LogoAppli mobile

32e dim. ordinaire (8/11) : Commentaire

Tous les dimanches, nous nous rassemblons pour attendre le Christ « jusqu’à ce qu’il vienne ». Que la lampe de notre cœur s’alimente à l’eucharistie pour ne pas risquer de s’éteindre (évangile). Alors, quand viendra le Seigneur nous irons à sa rencontre. Quel réconfort ! (deuxième lecture) Cette rencontre définitive se prépare. Ne soyons pas insensés, mais prévoyants (évangile). Dieu se laisse trouver par ceux qui le cherchent (première lecture).

Première lecture : Sg 6,12-16

L’auteur du Livre de la Sagesse veut montrer à la jeune génération qui lit les philosophes grecs la valeur unique et l’actualité de la foi d’Israël. Point n’est besoin d’être un “intellectuel”, cette sagesse se laisse aisément contempler par ceux qui l’aiment... trouver par ceux qui la cherchent. Mieux : elle devance leurs désirs en se montrant à eux la première. Ne plus penser qu’à elle prouve qu’on a un jugement sûr, parfait. C’est vraiment le bon choix. Et celui qui se donne la peine de veiller en son honneur, de prendre du temps pour la scruter sera bientôt délivré du souci angoissant sur le sens de la vie, l’absurde de la condition humaine. La paix entrera dans son cœur.

L’auteur montre cette Sagesse moins comme une philosophie que sous les traits d’une personne resplendissante, qui apparaît avec un visage souriant, qui va et vient, est assise à notre porte. Il prépare ainsi les esprits à la venue de la Sagesse de Dieu en personne, du Christ.

Il introduit excellemment l’évangile des vierges sages, celles qui ont la vraie sagesse.

Mon cœur, désires-tu Dieu ? Le cherches-tu ? Lui, il te recherche, est assis à ta porte, vient à ta rencontre.

Psaume : Ps 62

Dieu, toi qui es mon Dieu, je te cherche dès l’aube (première lecture). Mon âme te désire, a soif de toi. Car, sans toi, je suis terre aride, sans eau.

Je te contemple au sanctuaire, en cette eucharistie. Des yeux de la foi, je vois ta force et ta gloire en Jésus, le Ressuscité. Je comprends que ton amour vaut mieux que la vie brève et banale. En cette liturgie, je veux te bénir, lever les mains en un geste de louange et d’imploration. Tu me rassasies par le festin du saint Corps de ton Fils.

Mais toute ma vie je vais te bénir, et jusque dans la nuit, je reste des heures à te parler. Ô bonheur ! Je crie de joie !

Deuxième lecture : 1 Th 4,13-18

Les premiers chrétiens, tout au début, étaient persuadés que le Christ viendrait très bientôt, encore de leur vivant. Mais, au cours des années, un bon nombre s’était déjà endormi dans la mort. Ceux-ci ne verraient donc pas Jésus venir dans la communauté pour les prendre avec lui ! Et voilà les Thessaloniciens abattus. Difficulté particulière aux toutes premières années du christianisme. Paul répond que les défunts ne seront pas désavantagés. Jésus les ressuscitera pour sa venue, et Dieu les emmènera avec son Fils. Suivent alors des images étranges pour nous. L’une exprime le rassemblement : le signal de la voix (littéralement : de la trompette sonnant l’appel) de l’archange ; l’autre décrit l’accueil dans la gloire : nous serons emportés sur la nuée. La nuée est ici le signe de la présence puissante de Dieu.

Si le passage répond à une difficulté qui ne nous intéresse plus aujourd’hui, il donne cependant une profonde vue de foi de notre avenir. Nous sommes faits pour aller à la rencontre du Seigneur. Il viendra nous prendre avec lui pour toujours. Toute notre vie doit donc être en fonction de ce but final. Cette foi est basée sur Jésus qui est ressuscité et qui nous permet d’affronter la mort, sans être abattus comme ceux qui n’ont pas d’espérance. Réconfortez vous donc mutuellement.

C’est dans l’eucharistie du dimanche que, avec plus de conscience « nous attendons sa venue dans la gloire ». Mais cette attente du Christ se traduit tout autant dans une vie simple, l’amour du pauvre, la joie de désir...

Évangile : Mt 25,1-13

La lecture semi-cursive de Matthieu touche à sa fin, l’année liturgique aussi. Le lectionnaire a choisi, pour les trois derniers dimanches, des extraits du dernier grand discours où Matthieu, selon sa méthode, rassemble des sentences du Christ sur... les fins dernières : « Jésus parlait à ses disciples de sa venue finale. »

Le Royaume des cieux (mot cher à Matthieu pour parler du plan d’amour de Dieu sur les hommes) sera comparable - nous sommes donc dans une parabole dont les détails ne collent pas tous, ce qui compte c’est la pointe - à dix jeunes filles invitées à des noces.

Depuis que le prophète Osée avait parlé de Yahvé amoureux de son peuple, l’image des noces était familière aux Juifs. Le Messie viendrait à la fin des temps pour les épousailles avec son peuple. Jésus en parle volontiers : « Le Royaume des cieux est comparable à un roi qui fit des noces pour son fils » (Mt 22,2). Bien que les dix jeunes filles soient dites des invitées, l’image des noces de Yahvé avec Israël est si prégnante qu’on aime voir dans ces jeunes filles l’Eglise qui va à la rencontre de son époux. La communauté rassemblée tous les dimanches est réellement l’épouse qui va à la rencontre du Christ, son époux mystique. En sommes-nous conscients ? Le voit-on à la joie festive, à l’ardeur amoureuse, au désir intense ?

Cinq d’entre elles étaient insensées. L’original grec dit “folles”, avec une nuance d’impitié. Elles avaient pris leur lampe sans emporter d’huile en réserve. Elles ont bien un petit peu de foi, mais si peu, si peu. Tandis que celles qui sont dites prévoyantes (dans l’original, des avisées, des sages, d’une sagesse supérieure, comme en parle la première lecture) avaient pris, avec leur lampe, de l’huile en réserve. Leur foi est profonde, elle a “des réserves”.

Comme l’époux tardait. Chose alors fréquente, car l’acte final était précédé de longs palabres pour fixer dot et cadeaux ; d’ailleurs, dans ces pays, on n’est jamais pressé. Matthieu, pourtant, pense à un autre retard, au retard de la parousie, de la venue finale du Christ. Les communautés primitives étaient persuadées que le Ressuscité viendrait très tôt, peut-être dans l’année. Puis ce fut la déception : « Le Seigneur a du retard » (2 P 3,9). Avec le danger de se laisser aller : elles s’assoupirent et s’endormirent. Nous ne pouvons pas toujours être en forme ; viennent la fatigue, la monotonie du quotidien. Nos messes ne peuvent pas toujours être des événements à frissons. Et nous voilà guettés par la routine, le “va comme je te pousse” - et nous nous endormons.

Au milieu de la nuit, un cri se fit entendre. Jésus n’avait-il pas dit que le Maître pourrait arriver quand on ne l’attendait plus, comme un voleur, au milieu de la nuit (Mt 24,43) ?

Les Juifs, se rappelant la nuit de l’Exode, pensaient que le Messie viendrait une nuit pascale pour la libération définitive - spéculation à laquelle n’est pas étrangère la coutume primitive de célébrer l’eucharistie la nuit. Quoi qu’il en soit, c’est le caractère de surprise que relève Matthieu, encore accentué par le cri inattendu qui fait sursauter.

Jésus vient quand nous nous y attendons le moins, au milieu de la nuit, quand on est bien endormi. Quand viendras-tu me prendre, Seigneur ? Ah ! que ma foi ne s’endorme pas !

Voici l’époux, sortez à sa rencontre. On ne retient d’ordinaire de l’avènement final du Christ que la grande casse, les étoiles qui tombent du ciel, la catastrophe... et l’on oublie l’essentiel pour lequel les évangélistes nous demandent de redresser la tête : Voici l’époux ! Quoi de plus exaltant pour une fiancée que d’aller au-devant du bien-aimé ! Sortez de votre torpeur, laissez les bagages inutiles, allez à sa rencontre. Triste religion qui attend la fin ! Foi exaltante qui attend la rencontre !

Alors, toutes ces jeunes filles se réveillèrent et préparèrent leurs lampes. Les insensées demandèrent aux prévoyantes : « Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent. » Les prévoyantes leur répondirent : « Jamais cela ne suffira pour vous et pour nous, allez plutôt vous en procurer chez les marchands. » Pas très charitables ces petites égoïstes. Mais nous sommes, faut-il le rappeler, dans une parabole où seule compte la pointe : le désarroi de ces insensées et les effroyables suites de leur imprévoyance, de leur foi superficielle. Pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva. Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces et l’on ferma la porte.

La suite n’est que pour corser le récit et bien enfoncer la sentence finale. Plus tard - il est déjà trop tard - les autres jeunes filles arrivent à leur tour et disent : Seigneur, Seigneur, ouvre-nous ! Elles voudraient bien entrer et se blessent les poings à la lourde porte. Mais ce n’est que pour entendre le solennel : Amen, je vous le dis, et le terrible : Je ne vous connais pas ! A notre mort, nous aurons les traits que nous nous serons donnés pendant la vie. Si nous sommes méconnaissables...?

Donc, et voilà où la parabole voulait en venir, veillez, tenez votre lampe toujours prête, faites réserve d’huile par la méditation de l’Evangile, prenez en sainte réserve le Corps du Christ, évitez de vous endormir, faites votre devoir et un peu plus - alors, même si vous ne savez ni le jour ni l’heure, vous ne serez pas surpris. Tiens ta lampe allumée, chante la chanson.

Une faute d'orthographe, une erreur, un problème ? Dites-nous tout !
 
René LUDMANN c.ss.r.

Prêtre du diocèse de Luxembourg.

(re)publié: 08/09/2020