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En juin

16 juin - Jean-François Régis (1597-1640)

Jean-François Régis est né en 1597 dans une famille de modestes châtelains de Fontcouverte, petit village de l’Aude situé au bord de l’autoroute A61, à mi-distance de Narbonne et de Carcassonne. Une bourse lui permit à 14 ans de faire des études au collège jésuite de Béziers. A 19 ans il entre au noviciat chez les jésuites, poursuit ses années de formation à Auch, Cahors, Billom, Tournon, Toulouse. Il enseigne ensuite au Puy-en-Velay puis à Auch. Ordonné prêtre en 1630, il célèbre sa première messe le 15 juin en la fête de la Trinité. Il exerce lors dans plusieurs missions : Pamiers, Montpellier, Sommières. Ses talents de pédagogue sont remarqués. Il aurait souhaité partir au Canada comme beaucoup de ses confrères mais ses supérieurs en décident autrement : « Votre Canada, c’est le Vivarais » lui avait dit son Père Provincial, peu enclin à laisser partir un aussi bon missionnaire.

Sa grande taille et sa constitution robuste le prédisposent pour des missions itinérantes rurales dans les montagnes du Vivarais, les Cévennes et le Velay. En 1636, à partir de sa résidence au Puy, il choisit d’aller dans les hameaux en hiver, “le temps le plus commode aux peuples lorsque les glaces et les neiges les empêchent de travailler et leur donnent plus de loisir pour vaquer à leur salut”. A travers un pays plein de dangers qu’il dut parcourir en courant au vu du nombre des lieux qui l’ont connu. Il fut surnommé « le marcheur de Dieu ». Sa catéchèse reflétait l’austérité de sa vie. Un habitant, Claude Sourdon, s’en souvient encore en 1702 : « Lorsqu’il sortait de notre maison où il était logé pour aller catéchiser les peuples dans les paroisses voisines, dans les huttes et les granges, il se contentait pour toute nourriture d’une pomme qu’il demandait à ma mère pour soutenir ses forces dans les fatigues de tout le jour dont il n’était de retour qu’à l’entrée de la nuit. »

Son compagnon de route, le frère Bensac, rapporte : « Nous fûmes deux heures entières à errer dans les bois et dans les montagnes, ne sachant que monter et descendre au milieu des glaces, par endroits escarpés, sans savoir où nous allions. L’obscurité de la nuit, l’abondance de la neige, les hurlements des loups qui sont là en grand nombre, tout cela est horrible… Quoi donc, mon frère, me disait le Père Régis, perdriez-vous courage pour si peu de chose ? C’est le Seigneur qui nous sert de guide ! Je m’imaginais à tout moment que j’allais rouler dans quelque abîme ou m’enfoncer tout entier dans la neige où être dévoré par les loups qui rôdaient autour. A la fin, nous retrouvâmes notre chemin et nous arrivâmes à Marlhes un peu après minuit, à demi-morts de faim et de lassitude. »

Son caractère jovial, son langage familier, sa ferveur, sa grande attention aux malades et aux pauvres lui attirent de nombreux auditeurs : « La foule de ceux qui le suivaient par les champs était quelquefois si grande que, pour ne les point incommoder, les faisant suivre trop loin, sa charité l’obligeait de s’asseoir sur une pierre, et d’entendre là leurs confessions trois ou quatre heures de suite, ayant les pieds dans la neige, et tout le corps exposé aux rigueurs de la saison la plus rude. » Il va de taudis en prisons, organise des soupes populaires (l’œuvre du Bouillon), visite les hôpitaux, ne craint pas d’aller vers les victimes d’un nouveau violent épisode de peste. Le « Père des Pauvres », comme on l’appelait, fut très vite reconnu comme « l’apôtre du Velay et du Vivarais ».

Au Puy, contre les souteneurs, il prit la défense des prostituées repenties et leur créa un Refuge, ce qui lui valut des moqueries, voire des soupçons au point que ses supérieurs, peu disposés à prendre en charge ce « ministère », lui interdirent d’aller visiter « ses protégées ».
Le Refuge dût fermer huit mois plus tard mais reprendra trois ans après sa mort sous la responsabilité d’une congrégation de religieuses de Nancy. Aux dentellières que le chômage menaçait par suite d’un édit de Louis XIII interdisant le port de la dentelle devenu abusif, Régis prédit que « ce décret ne durera pas. » Dans l’année, l’autorisation de fabriquer à nouveau « la dentelle du Puy », ressource essentielle des plus pauvres, fut à nouveau accordée. Alors que le chômage menaçait les dentellières par suite d’un édit de Louis XIII interdisant le port de la dentelle devenu abusif, il obtint du Parlement de Toulouse l’autorisation de fabriquer à nouveau la dentelle du Puy, ressource essentielle des plus pauvres.

Ce missionnaire solitaire, après des itinéraires éprouvants par tous les temps, passe de nombreuses heures dans les églises glaciales à prêcher, catéchiser, confesser. Ce qui lui vaudra une pneumonie dont il ne se remettra pas. Elle l’emportera le 31 décembre 1640, au cours de la mission de Noël très attendue à La Louvesc, hameau à 1100 mètres d’altitude qu’il ne put rejoindre qu’après une nuit de tempête de neige. Il avait 43 ans. On réclama son corps dans tous les lieux de son passage. Pour mieux le cacher, le curé fait évider un tronc de châtaignier enfoui très profondément sous un entrelacs de poutres. Dès lors les pèlerinages n’ont point cessé, maintenus même lors de la Révolution. Le pape Clément XI le canonisera le 16 juin 1737, aux côtés de Vincent de Paul, « le grand saint du Grand Siècle ».

Patron des dentellières, il est le seul saint dont le nom de famille devint un prénom.


Aloyse SCHAFF
as1932 gmail.com
 
(re)publié: 01/06/2018