LogoAppli mobile

9 septembre - Pierre Claver (1580-1654)

Pierre Claver est né à Verdu en Catalogne. Malgré de modestes origines paysannes, il peut faire des études chez les jésuites. Ses capacités lui permettent d’entrer au noviciat de Tarragone et de poursuivre des études de philosophie à Palma de Majorque (1605-1608). Il y rencontre Alphonse Rodriguez, portier du collège dans lequel il est hébergé, qui lui parle souvent des missions en Amérique, encore en pleine conquête espagnole.

Il part en 1610 pour le royaume de la Nouvelle Grenade (Colombie) et débarque à Carthagène des Indes, plaque tournante de la traite des Noirs africains qui arrivent en grand nombre pour servir de rameurs et porteurs dans les expéditions de la conquête espagnole en remplacement des Amérindiens décimés par les maladies importées par les Espagnols, les guerres de résistance à l’occupant. Pierre Claver est formé par un autre jésuite, Alonso de Sandoval, qui dès 1605 s’était consacré à la défense des Noirs africains et qui publia De instauranda Æthiopum salute, quatre livres dans lesquels « il expose un état des savoirs historique et géographique sur le monde africain, une description de la souffrance des esclaves avec une admonestation aux propriétaires cruels, un guide pratique pour les missionnaires jésuites, complétés par un appel aux Jésuites pour servir auprès des africains en Amérique. De instauranda est considéré comme l’un des textes les plus importants pour l’ethnographie de l’esclavage africain en Amérique ibérique ». (Wikipédia)

Pierre est ordonné prêtre en 1616, fait sa profession religieuse en 1622, y ajoute un vœu particulier : « Petrus Claver, Aethiopium semper servus », Pierre Claver, esclave des Africains pour toujours. Pendant quarante ans, il se fera leur défenseur, pourvoira à leurs besoins, accompagnera les condamnés à mort. Les conversions sont nombreuses. Epuisé, il meurt le 8 septembre 1654. Il est canonisé en 1888 par Léon XIII qui le déclare Patron universel des missions auprès des Noirs. En 1985 il est également déclaré « défenseur des droits de l’homme ». Il est le saint patron de la Colombie. Son corps repose sous l’autel principal de l’église Saint-Pierre-Claver de Carthagène.


« L’association Pierre Claver, fondée en 2008 par un groupe d’avocats et de juristes bénévoles, emmené par François Sureau, accompagne 120 demandeurs d’asile ou réfugiés dans l’apprentissage de la langue française, la découverte de l’histoire et de la culture, le décryptage de l’actualité et mille autres codes qui les aident à vivre. Et à moins se sentir perdus le jour où ils décrochent le statut de réfugié et doivent alors se débrouiller seuls et travailler - droit dont ils sont privés lorsqu’ils sont demandeurs d’asile. » (d’après www.fle.fr)


Lettre de saint Pierre Claver à son Supérieur (31 mai 1627)

« Hier, 30 mai 1627, jour de la Sainte Trinité, débarquèrent d’un énorme navire un très grand nombre de Noirs enlevés des bords de l’Afrique. Nous sommes accourus portant dans deux corbeilles des oranges, des citrons, des gâteaux et je ne sais quoi d’autre encore. Nous sommes entrés dans leurs cases. Nous avions l’impression de pénétrer dans une nouvelle Guinée ! Il nous fallut faire notre chemin à travers les groupes pour arriver jusqu’aux malades. Le nombre de ceux-ci était considérable ; ils étaient étendus sur un sol humide et boueux, bien qu’on eût pensé, pour limiter l’humidité, à dresser un remblai en y mêlant des morceaux de tuiles et de briques ; tel était le lit sur lequel ils gisaient, lit d’autant plus incommode qu’ils étaient nus, sans la protection d’aucun vêtement.
Aussi, après avoir enlevé notre manteau, avons-nous pris tout ce qu’il fallait pour assembler des planches ; nous en avons recouvert un endroit où nous avons ensuite transporté les malades en passant à travers la foule. Puis nous les avons répartis en deux groupes : mon compagnon s’occupa de l’un d’eux avec l’aide d’un interprète, et moi-même du second. Il y avait là deux Noirs, plus morts que vivants et déjà froids, dont il était difficile de trouver le pouls. Nous avons mis des braises sur des tuiles et avons placé celles-ci au centre, près des moribonds ; puis nous avons jeté sur ce feu des parfums contenus dans deux bourses que nous avons entièrement vidées. Après quoi, avec nos manteaux (ils n’avaient en effet rien de ce genre et c’est en vain que nous en avions demandé à leurs maîtres), nous leur avons donné la possibilité de se réchauffer : ils parurent, grâce à cela, retrouver chaleur et respiration ; il fallait voir avec quelle joie dans les yeux ils nous regardaient ! C’est ainsi que nous nous sommes adressés à eux, non par des paroles, mais avec nos mains et notre aide ; et comme ils étaient persuadés qu’on les avait amenés ici pour les manger, tout autre discours aurait été complètement inutile. Nous nous sommes assis ou mis à genoux auprès d’eux, nous avons lavé avec du vin leur figure et leur corps, faisant tout pour les égayer et leur montrant tout ce qui peut mettre en joie le cœur des malades. »


Aloyse SCHAFF
as1932 gmail.com
 
(re)publié: 01/09/2018