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1er dim. de l’Avent (1/12) : Commentaire

Déception pour les romantiques : ce dimanche ne dit rien de Noël que nous célébrons pourtant dans un mois. Mais bénie soit la liturgie qui nous apprend mieux ! Avec Isaïe, Jean-Baptiste et Paul elle porte notre regard sur l’avènement final du Christ. Avènement qu’il nous faut préparer. Aujourd’hui.

Alors que nous aimerions rêver de la crèche, voici qu’elle nous invite à négliger, pour l’instant, le souvenir à nous concentrer sur l’humble venue du Christ de l’Aujourd’hui et à nous préparer au grand Demain de l’avènement final. C’est peut-être moins gentil, mais c’est plus tonique, plus adulte, plus vrai.

Le cœur est partagé entre l’effroi du jour qui nous surprendra (évangile) et la joie radieuse de la réussite future (première lecture), tandis que Paul nous remet les pieds sur terre en nous invitant au combat préparatoire (deuxième lecture).

Première lecture : Is 2,1-5

Dans une vue d’une audace bien en avance sur son temps, le prophète voit une Jérusalem nouvelle (l’Église du Christ), placée à la tête de toutes les autres montagnes (à l’époque, la montagne était le lieu de culte traditionnel), c’est-à-dire plus élevée que toutes les autres religions et idéologies. Toutes les nations afflueront vers elle, elle sera le centre d’où vient la parole du Seigneur. De cette unité de foi découlera l’unité des cœurs, la paix remplacera la guerre ; les épées deviendront des socs de charrue et les lances des faucilles pour une paisible moisson. Déjà Jésus est annoncé comme le juge des nations, l’arbitre de la multitude des peuples. Sa venue apportera la paix.

Cette prophétie s’est réalisée à la manière d’un germe, d’un début, d’une amorce : toutes les nations n’ont pas encore afflué vers l’Église terrestre, les lances, hélas ! sont loin d’être transformées en faucilles. Aussi la vision du prophète doit-elle être prolongée par celle de saint Jean qui voit cette nouvelle Jérusalem descendre du ciel comme une fiancée, mais à la fin des temps (Ap 21).

Dès la première lecture de son année, la liturgie a le regard grandiose : c’est le Noël final qu’elle attend ! Vivons d’attente plus que de souvenir !

Mais n’attendons pas la paix de la fin des temps en nous croisant les bras. Commençons-la. Tout de suite. Même si c’est toujours à recommencer.

Psaume : Ps 121

Quelle joie quand on m’a dit : tu n’es pas fait pour un trou au cimetière, tu iras à la maison du Seigneur ! Habiter près de toi, Seigneur, demeurer avec toi, te voir tel que tu es, face à face !

Ô Jérusalem céleste, tu n’es plus loin, la vie passe si vite ; bientôt nous pourrons dire : maintenant notre marche prend fin devant tes portes.

Quelle joie de voir qu’y montent les tribus d’Israël, tous les croyants, tous ceux qui ont sincèrement cherché Dieu. Ils seront heureux dans tes murs, dans une harmonie où tout ensemble ne fait qu’un. Quelle joie !

Deuxième lecture : Rm 13,11-14

Avec les chrétiens de son temps, Paul était persuadé que le Christ reviendrait bientôt : le jour où le Christ rayonnera dans toute sa splendeur est tout proche. Et Paul d’insister : Si le salut nous était déjà proche à l’époque où nous sommes devenus croyants, puisqu’alors nous l’avions reçu en germe, en amorce, le voilà bien plus près de nous maintenant. La nuit de l’attente est bientôt finie.

Nous avons du mal à partager cette attente du retour imminent de Jésus. L’Église ne nous le demande d’ailleurs pas. Mais ce retour reste proche, car la brièveté de la vie est une chose qui ne se discute pas. Seulement le tout est de savoir si nous vivons sans rien attendre ou si le cœur reste en éveil. Attendre le Christ, désirer sa venue est une attitude fondamentale du chrétien.

Il nous faut donc vivre en conséquence. Sortir de notre sommeil, de notre paresse spirituelle, de notre absence de dynamisme, d’intérêt. Car il s’agit d’un combat. Les membres de nos assemblées dominicales ne se reconnaîtront guère dans les ripailles, beuveries, orgies, débauches, comme cela pouvait arriver à d’anciens païens au temps de Paul. Mais si le chrétien veut vivre sa foi, il doit, comme alors, sans cesse nager à contre-courant, ne pas faire comme tout le monde, ne pas tout se permettre, bref, combattre. Au baptême, il a revêtu le Christ (Ga 3,27), mais c’est à refaire continuellement s’il ne veut pas se voir recouvert d’une menaçante couche d’égoïsme et d’indifférence. C’est le moment !

Évangile : Mt 24,37-44

Avec ce premier dimanche de l’Avent commence une nouvelle année liturgique. la première du cycle des trois ans, appelée année A. Nous y lisons l’évangile de Matthieu ; les dimanches du temps ordinaire nous le présenteront chapitre par chapitre, dans ses meilleures pages. L’Avent choisit ses extraits en fonction de l’attente et de la venue du Christ.

En ce premier dimanche de l’Avent, pas un mot de Bethléem. Le regard se porte plus loin, vers la venue finale de Jésus. Il en parle lui-même à ses disciples. Il se déclare le Fils de l’homme, ce personnage grandiose qu’annonçait le prophète Daniel pour la fin des temps (Dn 7,13).

A quoi ressemblera cet avènement ? A ce qui s’est passé à l’évoque de Noé : on mangeait, on buvait, on se mariait, les gens ne se doutaient de rien. Ainsi les gens continuent, nous continuons à vivre sans réfléchir, sans nous douter de rien. On n’aime pas se poser les vraies questions : Que fais-je sur terre ? Qu’adviendra-t-il de moi à la mort ? Quel sens donner à ma vie ? C’est embêtant et c’est triste, pense-t-on. Alors on se “divertit” jusqu’au jour, tel le déluge, qui engloutira toutes ces têtes de linottes.

Noé, lui, avait entendu l’avertissement de Dieu. Il entra dans l’arche qui fut son salut. Comme lui entendons Dieu, et nous échapperons à la débâcle.

Jésus ne demande rien d’extraordinaire, comme d’aller au désert ou de faire vœu de chasteté. Faisons notre travail, aux champs, à tourner la meule pour la farine, notre travail à l’atelier, au bureau... la sélection se fera selon que nous aurons été vigilants ou irréfléchis : l’un sera pris, l’autre laissé. Par quoi il est clair que l’on va à Dieu, non malgré ou à côté de sa vie familiale et professionnelle, mais par elle.

Le tout est de veiller. Car vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur (le Christ ressuscité) viendra. Et de raconter ce qui a pu être un fait divers : un homme avait laissé percer le mince mur en torchis de sa maison. S’il avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé. S’il avait su ! Comme nous ne savons pas, autant ne jamais nous endormir, spirituellement bien sûr. Il nous faut veiller... toute la nuit de notre vie.

Tenez-vous donc prêts. Car c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. Suis-je assoupi ? Mon cœur veille-t-il ?


Attendre quoi ?

Qu’attendons-nous de Noël ? Rien, ou si peu : une cravate ou un pull, un flacon de parfum ou une chemisette, des jouets pour les enfants. Ah les enfants ! Eux du moins savent encore attendre avec impatience, et notre joie de Noël est faite, en bonne part, de leurs désirs et de leurs émerveillements. Mais pour nous-mêmes, à vrai dire, nous n’attendons rien. Le désir est mort. Le Christ est né il y a deux mille ans, c’est du passé. Sa venue dans la gloire, ce n’est pas pour demain. Alors que faut-il attendre ?

Si vous ne devenez comme des enfants... (Mc 10,15). Entendons ce mot au sens le plus fort : devenir ce que nous sommes par le baptême : enfants de Dieu, en prendre conscience, avoir avec “Lui” une relation de cœur, chaleureuse. Alors le désir renaît, nous retrouvons la faim des béatitudes, nous attendons Jésus le Bien-Aimé. Car il vient aujourd’hui : « Si quelqu’un m’aime, mon Père l’aimera et nous viendrons à lui » (Jn 14,23). Alors l’Avent sera le temps du désir, et Noël celui de sa réalisation.

Attendre. Mais, ici encore et davantage même, attendre veut dire : vouloir efficacement « que ton Nom soit sanctifié, que ton règne vienne » (Mt 6,10). Le Royaume doit croître, l’Église doit s’étendre “numero et merito” - en effectifs et en qualité ; la justice et la paix doivent être établies. On en est loin, et tout l’Avent de notre vie n’y suffira pas ; mais les quatre semaines de l’Avent liturgique veulent raviver en nous cette attente active.

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(re)publié: 01/10/2019