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2e dim. de l’Avent (8/12) : Pistes pour l’homélie

Piste 1

Un jeune me racontait dernièrement son émoi lors d’une visite des camps d’extermination en Allemagne. Il était encore sous le choc de l’émotion. Un autre racontait en même temps son voyage en Afrique où il avait découvert ce que signifie le mot « dénuement » ! L’un comme l’autre tirait la même conclusion : « Je ne pourrai plus vivre comme avant ! » 

Nous avons tous d’une manière ou d’une autre fait l’expérience d’un événement tellement fort qu’il en a bouleversé notre vie : une maladie grave où nous avons été frapper à la porte de St Pierre, un accident dont nous avons réchappé par miracle… Cela a pu être une agression violente, un deuil particulièrement douloureux, la perte d’un emploi qui nous a obligés à modifier notre train de vie… Oui elles sont très nombreuses les circonstances qui nous ont amenés un jour ou l’autre à modifier l’ordre de nos valeurs et à remettre les choses à leur juste place dans notre vie.
Généralement après de telles expériences, on ne s’attarde plus aux mondanités, aux vanités, au prestige qui ne sont que du vent ; on va à l’essentiel. Quand on a failli y laisser sa peau, on regarde la vie avec un autre regard, on se rend compte que nos jours sont limités, qu’il ne faut plus gaspiller son temps.
A la limite ne trouvez-vous pas regrettable qu’il faille de tels avertissements pour nous obliger à devenir sages ?
C’est le sens de cette parole de Jean-Baptiste : « La cognée, dit-il, est à la racine de l’arbre. »
Ce qui signifie : Pourquoi attendre qu’un danger vous menace pour enfin prendre conscience des vraies valeurs ?
Pourquoi donc la souffrance des autres ne vous suffit-elle pas pour réagir ? Pourquoi attendre que vous soyez-vous-mêmes menacés ?
En effet, quand tout roule pour le mieux, on ne se pose pas de questions. Ainsi par exemple quand les jeunes commencent à fumer, ils se rient des recommandations, des images ‘choc’ sur les paquets de cigarettes. Ils disent : « Plus tard on verra, je m’arrêterai. » Mais nous savons que plus tard il sera trop tard !
Il en va de même des paroles menaçantes de Jean-Baptiste. Il dit des mots violents, il essaye de choquer pour faire réagir, que chacun au moins une fois s’interroge sur le « pourquoi, le comment, le sens de sa vie ».
Nous n’avons que quelques années sur la terre. Il serait trop dommage de passer à côté de la vie, du bonheur qui nous revient et auquel toute l’humanité a droit.
Nous nous sentons probablement impuissants devant tous les grands débats, les défis du monde, que ce soit la pauvreté croissante, le racisme, l’immigration, la destruction de notre planète, les conflits les plus divers… oui, tout cela nous dépasse mais ne nous dispense pas pour autant de croire que nous avons un rôle à jouer.
Si petite soit notre pierre à la construction du monde, elle est nécessaire : qu’elle soit geste gratuit, bénévolat, partage… chacun de ces gestes, en plus de son efficacité propre, incitera les autres à agir de même. Ainsi, tous ensemble et solidairement serons-nous de plus en plus nombreux à transformer le visage de notre monde.

Piste 2

Les plus âgés d’entre nous se souviennent certainement de Mgr Cardijn, le fondateur de l’Action Catholique avec le MOC, la JOC et bien d’autres… Il proposait une méthode d’action très efficace qu’il résumait en trois mots : « Voir-juger-agir. » Méthode que nous pourrions avantageusement utiliser pendant le temps de l’Avent.
Dans un 1er temps il est important de VOIR  ! N’est-ce pas ce que nous avons fait la semaine dernière en essayant de voir toute la pauvreté qui sévit, qui grandit, se diversifie parfois très près de nous.
Il est vrai que nous avons chacun nos petites misères, personne n’est épargné et notre réflexe n’est-il pas de dire « mes ennuis me suffisent » et on se replie sur soi-même. Lorsque le bateau coule, c’est le sauve qui peut, le chacun pour soi. Très vite le naturel revient au galop et la nature est impitoyable : le loup dévore l’agneau et l’homme devient un loup pour l’homme.

Aussi après avoir VU la misère du monde, aujourd’hui nous sommes invités à JUGER, à réfléchir, à analyser la situation et nous serons obligés d’admettre que s’il y a profusion de misère, les raisons d’espérer sont encore plus nombreuses.
Si l’on feuillette les livres d’histoire de l’humanité et des peuples, nous voyons qu’au-delà des déchirures, des horreurs… la même histoire est tissée d’innombrables - et combien plus nombreux – gestes de fraternité, de générosité, de partage.

Mais les solutions ne tombent pas toutes seules du ciel, c’est l’homme qui doit y réfléchir, les inventer, les créer. Il faut AGIR.
Il y a pour cela quelques conditions essentielles à remplir :
- D’abord être habité par une certaine sensibilité. Savoir se mettre à la place de l’autre, dans la peau de ceux qui souffrent. Savoir se dire : « si c’était moi », « si j’étais dans le cas » !
- Une autre condition c’est de ne jamais regarder le passé, les antécédents de la personne, ni ses erreurs, ni ses fautes, ni sa responsabilité… mais oser lui ouvrir la porte d’un nouvel avenir et faire confiance.
- Il ne faut pas non plus imaginer que les pouvoirs publics peuvent procurer des solutions toutes faites et faciles qui ne dérangent personne. Eux aussi ont leurs limites et jamais ne pourront remplacer les bonnes volontés, les bénévoles, la gratuité, la débrouillardise, la créativité, l’enthousiasme, l’espoir… qui doivent venir de chaque citoyen.
- Il est enfin important de croire que l’on n’est pas seul et que la somme de tous ces petits leviers, actionnés ensemble, solidairement, pourront vraiment changer les choses.

Puissions-nous en cette 2e semaine de l’Avent, faire un effort pour apprécier tout ce qui se réalise déjà autour de nous et qui contribue à rendre le monde un peu plus habitable et l’existence un peu plus conviviale et fraternelle pour tous. Alors le loup pourra habiter avec l’agneau et l’homme sera un frère pour l’homme.

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(re)publié: 08/10/2019