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23e dim. ordinaire (6/9) : Pistes pour l’homélie

Piste 1
Nous sommes tous fichés, encodés, numérotés, toutes nos coordonnées, nos antécédents sont connus. Beaucoup de voix s’élèvent d’ailleurs aujourd’hui pour sauvegarder la vie privée. Celle-ci est sacrée : « Ce sont mes affaires qui ne regardent personne. »
Qui oserait encore intervenir dans la vie privée des autres ? Chacun fait sa vie comme il veut ! Même si nous assistons à des situations aberrantes, désastreuses… personne n’ose plus intervenir : combien d’enfants sont maltraités, des couples amis se disloquent, nous sommes témoins de violences, d’injustices criantes, nous voyons des personnes âgées abandonnées même par leurs enfants ; d’autres plus jeunes sombrent dans l’alcoolisme ou la drogue… et soi-disant, par respect de la liberté, nous laissons s’enfoncer toutes ces personnes dans la mort, nous assistons sans réaction à leur dégringolade. Par contre, de manière perfide, nous ne nous privons pas de commentaires : on parle de l’autre plutôt que de parler à l’autre.
Jésus nous dit : « Si tu vois que ton frère a commis un péché va lui parler seul à seul. »
Jésus ne dit pas : « Si tu vois quelqu’un » mais il précise « si tu vois ton frère » ! Un frère c’est quelqu’un avec qui on a des relations privilégiées, quelqu’un qu’on aime, avec qui on entretient des liens solides d’amitié, d’affection. Un frère est quelqu’un que l’on ne peut supporter voir s’enfoncer dans le mal mais surtout avec qui on a l’habitude de parler franchement. Il est évident que si l’on adresse une correction à un étranger il réagira mal : « De quoi se mêle-t-il ? »
Nous ne pouvons donc aider efficacement, nous ne pouvons « sauver » comme dit Jésus, que ceux et celles de qui nous sommes proches. D’où l’importance d’entretenir des relations de qualité.
Mais même si celui qui fait mal est ‘mon frère’, c’est avec une extrême délicatesse et discrétion que je dois l’aider à se corriger. « Va le trouver seul à seul » nous dit Jésus. 
Nous-mêmes lorsqu’on nous fait une remarque nous nous sentons vite blessés, nous sentons très vite si ce conseil est inspiré par la jalousie ou par une amitié profonde. Il ne s’agit donc pas de faire la leçon, d’enfoncer, de mépriser mais de protéger, d’avertir du danger, en un mot de « sauver ».
Ces conseils de Jésus peuvent surtout et d’abord être vécus en famille ou en couple. Plutôt que d’emmagasiner au fond de soi des reproches, des rancunes, sans rien oser dire, jusqu’à ce que la coupe soit pleine et déborde violemment, le mieux n’est-il pas de se préserver des moments privilégiés où l’on peut se dire, s’exprimer mais aussi se corriger en douceur ?
Nous ne soupçonnons pas les souffrances, les violences que l’on pourrait s’éviter si chacun avait le courage et l’audace de parler. Que de progrès empêchés, que d’initiatives perdues à cause de cette peur d’oser vouloir le bien, le bonheur des autres.
Le prophète Ezéchiel nous invite à être des guetteurs. Le guetteur n’est pas celui qui part en guerre mais celui qui avertit du danger menaçant, sonne l’alarme, réveille les assoupis. Le guetteur n’est pas un redresseur de torts, ni un espion curieux mais il veut le bien de ses frères en les protégeant du mal.
« Délivre-nous du mal » disons-nous souvent dans notre prière. La 1re délivrance n’est-ce pas la prévention, en mettant le mal au grand jour, en aidant à en prendre conscience ? Il ne faut pas pour cela être à l’affût des fautes, des erreurs, des faiblesses ou des faux pas… il suffit tout simplement « d’aimer ». Or que signifie « aimer », si ce n’est d’abord se réjouir et vouloir le bonheur des autres. N’est-ce pas aussi le rêve et la volonté de Dieu ?

Piste 2
Nous connaissons cet adage : « La critique est aisée mais l’art est difficile » ou pour le dire plus platement : « Il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne sont jamais critiqués. »
Il faut déjà une forte personnalité pour encaisser des remarques sans broncher. Cela ne fait jamais plaisir et pourtant voilà un des piliers de l’amitié et de l’amour.
Nous avons tous nos expériences de disputes, de mésententes, de relations difficiles, que ce soit en couple, entre frères et sœurs, avec le voisinage ou dans notre milieu professionnel. Nous savons combien notre vie peut en être perturbée.
Vous avez peut-être vu comme moi cette enquête qui concluait qu’un Belge sur quatre a une tendance à la déprime. Les causes sont évidemment multiples : ennuis de santé, ennuis d’argent, mais pour la majorité… les ennuis de relations. En ce qui concerne ceux-ci, les psychologues n’ont rien inventé de nouveau puisqu’il y a 2000 ans Jésus nous donnait déjà le remède : il suffit de parler.
Nous sommes tous convaincus que la parole peut défaire bien des nœuds. Malgré cela, même chez les plus convaincus, la parole reste toujours un art difficile.
Nous sommes enchaînés par la peur de dire notre vérité, peur de blesser l’autre, peur de réactions imprévisibles, peur de ne pas être entendu, mal interprété, peur de se mêler de ce qui ne nous regarde pas…
Mais relisons les paroles de Jésus et voyons combien il est nuancé : il ne dit pas « si quelqu’un a commis un péché va lui parler seul à seul » mais il dit « si ton frère a commis un péché va lui parler seul à seul ».
Ce n’est qu’à notre frère que nous pouvons nous permettre de faire une remarque, notre frère, c’est à dire une personne avec qui nous avons des liens privilégiés, avec qui nous entretenons des apports amoureux ou d’amitié, quelqu’un avec qui nous pouvons parler cœur à cœur. Jésus nous montre que le vrai dialogue ne s’apprend que petit à petit.

Saint-Exupéry l’explique avec beaucoup de poésie lorsqu’il parle du renard qui propose au petit prince de l’apprivoiser en se rapprochant de lui chaque jour un peu plus. Que ce soit en couple, en famille, dans le voisinage ou dans notre milieu professionnel, il est important de nous apprivoiser, mieux nous connaître, nous comprendre ; ainsi lorsqu’arrivera le jour où un reproche nous semblera nécessaire, nous pourrons risquer une parole qui ne sera pas reçue comme un jugement, une critique mais comme signe d’amitié et d’amour.
S’il est un lieu privilégié où nous pouvons être vraiment être nous-mêmes et parler en toute franchise, c’est pendant les repas, lorsqu’en famille et en amis nous partageons ensemble le même pain.
Cette occasion nous est aussi offerte ici chaque semaine en communauté d’Eglise. Ne manquons pas ce rendez-vous. Même si notre présence ne semble pas utile, soyons assurés que les autres ont besoin de nous.

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Georges LAMOTTE

Prêtre du diocèse de Namur, † 2017.

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(re)publié: 06/07/2020