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29e dim. ordinaire (18/10) : Commentaire

La société, mon entourage et ma famille ont des droits sur moi. Je dois payer l’impôt à la première, rendre service au second et me consacrer aux miens. Mais si je viens à la messe, c’est pour affirmer que Dieu seul peut exiger tout de moi (évangile). Dieu seul est le Seigneur, et si l’Etat est puissant, il ne peut l’être que dans l’obéissance aux lois de Dieu (première lecture). Aussi faisons à Dieu l’action de grâce qui lui revient à lui seul. Et que notre foi soit active, notre confiance ferme (deuxième lecture).

Première lecture : Is 45,1.4-6a

Les Israélites déportés à Babylone devaient au roi perse Cyrus une fière chandelle : il leur avait permis de rentrer chez eux. Mais c’est à Dieu que revient la gloire, car c’est lui qui a soumis les nations à Cyrus, c’est lui qui a désarmé les rois, la dynastie babylonienne. Le Seigneur décerne à Cyrus le titre de consacré, c’est-à-dire de messie. Ce titre, étrange pour un roi non-juif, signifie que Dieu se sert de quiconque pour exécuter ses desseins. Si Cyrus est puissant, il le doit à Dieu seul : Je t’ai rendu puissant pour que l’on sache qu’il n’y a rien en dehors de moi.

Nous n’avons pas besoin de voir en chaque événement politique le doigt de Dieu, loin de là. Mais l’homme de foi sait que Dieu mène le monde, même si les grands en occupent l’avant-scène.

Ce texte prépare ainsi l’évangile sur la légitimité - et la relativité du pouvoir civil.

Psaume : Ps 95

Assemblée du Seigneur, chante-lui le chant nouveau du Christ élevé dans la gloire, roi des peuples et des nations. Le Seigneur est au-dessus de tous les dieux du pouvoir. Oui, familles des peuples, rendez au Seigneur la gloire, reconnaissez sa puissance.

Adorons, pendant cette liturgie, le Seigneur éblouissant de sainteté. Puis allons dire aux nations : le Seigneur seul a pouvoir, il est le roi du monde, il gouverne les peuples avec droiture.

Deuxième lecture : 1 Th 1,1-5b

Nous commençons aujourd’hui la lecture semi continue de la première Lettre aux Thessaloniciens (de Salonique, en Grèce du Nord). C’est la lettre la plus ancienne de Paul que nous connaissons et, même, le texte le plus ancien de tout le Nouveau Testament. Paul n’y développe pas encore ses grands exposés doctrinaux. C’est plutôt le souci d’encourager qui l’anime - et avec quelle chaleur ! Il lui faut aussi dissiper une crainte au sujet de l’avènement du Christ que tous, et Paul avec eux, croient imminent. C’est ce thème de la fin des temps qui a motivé la place de la Lettre à la fin de l’année liturgique.

Selon la coutume du temps, la lettre commence par décliner les auteurs : Paul et ses compagnons Silvain et Timothée (ce dernier venait d’apporter à l’Apôtre des nouvelles fraîches et réconfortantes) - Puis elle nomme le destinataire : l’Eglise de Thessalonique. Ce faisant Paul donne une courte, mais belle description de l’Eglise. Il la voit concentrée dans une communauté locale, concrète, à Thessalonique. Notre propre communauté est donc l’Eglise à ...

Ainsi l’a redécouverte Vatican II. Paul voit l’Eglise moins structure humaine que lieu spirituel, elle est en Dieu le Père et en Jésus Christ le Seigneur. Le but de notre communauté n’est pas d’abord et encore moins exclusivement humanitaire, social... Dieu est l’origine, la raison et le but. Jésus, Christ, le Seigneur. Trois titres qui détaillent l’action du Père. Celui-ci nous envoie son Christ, son envoyé, consacré. Sa mission est de nous sauver ; il est Jésus, de Je-shua : Dieu sauve. Et il nous sauve en ressuscité, en Seigneur. Que de choses en si peu de mots !

Vient alors, toujours selon les habitudes, une action de grâce, ici pour l’évangélisation réussie des Thessaloniciens dont Paul loue la foi, l’espérance, la charité (remarquez la triade !), vertus fondamentales auxquelles il colle trois adjectifs musclés : foi active, charité qui se donne de la peine, espérance qui tient bon. Enfin il relève le rapide progrès de l’Evangile dans la communauté, progrès qu’il attribue à la puissance de l’Esprit.

L’adresse, on le sent, donne le ton à ce qui va suivre et que l’on pourrait titrer : lettre joyeuse à une communauté dynamique.

Les débuts sont généralement enthousiasmants, généreux en tout cas. Les Églises jeunes se reconnaîtront dans ces lignes. Nos Églises vieillies peuvent y lire un appel à retrouver leur dynamisme premier. La générosité rajeunit ! Joie, enthousiasme, ferveur, progrès qui sont, à vrai dire, l’œuvre du Christ Jésus, de la puissance de l’Esprit Saint.

Évangile : Mt 22,15-21

Les pharisiens se concertèrent pour voir comment prendre en faute Jésus. Nous sommes à quelques jours de l’arrestation du Christ. Et comment le piéger ? En le faisant parler, de sorte qu’il se compromette et que l’arrestation soit plausible, justifiée.

Justement, les Juifs étaient divisés à propos de l’impôt à César. Un véritable cas de conscience. Les partisans d’Hérode, hommes de paille des Romains, étaient pour la collaboration avec l’occupant, donc pour l’impôt. Position oblige. Les pharisiens, farouches nationalistes, étaient contre, car le payer, c’était reconnaître César comme le maître d’Israël, concurrent de Yahvé. De plus la monnaie le déclarait - horreur ! - “pontife suprême” !

Voila donc que les pharisiens, astucieux, envoient à Jésus leurs disciples auxquels ils adjoignent des partisans d’Hérode. La délégation étant composée de gens aux opinions contraires, Jésus, en parlant, déplairait inévitablement à l’une des parties, ce qui ne manquerait pas de soulever des vagues : être pour l’impôt, c’était se mettre le peuple à dos ; être contre, c’était se préparer des ennuis avec le pouvoir.

Voyez-les, cauteleux, qui cachent leur perversité sous un compliment : Tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu (ils étaient persuadés du contraire). Ils reconnaissent cependant : Tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de différence entre les gens. C’était le provoquer à une imprudente audace. Est-il permis, oui ou non, (pas de oui-mais) de payer l’impôt à l’empereur ? Jésus dévoile leur perversité et leur lance : Hypocrites, mot à mot, hommes pervers, dévoyés, ce qui est pire que faux. Pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? Pour le prendre en faute, bien sûr, afin de le perdre. Mais Jésus, habilement, les prend à leur propre piège : Vous utilisez la monnaie romaine, elle vous profite. Acceptez donc, avec les avantages, les obligations qui en découlent : Rendez à César ce qui est à César. Jésus affirme ici le bien-fondé du pouvoir civil et la nécessité de se soumettre à ses lois légitimes.

Mais il ajoute aussitôt : et rendez à Dieu ce qui est à Dieu. On interprète ordinairement cette phrase célèbre par “Dieu et César, à chacun son rayon”. “La politique n’a rien à voir avec la religion”. C’est trop simpliste. Pour Jésus, tout appartient à Dieu, même César. Le pouvoir civil est relatif, il doit se conformer au plan de Dieu sur les hommes. Dès que César dépasse ses compétences, on peut - parfois on doit - le contester. Ce faisant, Jésus élève le débat jusqu’à la grandeur unique de Dieu devant lequel sont responsables et l’Etat et l’Eglise.

Pour avoir manipulé les principes de Jésus, on tombe encore dans de curieux extrêmes. Tantôt c’est le désintéressement total, quand l’Etat ignore systématiquement l’Eglise, ce qui est malaisé et hypocrite, ou quand les chrétiens se cantonnent à la sacristie et fuient leurs responsabilités civiles. Tantôt c’est la confusion : soit le Césaro-papisme (quand César veut se faire pape), quand au Moyen Âge, et aujourd’hui dans les pays totalitaires, les gouvernements musèlent l’Eglise - soit le cléricalisme quand “les curés font de la politique” et que voter à droite (ou à gauche), c’est voter chrétien.

Ne méprisons ni ne déifions l’Etat, mais respectons ses compétences propres. Il n’y a pas de méthode catholique pour construire un barrage ni administrer une commune. Intéressons-nous au bien public par notre bulletin de vote, notre engagement civique et en payant nos impôts. L’Etat, quant à lui, doit respecter la liberté des consciences.

L’Eglise, elle a une mission spirituelle qu’elle ne peut exercer en marge des réalités concrètes. Vis-à-vis de la société au sens large, donc aussi vis-à-vis de la technique, de la médecine, elle a, plus que jamais, une fonction critique. Elle doit veiller à sauver l’homme de ces démons modernes que sont l’économie égoïste, la science irresponsable, le matérialisme étouffant, la violation des consciences.

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René LUDMANN c.ss.r.

Prêtre du diocèse de Luxembourg.

(re)publié: 18/08/2020