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Année A

33e dim. ordinaire (19/11) : Homélie

« Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain. J’ai eu peur ». Ce serviteur a eu peur. Peur devant ce maître exigeant de ne pas être à la hauteur, peur de ne pas pouvoir rentabiliser ce talent à lui confié. Alors il n’a pas pris de risques, le risque de devoir rendre moins, et cet argent il l’a mis de coté pour le rendre comme il l’avait reçu. Même pas placé à la banque. Cela existait déjà. Il a oublié qu’un serviteur se doit participer au projet de son maître. Il n’a pas reconnu non plus la considération que son maître lui portait en lui confiant, c’est le mot utilisé, oui en lui confiant, un peu de son bien. Ce maître pourtant avait tenu compte des capacités des uns et des autres et ne l’avait pas surchargé : Un seul talent à lui confié. Ce serviteur n’a pas eu pour son maître la considération que son maître avait pour lui. Il n’a vu en lui qu’un juge.

Une parabole de Jésus pour nous dire quelque chose de son Père, pour nous dire quelque chose aujourd’hui. Nous dire, d’abord, que son Père nous a confiés des biens.

Nous savons ce que veut dire avoir du bien, du bien matériel, ce qui est à nous, ce que nous avons hérité ou gagné. Nos biens ce sont aussi nos savoir-faire, nos connaissances, nos relations, toutes choses que nous pouvons appeler talents. Ils sont dus à nos efforts mais aussi à notre milieu vie, à notre éducation. Nous savons aussi que dans ce domaine nous ne sommes pas tous égaux et de loin s’en faut. Chacun n’est pas logé à la même enseigne comme on dit.

Mais dans la parabole il ne s’agit pas de ces biens là. Il s’agit des biens qui viennent d’en haut.

Ils ont pour nom tout ce que Jésus nous dit de son Père, de ce qui représente à ses yeux la sainteté du Père, tout ce qu’il nous a montré de lui. Ces biens qui ont pour noms miséricorde, pardon, accueil, don de soi, droiture, fidélité, paix, compassion et la liste est longue, multiples faces de celui dont Jean nous dit qu’il n’a qu’un nom : Amour. Ces biens nous ont été confiés pour les faire fructifier selon nos propres capacités, à la mesure de nos propres possibilités, de nos responsabilités. A nous qui pensons peut-être parfois ne rien pouvoir, ne rien valoir, Jésus nous dit que nous pouvons toujours nous associer à la peine de ceux qui pleurent, partager avec ceux qui sont plus mal lotis que nous, nous défaire de nos armes de jalousie, de rancune, de vengeance, porter la paix là où nous sommes et non la discorde. Autant que nous pouvons le faire. Nos propres talents terrestres pour valoriser les dons du Père. Dans le temps qui nous est donné pour le faire.

Parce que la parabole conduit à une question : de ces dons, de ces dons, qu’avez-vous fait ?

Qu’avez-vous fait de l’amour que je vous ai donné ? Qu’avez-vous fait pour vos frères ? En cette fin de l’année liturgique il est souvent question de la fin des temps, pas seulement de la fin du monde, mais de la fin du temps d’un chacun, du moment où nous sortirons de notre temps travaillé, de notre champ cultivé sans pouvoir y revenir. Jésus ne veut pas faire peur mais ouvrir les yeux, rendre attentifs à ce qui est essentiel, à ce qui a valeur d’éternité dans ce temps passager.

Ce serviteur est « mauvais » parce qu’il n’a pas reconnu la confiance que son maître lui accordait, n’a vu en lui qu’un patron exigeant et dur. Alors, bien sûr, il n’éprouve aucune joie à être à son service et se comporte pour son plus grand dommage en serviteur ennemi de son maître. N’ayant pas reconnu la confiance que lui faisait son maître, n’ayant pas trouvé son bonheur à le servir, il se condamne lui-même à plus de pauvreté dans sa quête de l’estime, du bonheur partagé. Devant le Père nous ne pouvons être riche que du bien que nous aurons donné. A l’image du grain semé et multiplié au centuple. « A celui qui a on donnera davantage ».

Seigneur, aujourd’hui, en ces temps qui ne sont pas les derniers, tu nous as parlé de ta venue.
Pour tous les dons reçus de ta main, donne-moi de savoir les recevoir avec merci. Aide-moi à ne pas les enfouir mais à les mettre davantage en service chaque jour dans le temps qui m’est donné.

Les talents

Aujourd’hui Père tu m’interpelles :
Qu’as-tu fait des talents à toi confiés,
Tout au long de ces jours égrenés
Comme un chapelet par le temps récité.
N’as-tu rien fait d’autre qu’en profiter ?

Du bonheur qu’il faut à tous vents semer
Comme mon Fils bien-aimé l’a montré
Jusqu’en sa dernière heure arrivée
Lorsque sur la hauteur de Jérusalem il est monté :
N’as-tu rien fait d’autre que passer à coté ?

La joie de vivre qui vient du vouloir aimer,
Ce feu qu’il faut chaque jour rallumer
Pour que chacun puisse s’y réchauffer
Lorsqu’il ne trouve plus de raison d’espérer
Qu’as-tu fait pour de l’indifférence te protéger ?

De la patience que j’étends devant toi chaque jour
En attendant de tes égarement ton retour
Pour te montrer que je n’attends de toi que de l’amour
Qu’attends-tu pour l’accorder à ton tour ?

Seigneur pour tous les dons reçus de ta main bénie
Donne-moi de savoir te dire merci
Aide-moi à les mettre en service aujourd’hui !

 
Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz ; ancien professeur de sciences physiques et ancien directeur de lycée Saint-Augustin à Bitche.
Toujours en paroisse à Bitche et environs. Responsable des Appros (épicier en gros en quelque sorte) pour l’association des « Restos du cœur » de Moselle-Est.

as1932 gmail.com
(re)publié: 19/09/2017