imprévu qui change mes plans.
- Il vient quand nous sommes rassemblés dans la foi, dans une liturgie vraie (« là où plusieurs sont rassemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux »).
- Il vient dans sa sainte Parole : quand je l’écoute avec foi, c’est lui qui me parle.
- Il vient dans les sacrements et surtout l’eucharistie, sommet de sa présence.

Parce que le Christ vient toujours, je dois toujours être en Avent, c’est-à-dire attentif, disponible, accueillant.

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(re)publié: 15/10/2019