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12e dim. ordinaire (21/6) : Commentaire

Dimanche dernier, Jésus nous envoyait. Et voilà que nous prenons peur. Témoigner du Christ n’est évidemment pas une partie de plaisir. Ne craignez pas, nous dit Jésus (évangile). Faisons confiance à Dieu, comme Jérémie, dénoncé par son entourage et délivré par le Seigneur (première lecture). Ne craignez pas, la grâce de Dieu est plus abondante, plus puissante que le mal (deuxième lecture).

Première lecture : Jr 20,10-13

Jérémie est un prophète malchanceux, condamné aux jérémiades, aux avertissements que personne ne veut entendre. Pire ! Les chefs, vexés, crient : Dénoncez-le, ce pessimiste, l’homme qui voit partout la terreur ! Ses amis eux-mêmes guettent ses faux pas. Jérémie en est lassé au point qu’il se maudit lui-même.

Mais il se reprend, et sa foi en Dieu vainc ses doutes et sa peur. Le Seigneur est avec moi, je n’ai pas à craindre, il est comme un guerrier redoutable, il me protège de mes persécuteurs qui s’écrouleront, impuissants.

Puis il prie : Seigneur de l’univers, toi qui scrutes les reins et les coeurs, donne-moi un signe. Montre-moi la revanche que tu prendras sur ces gens-là. La revanche biblique, c’est la restitution du droit et, conséquemment, la restitution de l’honneur de Dieu. Il ne pense donc pas à lui, il pense à la justice, à Dieu. J’ai confiance en toi, c’est à toi que j’ai remis ma cause.

De voir que les grands prophètes, les missionnaires brillants ont connu l’échec, comme nous, peut nous consoler. De savoir qu’ils ont tenu bon devrait nous encourager.

Le dernier verset pourrait être l’écho de la communauté qui a reconnu, plus tard, le bien-fondé du message de Jérémie et qui éclate en action de grâce : Chantez le Seigneur, alléluia ! Il a délivré le pauvre du pouvoir des méchants.

Jérémie est prophète, non seulement par ses paroles - sa vie même est prophétie, appel émouvant à nous confier à Dieu au milieu des difficultés. Il prépare ainsi le Christ souffrant, confiant en son Père, il prépare l’évangile du jour qui nous demande de vaincre la peur.

Psaume : Ps 68

Avec Jérémie, avec mes frères persécutés et dans mes propres angoisses je crie vers Dieu :

C’est pour toi, Seigneur, que j’endure l’insulte de mon entourage. L’amour de ta maison (de toi-même, de ton Église) m’a perdu, il m’a jeté dans ces ennuis ! L’insulte envers toi, Seigneur, j’en subis le ressac, elle retombe sur moi.

Mais je ne veux pas désespérer. Dans ton grand amour pour moi, réponds-moi, Dieu Seigneur, J’en subis le ressac, elle retombe sur moi.

Déjà je puis te chanter dans cette eucharistie et te louer, te magnifier, te rendre grâce. Le pauvre, l’humble ont vu ton intervention, ton salut. Vie et joie à vous qui vous confiez à Dieu, qui le cherchez !

Deuxième lecture : Rm 5,12-15

Voici un texte capital de Paul, un des plus difficiles aussi, véritable casse-tête pour les spécialistes. Mais, si le détail est ardu, la ligne de faîte, elle, est d’une clarté puissante. Paul veut nous montrer la place et le rôle uniques du Christ. Il le voit sauveur universel, centre d’une nouvelle création du cosmos.

On se barricaderait l’entrée spirituelle de ce texte majeur en s’accrochant à des questions qui n’intéressent pas directement Paul : Au début y a-t-il eu un seul homme, Adam, ou l’humanité est-elle éclose en plusieurs endroits du globe ? - Comment un seul homme peut-il être la cause du malheur de tous ? Quelle prétention et quelle injustice ! Les hommes ne mourraient-ils pas si Adam n’avait pas péché...? Ces questions perdent de leur intérêt quand on sait que Paul voit en Adam (mot qui veut dire l’Homme) le représentant de toute l’humanité. Il dira d’ailleurs : tous, pas Adam seul, ont péché.

L’Apôtre commence par constater ce que nous admettons sans problème : Adam, l’Homme, est cassé ; il n’est pas comme il pourrait et devrait être. Il y a rupture avec Dieu : tous ont péché. Rupture amenant la mort, qui est, ici, aussi bien spirituelle que physique. Paul voit une espèce d’homme collectif, blessé dans son être, coupé de Dieu, pécheur, mortel en qui nous nous retrouvons tous. La mort dont parle Paul a donc un caractère religieux. Et celle dont Jésus nous délivre est “la seconde” (Ap 2,11 ; Ap 20,6), l’éternelle, dont la première, la physique est la saisissante image.

Paul renchérit. Bien qu’il ait souvent montré, que la loi de Moïse (les observances juives) est source de péché, il affirme que la cassure dont il vient de parler est plus profonde que le légalisme si souvent dénoncé - puisque le péché était déjà dans le monde bien avant la loi de Moïse : alors déjà, la mort a régné.

Puis il revient à son propos, cette fois-ci en ouvrant le deuxième volet de sa vision, le plus important : Adam n’est qu’un pôle de l’histoire humaine ; en face de lui il y en a un autre, le Christ, celui qui allait venir et qu’Adam préfigurait. Comme Adam peut être dit le chef d’une création blessée, Christ est le chef d’une nouvelle création, celle-ci pleinement réussie. Comme la mort a frappé la multitude, par le péché d’Adam - ainsi la grâce, donnée par le Christ, a-t-elle comblé la multitude. L’Apôtre chante ici le Christ comme le Sauveur universel. Christ n’est pas le héros d’un groupe, des seuls chrétiens ; il est le chef de la multitude, de toute l’humanité recréée en lui.

Mais qu’on ne fasse pas d’Adam et du Christ deux personnages de même niveau. Ils n’ont pas la même mesure. Le don gratuit de Dieu et la faute ne s’équilibrent pas ; car si la mort a frappé, combien plus (remarquez ce combien plus) la grâce nous a-t-elle comblés !

Quel message libérateur sur le fond sombre d’un Adam pécheur, mortel, se détache, lumineux, Jésus le Christ. En lui nous sommes comblés de la grâce - bien plus qu’en Adam nous étions frappés de mort.

Pourquoi es-tu si pessimiste alors que ta foi est si victorieuse ?

Évangile : Mt 10,26-33

Matthieu regroupe dans ce passage des sentences du Christ, prononcées ici ou là, mais qui ont en commun la difficulté de notre mission, mission qu’avait inaugurée l’appel des Douze (voir dimanche dernier).

Ne craignez pas les hommes. C’est donc que les disciples craignaient. Au moment où Matthieu écrit son évangile, la jeune communauté était déjà en butte à la persécution. Nos communautés chrétiennes sous régime totalitaire craignent avec raison. Et nous qui ne sommes pas persécutés, nous craignons la moquerie, les vexations et ce mur épais de l’indifférence. Comment le traverser !

Jésus nous donne plusieurs motifs de vaincre cette peur :

Premier motif : La force même de l’Evangile qui triomphera des résistances.
Tout ce qui (en) est encore voilé, sera dévoilé, tout ce qui (en) est encore caché sera connu. Ce que je vous dis dans l’ombre, dites-le au grand jour. Ce que vous entendez dans l’oreille, vous, le petit troupeau des disciples perdus dans l’obscurité de la Galilée, proclamez-le sur les toits.
Ce qu’a fait l’Eglise. Elle est aujourd’hui répandue dans le monde entier. Mais c’est à refaire pour notre temps et notre génération. Ne craignons donc pas, l’Evangile finira par percer.

Deuxième motif : La petitesse des hommes et la grandeur de Dieu.
Au temps où écrit Matthieu, bien des chrétiens avaient déjà laissé leur vie pour l’Evangile. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps. Les hommes ne peuvent vous enlever l’essentiel, l’âme, c’est-à-dire votre vie avec Dieu. Après tout, la vie terrestre est peu de chose ; ce qui importe, c’est la vie avec Dieu. Et celle-là, on ne pourra vous la tuer. Craignez plutôt Dieu devant qui vous êtes responsables, Lui... peut faire périr dans la géhenne aussi bien l’âme que le corps. Craignez de perdre la foi. Car alors vous n’auriez plus rien. Craignez d’être rejetés de Dieu, damnés (séparés de lui), jetés dans la géhenne, maudits comme était maudite la géhenne, cette vallée tragique, à l’ouest de Jérusalem, où l’on avait autrefois fait des sacrifices humains et où, au temps de Jésus, brûlaient en permanence les déchets de la ville.

Troisième motif : Dieu est notre Père, il veille sur nous.
Si déjà un moineau intéresse Dieu, alors que deux se vendent pour rien, à peine un sou, ne valez-vous pas bien plus que tous les moineaux du monde ? Avec un brin d’humour, Jésus : même les cheveux de votre tête sont comptés, exagération voulue pour dire que Dieu ne nous traite pas en article de masse. Chacun de nous compte, si nombreux que nous soyons. Même l’humble détail de notre vie est vu et su par Dieu ! Faites donc confiance à votre Père qui vous aime.

Quatrième motif : Moi, Jésus, je me prononcerai pour vous.
Je serai votre défenseur, votre avocat devant mon Père qui est aux cieux - si vous avez le courage de vous prononcer pour moi devant les hommes. Mais celui qui me reniera devant les hommes, hélas ! je ne pourrai rien pour lui, je le renierai aussi devant mon Père qui est aux cieux. Nous qui avons peur, qui craignons les hommes et qui sommes tentés, comme Jérémie (1re lecture), de baisser les bras, relisons, re-méditons volontiers ces magnifiques et réconfortants appels à la confiance.

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René LUDMANN c.ss.r.

Prêtre du diocèse de Luxembourg.

(re)publié: 21/04/2020