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18e dimanche ordinaire

1. Voilà certainement le récit le plus connu des évangiles. Les quatre évangélistes le racontent, ce qui est rare. Matthieu et Marc le racontent même deux fois avec des variantes. Les détails sont surprenants : 5 000 personnes, sans compter les femmes et les enfants, réunies dans un endroit éloigné de tout village. Matthieu écrira dans son deuxième récit qu’ils étaient déjà là depuis trois jours et que c’est Jésus, et non les apôtres, qui se préoccupe de leur donner de quoi manger. Il y avait si peu à distribuer et cependant il y a des restes, douze corbeilles qui font penser aux douze apôtres. Est-ce que cela s’est passé ainsi ? Les commentateurs pensent qu’il y eut un grand repas autour de Jésus près de la mer de Galilée et que l’Eglise primitive a pu l’interpréter plus tard comme miraculeux. On trouve un miracle semblable dans la vie du prophète Elisée. Pour cent personnes seulement. Mais Jésus, disent les disciples, est plus qu’Elisée. Les chiffres disent leur admiration pour Jésus. Exagérer est une habitude que nous connaissons bien. On en rajoute parfois lorsqu’il s’agit de faire valoir aussi bien nos réussites que nos plaintes. Il y a un peu de Tartarin de Tarascon en nous. Jamais, pourtant, Jésus n’a cherché la célébrité, n’a jamais voulu passer pour un faiseur de miracles. Alors que cache une image aussi belle ? Deux phrases nous permettent d’aller plus loin.

2. La première se trouve dans la réponse aux disciples : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Et c’est alors que pains et poissons ont été multipliés. Ils ne sont pas apparus devant eux, comme une réserve dans laquelle ils puiseraient. Ce sont les disciples qui ont vu le partage ne plus s’arrêter, dépasser même la demande avec ce surplus qu’il ne faut pas perdre. Ils ont été les porteurs de la générosité à laquelle Jésus n’a cessé de les convier pour la diffuser sans limite et gratuitement. Il faut beaucoup de petites sources, beaucoup de petites rivières pour qu’un fleuve se constitue. Puisqu’il s’agit de pain, rappelons-nous les 135 millions de personnes qui souffrent d’un manque de nourriture. Le chiffre ne cesse d’augmenter ces quatre dernières années. Le CCFD-Terre Solidaire estime que, pour des raisons économiques, le chiffre va doubler du fait de la pandémie. Dans le même temps on sait que, dans nos pays industrialisés, 20 % de la nourriture est jetée. On est en train de prendre mieux conscience de ce fossé et des efforts ont été faits par certains gouvernements. Mais n’attendons pas que cela tombe du ciel. Chacun de nous est appelé à participer à cet effort qui ne doit se limiter pas à quelques chèques. Anne Frank a écrit dans son journal : « Vous pouvez toujours, toujours donner quelque chose, même si c’est seulement la gentillesse. » Parce qu’il n’y a pas que le pain que nous ayons à distribuer. On a pu entendre dire : « J’ai assez donné… » En trouvant toutes sortes de raisons, de bonnes comme de mauvaises pour nous écarter, pour rester chez nous, parce qu’on estime en avoir assez fait, qu’on ne peut pas porter toute la misère du monde, qu’il y a trop d’ingratitude, qu’il y en trop qui en profitent, parce que... parce que... Les raisons ne manquent jamais. Et pourtant qui peut prévoir le réconfort apporté par une simple parole, la joie donnée par un sourire, le goût de vivre par la seule présence bienveillante ? Vouloir communiquer par la pensée, par les gestes, par le regard ce qu’on a de meilleur au fond de soi, voilà qui peut produire des miracles, nous dit Jésus. Et les cinq pains et les deux poissons apportés par les disciples devinrent nourriture abondante, plus qu’abondante. Il y avait si peu de choses à donner et ce fut une réjouissance gratuite.

3. Et puis il y a ce geste qui passe presque inaperçu : « Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction. » Cette bénédiction, prononcée avant chaque repas par le chef de famille, Jésus la prononcera à nouveau le jeudi soir avant la Pâque et instituera l’Eucharistie. Le récit s’achève par ces mots : « Faites cela en mémoire de moi. » Et depuis des siècles, dans le monde entier le pain eucharistié a été multiplié et avec lui la Parole qu’est Jésus. L’évangéliste Jean ne rapporte pas le récit de la cène mais fait suivre ce récit de la multiplication d’un long entretien sur le Pain de vie. Ce pain rompu et partagé ce serait sa personne donnée en nourriture pour ne plus avoir faim. « C’est moi qui suis pain de vie. » Ce pain n’est plus du pain matériel ; il est confiance accordée à la parole de Jésus, participation à ses projets, communion à sa personne. Pour vivre autrement. Chaque personne a besoin de donner sens à ce qu’elle fait, à sa vie. Ses raisons de vivre elle peut les trouver dans son projet familial, dans son travail, dans son engagement. On ne vit pas bien lorsque plus rien n’a de sens. En la personne de Jésus, nous avons l’immense bonheur de dépasser tous ces horizons. Le savons-nous ?

Alors, aujourd’hui, comme les disciples, comme ces gens de Galilée, prenons un temps de repos, de réflexion. Asseyons-nous un instant pour l’écouter, en mettant nos préoccupations en vacances si l’on peut dire. « Où trouver du pain ? » était leur question. En Jésus nous avons la réponse.

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Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz. Fut professeur de sciences physiques et directeur du lycée Saint-Augustin à Bitche (57).
Activités pastorales dans les communautés de paroisses du Bitcherland.
Animation d’ateliers d’information et de réflexion sur les textes bibliques et l’histoire chrétienne : Pères de l’Eglise, fondateurs des grands ordres religieux, les grands papes, les grands saints du Moyen-Âge, du XVIe siècle. Des présentations à découvrir sur le site.

(re)publié: 02/08/2020