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19e dim. ordinaire (9/8) : Pistes pour l’homélie

Piste 1

Voici un passage d’Evangile pour le moins surréaliste : marcher sur l’eau, dominer la tempête. On comprend aisément que pour l’homme moderne cela est plutôt difficile à croire. On imagine mal que Jésus, tout Jésus qu’il était, ait pu marcher sur l’eau. Ou comme quelqu’un me le disait un jour, s’il est capable de dominer les eaux, il pourrait faire un petit geste pour calmer les tsunamis.
Parler ainsi c’est évidemment parler au 1er degré. Pour comprendre le message, il est nécessaire de décoder l’histoire pour en saisir toute la portée symbolique. Pour cela il y a 2 préalables à relever :
 D’abord pour les anciens, la mer ou les lacs étaient considérés comme le domaine de la mort et du mal, la demeure de Satan et le refuge des forces maléfiques qui de temps en temps se manifestaient par le soulèvement de l’eau et les tempêtes.
Par cette histoire de Jésus marchant sur l’eau ou calmant la tempête, l’évangéliste veut donc signifier que Jésus, plus fort que le mal, est capable de vaincre la mort. Pierre a été retiré des flots en tenant la main de Jésus, comme Jésus lui aussi, alors qu’il était au plus profond de la débâcle, a saisi la main du Père qui l’a retiré de la mort et l’a ressuscité.
 Le second préalable pour comprendre ce récit, est de savoir que Matthieu s’adresse aux 1res communautés chrétiennes qui vivent des moments difficiles dus à une opposition grandissante de la part des prêtres et de la part des religieux juifs.
Cette frêle barque représente l’Eglise naissante très fragile devant les menaces de persécutions. Dans cette situation peu engageante, Matthieu veut raffermir ses 1res communautés en leur montrant qu’avant elles, Jésus a aussi connu la tempête, l’opposition au mal mais il a pu y faire face, la dominer grâce à la confiance inconditionnelle en son Père qui, lui tendant la main, l’a retiré de l’anéantissement de la mort.

A toutes les époques, déjà du temps du prophète Elie obligé de fuir la fureur de la reine et de se réfugier dans le désert, aujourd’hui encore, nous devons faire face à des forces de mort, nous sommes ballottés par les vagues du mal. Nous aussi nous sommes parfois envahis par la peur, peur de la maladie, d’accidents, de la mort… peur de l’échec, de la solitude, du ridicule… peur de l’avenir, peur de l’autre… Dans ces moments là nous sommes tentés comme le prophète Elie de nous retirer, de nous replier sur nous-mêmes ou de nous laisser enfoncer dans la mort. Or, nous montrent les Ecritures, le seul vrai remède est de risquer, oser affronter les flots menaçants avec la certitude que nous ne serons pas abandonnés, livrés à nous-mêmes. Au milieu de la tempête, il y a quelqu’un qui nous tend la main pour nous sortir de là. Autrement dit, il n’est pas d’épreuve au milieu de laquelle ne nous est pas offert un signe semblable au murmure d’une brise légère.

En résumé : ce récit, plus que d’autres encore, nous montre la nécessité de dépasser une simple lecture littérale pour en saisir toute la portée symbolique, à savoir, lorsque les puissances de mort font rage dans nos vies, nous devons garder confiance et oser leur faire face. Lorsque nous pensons couler, nous pouvons toujours saisir la main que Dieu nous tend, non seulement pour nous apaiser mais aussi pour nous rendre capables de dominer les tempêtes, dompter les forces du mal qui surgissent inexorablement au cœur de notre vie comme de la vie de nos frères et sœurs. Le murmure d’une brise légère viendra nous caresser..

Piste 2

La reine Jézabel était une reine cruelle qui soutenait le culte au dieu Baal, le dieu de l’ouragan.
Le prophète Elie, lui, proclamait un Dieu unique, un Dieu de douceur. Le prophète est donc obligé de fuir la fureur de la reine et part se cacher au désert.
Dieu ne va pas l’abandonner dans sa peur. Il va se manifester à lui non pas à travers le feu de l’ouragan mais dans le murmure d’une brise légère. Par ce signe, Elie va retrouver confiance et poursuivre sa mission.

Les apôtres vont connaître la même épreuve. Un jour leur vie va aussi basculer dans la tempête, non pas seulement la tempête sur le lac, mais la peur de voir leur maître condamné et mis à mort, parce qu’il proclame un Dieu d’amour proche des pauvres et des petits.

Si les disciples peuvent continuer leur mission, c’est parce qu’ils vont faire confiance. Et cette confiance, est stimulée, soulevée, grâce à des signes qui leur sont donnés comme autant de mains tendues pour les aider à se relever.

Aujourd’hui, rien n’a changé, la peur est toujours aussi omniprésente dans nos vies : peur de la maladie, de l’accident, de la mort… peur de l’échec, de la solitude, du ridicule… peur de l’avenir, peur de l’autre… il y a même la peur de Dieu, à qui il faut plaire ou qu’il faut essayer d’amadouer.

Notre réflexe spontané, n’est-il pas comme le prophète Elie de nous retirer, envoyer tout promener, fuir, chercher la solitude, nous replier sur nous-mêmes, n’avoir plus rien envie de faire et paradoxalement nous laisser enfoncer dans la mort ?
Or, nous montrent les Ecritures, le seul vrai remède c’est de risquer, oser affronter les flots menaçants mais avec cette certitude que nous ne sommes pas abandonnés, livrés à nous-mêmes. Au milieu de la tempête il y a quelqu’un qui nous tend la main.
Il n’est pas d’épreuve, il n’est pas de peur au milieu desquelles ne nous soit toujours offert un signe semblable au murmure d’une brise légère ou à une main tendue.
La liturgie de ce dimanche nous invite donc à la confiance en un Dieu qui ne se manifeste pas dans des miracles sensationnels mais qui ne laisse découvrir sa bonté qu’à travers les petits événements, à travers les multiples signes semblables à la brise légère, signes discrets et réconfortants toujours perceptibles au cœur de nos découragements et de nos peurs.

Piste 3

Les premières communautés chrétiennes, particulièrement celle de Matthieu, étaient composées de Juifs convertis, autrement dit, des personnes imprégnées par les Ecritures. Pour eux, la libération du peuple hébreu de l’esclavage en Egypte restait l’événement fondateur. Ils se souvenaient du don de la manne, ce pain du désert mais aussi de la traversée de la mer. Tout naturellement, les premiers chrétiens feront le parallèle entre ces événements de leur histoire passée et la vie de Jésus.
En effet, dimanche dernier nous avons vu dans l’Evangile une foule affamée, dans un endroit désert et Jésus, par le signe du partage, leur permet de manger à leur faim gratuitement et en abondance.
Et aujourd’hui, nous retrouvons les apôtres qui, malgré la tempête, traverseront victorieusement la mer.
Le rapprochement est tout à fait évident. Le pain et la mer !

Mais l’Evangile va au-delà de cette tradition ancienne en ce sens qu’il nous propose une image, un avant-goût de la résurrection. Les allusions sont très nombreuses.
Voyons ensemble quelques exemples :
 Jésus invite ses apôtres à « aller sur l’autre rive ». Pour nous aujourd’hui encore, l’autre rive est une image qui fait penser à la traversée « mort-résurrection ». Passer sur l’autre rive symbolise donc bien la résurrection.
 Ensuite, Jésus se rend sur la montagne pour prier, c’est le soir, il est seul. N’est-ce pas une allusion à son agonie au jardin des Oliviers, le soir, seul… ?
 « Vers la fin de la nuit », précise Matthieu. Ce qui signifie que le temps des ténèbres est fini, nous arrivons à l’aube, au matin de la résurrection.
 « Jésus vint » dit-il encore. Ce verbe est typique des apparitions pascales. Jésus vient et marche en vainqueur sur les eaux de la mort.
 Puis les disciples sont bouleversés et croient voir un fantôme ! Comme les apôtres à la résurrection eux aussi seront bouleversés et croiront aussi voir un fantôme. (Lc 24,37)
 Et enfin, comme à Pâques, Jésus se fait reconnaître en disant : « C’est moi, n’ayez pas peur. »

Nous pourrions encore continuer les exemples. Ainsi la déclaration de Pierre : « Si c’est bien toi », dit-il, expression qui témoigne du doute des disciples devant la résurrection.
Pierre obéit cependant à l’invitation de Jésus mais, devant le danger, la peur le saisit à nouveau et cette peur devient prière : « Seigneur sauve-moi. »

Si cet épisode souligne la fragilité de celui à qui le Seigneur va confier son Eglise, il veut avant tout souligner et assurer que Jésus vient toujours au secours de cette faiblesse.

Enfin, ce récit de Matthieu se termine par une scène d’adoration liturgique. « Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui et lui dirent : “Vraiment tu es le Fils de Dieu.” »
Scène difficilement imaginable, les apôtres se prosternant dans une embarcation aussi instable, mais une scène symboliquement compréhensible lorsque l’on sait que cette barque symbolise l’Eglise, une Eglise qui proclame « Jésus fils de Dieu, vainqueur des forces du mal ».
« Vraiment tu es le fils de Dieu » tel est l’objet de leur foi, le seul vrai credo, tout comme celui du centurion, ce païen, qui le premier devant la croix proclamait : « Celui-ci est vraiment Fils de Dieu. »

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Georges LAMOTTE

Prêtre du diocèse de Namur, † 2017.

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(re)publié: 09/06/2020