LogoAppli mobile

28e dim. ordinaire (11/10) : Commentaire

Nous sommes les mendiants et les désœuvrés que le Maître invite au repas de son eucharistie. Mais si ce repas est “gratuit”, donné par pure grâce, je ne puis me permettre d’y venir avec sans-gêne, en négligé (évangile). Savez-vous ce qui se passe à la messe ? Le Seigneur lui-même vient essuyer les larmes de votre visage et vous libérer ! (première lecture). Dieu subvient magnifiquement, surabondamment au besoin profond de votre cœur. Il vous comblera selon sa richesse dans le Christ Jésus (deuxième lecture).

Première lecture : Is 25,6-9

Isaïe est encore prisonnier d’une théologie du judaïsme comme centre vers lequel afflueront tous les autres peuples : Ceux-ci viendront vers la montagne où est édifié le temple, vers Jérusalem. Mais sa pensée est en net progrès sur le nationalisme étroit alors encore pratiqué.

Quand viendra le Messie, ce jour-là, le Seigneur - qui n’est pas seulement le Dieu des Juifs, mais le Dieu de l’univers - préparera un festin pour tous les peuples. Toutes les nations, tous les visages, par toute la terre jouiront de la délivrance promise. Nous lisons dans cette prophétie le Christ qui nous a apporté la joie fondamentale, qui a enlevé le voile de deuil, la tristesse de notre condition vouée à la mort. Par sa mort il a détruit la mort pour toujours.

Cette joie se célébrera par un festin, celui du banquet céleste. Mais dès aujourd’hui cette joie est célébrée, en amorce, dans le festin eucharistique, signe du rassemblement des peuples.

Exultons, réjouissons-nous.

Le prophète prépare de la sorte les esprits au message universel du Christ qui demande à ses disciples d’aller aux croisées des chemins du monde pour inviter à son festin de noces (évangile).

Psaume : Ps 22

Oui Seigneur, ce que tu as promis (1ère lecture), tu en amorces la réalisation dans cette eucharistie. Déjà nous ne manquons de rien d’essentiel. Tu nous as menés à la foi, vers les eaux du baptême où tu nous fais revivre. Tu nous prépares la table du festin eucharistique, ta coupe est débordante. Tu as répandu le parfum de l’onction de ton Esprit sur notre tête. Ta grâce et ton bonheur nous accompagnent tous les jours de notre vie, jusqu’à ce que nous puissions prendre avec toi le grand repas dans le face à face de ta gloire.

Deuxième lecture : Ph 4,12-14.19-20

Un mot de remerciement. Notre lectionnaire l’a malheureusement amputé de l’objet de ce merci : l’aide matérielle que ses chers Philippiens ont fait parvenir à Paul en prison.

Cette aide n’eût pas été nécessaire ; Paul sait vivre de peu ; par son travail, il a su, au long de sa vie missionnaire, avoir tout ce qu’il lui faut. Il était prêtre-ouvrier avant la lettre. Et puis, il a appris à s’adapter à toutes les situations, à être rassasié et à manquer de tout. Avec l’esprit surnaturel dont il ne se départit jamais, il dit pouvoir tout supporter avec celui (le Christ) qui lui donne la force.

Aussi n’a-t-il jamais voulu recevoir quelque aide de personne, à l’exception de ses chers Philippiens qui l’avaient aidé tous ensemble, à plusieurs reprises, quand il était dans la gène (voir Ph 4,15-16 omis par le lectionnaire).

Maintenant, il les remercie pour cette nouvelle aide reçue en prison - toujours dans son esprit surnaturel caractéristique : que Dieu subvienne magnifiquement à tous vos besoins selon sa richesse dans le Christ. C’est, bien sûr, toute la richesse spirituelle du Christ qu’il leur souhaite.

Le passage - et la lettre - finissent avec une doxologie (louange de gloire) : s’il remercie la communauté généreuse, c’est à Dieu notre Père que, en fin de compte, revient toute reconnaissance et toute gloire !

Par la bande, nous découvrons un apôtre qui en a vu de toutes les couleurs, mais qui réagit toujours surnaturellement ; nous rencontrons une communauté délicate et attentive, et nous sommes émerveillés des liens affectueux qui unissent les deux. Quelle paroisse ne rêve de ce tandem !

Evangile : Mt 22,1-14

Cette parabole fait partie d’un ensemble polémique dont nous avons déjà médité la parabole des deux fils (26e dimanche), puis celle des vignerons homicides (27e dimanche) dont la nôtre est proche parente par son thème et par sa construction. On gagnera à relire la parabole de dimanche dernier pour y trouver des vues complémentaires.

La controverse avec les chefs du peuple a lieu après l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, quelques jours seulement avant que le Christ tombe aux mains de ses ennemis jurés. Le climat est on ne peut plus tendu, ce qui explique aussi la dureté de certains traits de la parabole.

Le Royaume des cieux (le plan souverain de Dieu sur nous) est comparable à un roi... Ce roi est le Père qui célèbre les noces de son fils, de Jésus évidemment. Des noces : Réalisez-vous cet incroyable ? Depuis que le prophète Osée avait eu l’audace de parler de Yahvé amoureux d’Israël, ce précieux fil d’amour faisait comme une trame traversant la méditation des grands prophètes. Quand viendrait le Messie, ce serait le grand jour des noces de Yahvé avec son peuple (voir 1ère lecture). Jésus affirme donc à mots couverts : En moi, ce temps est arrivé.

Le roi envoya ses serviteurs pour appeler à la noce les invités qu’étaient les enfants du peuple de Dieu. Déception : Ceux-ci ne voulaient pas venir. Il envoya encore d’autres serviteurs, mais ils n’en tinrent aucun compte. Quelques-uns même empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. On reconnaît, dans ces serviteurs, les prophètes envoyés par Dieu à son peuple et le sort qui fut souvent le leur.

Le roi se mit en colère. Dieu en colère ? Oui, de cette colère de l’amour qui a tant fait pour son peuple et qui voit l’immense gâchis, son plan d’amour littéralement tué dans son propre Fils sur la Croix. Ne pas se mettre dans une sainte colère serait, pour sûr, montrer beaucoup d’indifférence. Il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et brûla leur ville. Voilà qui est plus dur à avaler. N’oublions pas que Matthieu utilise un genre littéraire alors courant, l’apocalypse, dont l’intention (le jugement) est plus importante que le détail de la description - encore que la ville de Jérusalem fut littéralement brûlée par les Romains (Matthieu écrit en témoin des événements !).

Nous avons ici tout un résumé de l’Ancien Testament : la déclaration d’amour de Yahvé, l’appel des prophètes, le refus d’Israël et la fin de son privilège de peuple unique. Matthieu, qui écrit son évangile pour les Juifs convertis au christianisme, veut ainsi les éclairer sur ce qui reste pour eux un scandaleux mystère : “Pourquoi nos frères de race ont-ils été exclus ?” - Parce que, orgueilleusement assis sur leurs privilèges, ils ont dédaigné, refusé l’humble grâce du Christ. Une histoire qui pourrait bien devenir la nôtre : individuelle, quand toute ma vie est un refus de l’Amour ; collective, quand notre Occident gavé se préoccupe de tout autre chose, l’un allant à son champ, l’autre à son commerce - tuant Dieu dans l’athéisme cultivé ou l’étouffant dans l’indifférence massive.

Revenons au roi déçu, mais non découragé. Le peuple juif refuse ? Eh bien ! Allez à tous les peuples, aux croisées des chemins du monde. Rassemblez-les tous. Finie la religion de la race. Faisons craquer les cadres nationalistes qui ont fait leur temps. Le temps maintenant est au Christ universel, à une Eglise ouverte à tous les hommes.

Toi, communauté chrétienne, ne te roule pas en hérisson sur toi-même, laisse entrer les mauvais comme les bons. Pas de communauté qui tricote son bas de perfection.

Le roi entra pour voir les convives. Il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce et lui dit : Comment es-tu entré ici ? Voilà un reproche qui nous paraît immérité, puisqu’on a appelé n’importe qui, le mauvais aussi. Le fait que l’autre garda le silence prouve bien qu’il se savait en faute. Peut-être avait-il négligé d’endosser le costume qu’on lui présentait ou ne s’était-il pas donné la peine d’en emprunter un. Le détail importe peu, le fait est qu’il est désinvolte, qu’il n’a pas répondu à l’invitation par un minimum de tenue. Dieu donne sa grâce gratuitement. Encore nous faut-il l’estimer à sa valeur.

Jetez-le dehors, dans les ténèbres : là il y aura des pleurs et des grincements de dents. Cet homme sans-gêne répète exactement la faute des Juifs. Comme eux, il néglige de répondre à l’appel de l’amour ; comme eux, il est exclu. Traduisez : Votre situation de chrétiens n’est pas meilleure que celle des Juifs si, comme eux, vous refusez Dieu. Un sérieux avertissement.

Le dernier verset tombe comme un cheveu sur la soupe : La multitude est appelée, mais les élus sont peu nombreux. Il contredit ce qui précède immédiatement, puisqu’un seul est éjecté, alors que la la salle est remplie de convives. La phrase s’est probablement égarée ici ; elle se comprend mieux à la fin du premier acte où, effectivement, la masse des Juifs était invitée, mais où peu répondirent à l’appel.

Quoi qu’il en soit, voilà un évangile sévère. Et pour cause : on ne badine pas avec l’amour.

Si je tiens en main le carton officiel d’invitation au mariage, assurément je m’y prépare avec plus d’ardeur que si je ne suis pas sûr de le recevoir. Mais Dieu me l’a donné, pardi ! C’est parce que j’en doute que je me préoccupe si peu du vêtement de noce. Je suis invité. Sûr ! Alors, vite, faisons-nous une beauté ! Heureux les invités au repas (de noce) du Seigneur (cri avant la communion) !

Une faute d'orthographe, une erreur, un problème ? Dites-nous tout !
 
René LUDMANN c.ss.r.

Prêtre du diocèse de Luxembourg.

(re)publié: 11/08/2020