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2e dim. de l’Avent (8/12) : Commentaire

Comme au dimanche précédent, pas un mot de Noël. Le regard se porte plus loin, vers la venue, majestueuse, presque écrasante, du Christ de gloire. Et s’il est question de naissance, c’est de la nôtre, quand nous naîtrons à des cieux nouveaux et à une terre nouvelle.

En cette année A, rêvons de ce paradis que le prophète Isaïe voit fleurir quand viendra le rejeton d’une souche crue condamnée (première lecture). Nous sommes aussitôt dégrisés par le portrait du juge de la fin des temps que nous peint Jean Baptiste (évangile), alors que Paul nous invite à être d’accord, à faire la paix (deuxième lecture).

Première lecture : Is 11,1-10

Le rameau sorti de la souche de Jessé (au début du texte) et la racine de Jessé, père de David, dressée comme un étendard pour le peuple (à la fin), désignent un rejeton de la famille royale sur qui se concentreront les promesses messianiques. Jésus est de la tribu de David, et les foules le reconnaîtront comme Messie en l’acclamant « Fils de David ».

Trois qualités majeures sont attribuées à ce Roi-Messie :
- Il sera rempli de l’esprit du Seigneur. Les six, respectivement les sept dons ici recensés - sagesse, discernement, conseil, force, connaissance, crainte, crainte (piété) - seront à l’origine de nos sept dons du Saint Esprit. Le mot crainte, qui revient deux fois dans le texte, ayant été traduit la seconde fois par piété, on arrive au chiffre sept.
- Il jugera avec justice et droiture, en faveur des pauvres : les petites gens, humbles devant Dieu.
- Il apportera la paix ; celle-ci est décrite sous les images paradisiaques d’animaux pacifiés : le loup habitera avec l’agneau...

Y reconnais-tu ton propre programme, toi qui es, par ton baptême, rempli de l’Esprit Saint et que Dieu envoie vers les hommes d’aujourd’hui ? Travailles-tu à la justice et à la droiture ? T’engages-tu en faveur des pauvres ? Apportes-tu la paix ?

Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra...

Toujours les hommes ont rêvé et rêveront d’une société idéale, d’un monde parfait. Mais ils le cherchent au profit de leurs égoïsmes. Jésus rêve autrement : sur lui repose l’esprit du Seigneur, un esprit qui le fera serviteur. Il nous invite à réaliser un monde d’oubli de soi. Le rêve ne se réalise pas parce que notre connaissance (expérience) du Seigneur est encore trop faible. Ah ! Qu’elle nous remplisse entièrement !

Cette insatisfaction, ce provisoire font porter notre regard sur la fin des temps, sur la venue finale du Christ, quand sa gloire sera notre demeure.

Psaume : Ps 71

Ô Dieu, envoie à nouveau ton Fils Jésus à ton peuple (l’Église), au monde assoiffé de justice, aux malheureux dont le droit est bafoué, à ces nations en guerre et à ces familles en dispute. Que fleurisse la justice, une grande paix. Envoie ton Fils à nous qui sommes malheureux dans nos refus, pauvres loin de toi. Que ton nom dure et subsiste, qu’il soit sanctifié, que ton règne vienne !

Deuxième lecture : Rm 15,4-9

L’Avent est un de ces temps forts où il faut prendre à cœur l’invitation de saint Paul à lire les livres saints, l’Écriture. Parce qu’elle nous instruit dans la connaissance de Dieu, nous donne le courage et la persévérance pour tenir jusqu’à la venue du Christ que nous attendons dans une ferme espérance.

L’Avent est aussi un temps fort pour refaire l’unité de la communauté. Du temps de l’apôtre, les tensions étaient fréquentes entre les Juifs convertis et les Grecs ou Romains qui venaient des nations païennes. Nous ne manquons pas de diversités qui peuvent tourner en affrontements. Accueillons-nous les uns les autres dans nos justes diversités de milieux, de caractères, de responsabilités - comme le Christ nous a accueillis, lui qui est venu en ce monde apporter la paix, enlever les barrières et les murs de séparation (Ep 2, 11-22). Il faut de la persévérance, du courage pour être d’accord entre nous d’un accord vrai selon l’esprit du Christ Jésus. La paix du Christ nous sera donnée à Noël à condition que nous ayons fait la paix des hommes.

L’eucharistie des dimanches de l’Avent est le lieu privilégié, le temps fort pour ces deux objectifs. Elle nous fait lire la Parole de Dieu avec abondance ; non seulement la lire, mais la méditer, la prier. Elle veut être une “communion”, en rassemblant, dans une même prière, des gens venus d’horizons divers, parfois opposés (milieux de vie, syndicats, intérêts). Si une eucharistie entre gens d’un même groupe est profitable, elle ne devrait jamais concurrencer la messe dominicale qui, précisément, permet la “communion” dans la diversité.

Évangile : Mt 3,1-12

En ces jours-là. Chez Matthieu ce mot annonce toujours quelque chose de particulier. Impression encore augmentée par le verbe paraît. Jean le Baptiste paraît. Celui-ci est campé avec une citation un peu arrangée du prophète Isaïe, comme la voix qui crie dans le désert. Le désert, au sens biblique, est le lieu où l’on entend Dieu nous parler. C’est là qu’il a parlé à son peuple, et lui a donné son alliance. Désert, lieu du premier amour, non encore gâté par le “divertissement”.

Si, au milieu du tintamarre, je sais me créer ce désert intérieur, j’entendrai la voix.

Et qu’est-ce qu’elle crie, qu’est-ce qu’elle proclame ? Convertissez-vous ; littéralement : changez de direction, vous êtes sur la fausse piste. Allez dans le sens contraire, à contre-courant. Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Il y a donc des obstacles. Enlève-moi cet égoïsme, cet arrivisme, cette indolence...

Bah ! J’ai le temps ! Eh non ! Le Royaume des cieux (expression pour le Royaume de Dieu, l’espace de la royauté incontestée de Dieu) est tout proche, là, devant ta porte. Déjà, oui déjà, la cognée se trouve à la racine des arbres. C’est pour tout de suite. Je changerai demain - je ne changerai jamais.

Nous voilà loin des angelots et des moutons que nous attendons pour Noël. Un juge est là, devant moi, qui examine l’arbre que je suis. Si je ne porte pas de bons fruits, je vais être coupé et jeté au feu. Un juge qui tient la pelle à vanner dans sa main, pour séparer le grain de la paille. Suis-je bon grain pour son grenier ou paille à brûler ?

Et n’allez pas me dire : je suis catholique, je vais à la messe. Les pharisiens se tranquillisaient ainsi en eux-mêmes : nous sommes de bons Juifs, nous avons Abraham pour père. Des actes, s’il vous plaît ! L’Avent de notre vie consiste à produire un fruit qui exprime notre conversion.

On dirait Jésus qui parle : le même message (le Royaume des cieux est proche), le même appel (convertissez-vous), les mêmes apostrophes (engeance de vipères). Jean prépare Jésus, Jésus continue Jean. Mais pas au même niveau : Celui qui vient derrière moi est plus fort que moi. On pense que ce passage vise à montrer la supériorité du jeune christianisme sur des communautés concurrentielles se réclamant de Jean Baptiste. Communautés que nous retrouverons plusieurs fois dans les récits du Nouveau Testament. Paul en rencontrera une à Ephèse (Ac 19, 1-7). Jean ne pratiquait qu’un rite symbolique pour vous amener à la conversion : le baptême de l’eau. Lui, Jésus, vous baptisera réellement, vous plongera dans l’Esprit Saint et dans son feu d’amour, un feu purifiant vos cœurs. Lui il est autrement grand. Je ne suis pas digne d’être son serviteur, de lui retirer ses sandales. (Ce thème sera repris dans plusieurs évangiles de l’Avent). Oui il va paraître. Et bien autrement que Jean.

Quant aux prédicateurs, responsables, laïcs engagés qui continuent Jean Baptiste et sa mission de précurseur, ils verront Jérusalem et toute la Judée, tous les environs, venir à eux, si, comme Jean Baptiste, ils prêchent d’exemple. Point n’est besoin, pour cela, de se nourrir de sauterelles !


Désirs

La liturgie de l’Avent nous éduque au désir de la venue finale du Christ, quand il viendra, le jour de notre mort, nous prendre près de lui, et quand, à la fin des temps, il viendra remplacer ce monde bancal par sa justice et sa paix.

Désirer cette double venue est une attitude fondamentale de la vie chrétienne. Sans ce désir qu’est-ce qui nous distingue de l’honnête non-croyant ? Désirons-nous vraiment ainsi ? Si ce désir est faible, c’est que notre relation au Christ est faible. A regarder de plus près.

Mais la liturgie n’entend pas nous bloquer sur le seul désir de la venue finale du Christ. Ce serait irréaliste : je ne me sens pas capable de ce mono-désir. Ce serait faux : Dieu ne veut pas des évadés de l’existence. Aussi la liturgie nous éduque-t-elle à désirer que Jésus vienne dès maintenant, dès aujourd’hui. Pour nous changer. Pour qu’un peu de sa paix, de sa justice viennent en notre monde. Tout de suite. Actualisons la venue du Christ et Noël sera plus qu’une fête : un événement.

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(re)publié: 08/10/2019