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En juillet

Benoît de Nursie - 11 juillet

BENOIT DE NURSIE (480-547) et l’Ordre bénédictin (OSB)

La vie de saint Benoît nous est connue par l’ouvrage « Dialogues » écrit en 593 par le premier pape bénédictin Grégoire le Grand (540-604). Benoît naît vers 480 à Nursie (région montagneuse à 100 km au nord de Rome) dans une famille chrétienne, à l’époque de Clovis, roi des Francs, baptisé vers 500 par Rémi, l’évêque de Reims, alors que le dernier empereur romain vient d’être déposé au bénéfice de celui de Constantinople. Son père est consul et général romain. Sa sœur Scholastique deviendra elle-même moniale. Il est envoyé à Rome, ville d’un million d’habitants, pour parfaire ses études comme il se devait. En quête de Dieu et « pour ne pas tomber dans l’abîme des vices, de l’ambition et de la sensualité » il les interrompt pour aller vivre dans une communauté d’« hommes pieux » non loin de Rome, à Effide (Affile).
« Voulant plaire à Dieu seul, il habita avec lui-même sous le regard de Dieu », se retira à Subiaco dans une grotte que lui indiqua un moine menant non loin une vie érémitique. Ce moine lui apportait nourriture et textes et lui procura le premier habit de moine. Il fit un bref passage comme abbé d’un monastère proche, suivant la Règle de St Pacôme (†348). Déçu par la trop grande liberté qu’avaient prise les moines par rapport à leur Règle, qui tentèrent par ailleurs de l’empoisonner, il revint à son monastère. Sa réputation grandissante appela à lui nombre disciples. Il les répartit, dans les environs de Subiaco, en 12 monastères (de 12 moines) chacun ayant son abbé. Il se charge de former lui-même les novices dans un treizième monastère.Devant l’hostilité d’un prêtre jaloux de son succès, il décida de partir et ira s’installer avec quelques-uns des plus jeunes au mont Cassin à 100 km au sud de Rome. Il y construisit un monastère qui « doit, autant que possible, être disposé de telle sorte que l’on y trouve tout le nécessaire : de l’eau, un moulin, un jardin et des ateliers pour qu’on puisse pratiquer les divers métiers à l’intérieur de la clôture. De la sorte, les moines n’auront pas besoin de se disperser au-dehors, ce qui n’est pas du tout avantageux pour leurs âmes." (St Benoît). Il meurt en 547, peu de temps après avoir rédigé sa Règle monastique. Le monastère du mont Cassin sera détruit par les Lombards à la fin du VIe, et la dépouille de saint Benoît sera retrouvée dans les ruines au VIIe siècle avant d’être transférée à l’abbaye de Fleury-sur-Loire (fête de la translation le 11 juillet). En 1964 il a été déclaré Père de l’Europe par Paul VI et patron de la chrétienté occidentale.

La règle de saint Benoît organise la vie spirituelle et matérielle des moines et des monastères. Elle vise à créer des conditions favorables à une parfaite recherche de Dieu dans le cadre d’une vie fraternelle stable et équilibrée sous la conduite d’un abbé élu auquel on doit obéissance. Elle n’impose pas l’ascétisme rigoureux cher aux moines d’Orient. La vie de la communauté est rythmée par des temps de prière, des heures de travail, des moments de vie fraternelle, en tenant compte des limites individuelles. On donne comme devise des bénédictins : « Ora et Labora » (Prie et travaille). « L’oisiveté est l’ennemie de l’âme… Ils seront vraiment moines s’ils vivent du travail de leurs mains. » Accorder l’hospitalité est primordiale.
« La règle de saint Benoît distille en fait certains concepts étonnamment modernes ... qui font aujourd’hui encore référence en matière de management. Sur ses 73 chapitres, dont certains sont périmés on peut citer :
- le fait que le travail quotidien soit clairement réparti : chacun sait ce qu’il doit faire avec une répartition des tâches individuelles et un roulement pour les tâches d’intérêt général.
- le rôle qui est confié à l’abbé : « une fois nommé, l’abbé saura qu’il doit servir et non asservir ». Il doit donc remplir sa mission et accompagner ceux qu’il dirige dans l’accomplissement de la leur". C’est ce qu’on demande aujourd’hui au manager !
- la notion de prise en compte de l’individualité en « se pliant aux caractères multiples et en s’adaptant à tous selon les dispositions et l’intelligence de chacun ».
- la collégialité des prises de décision : « chaque fois que des affaires importantes devront être traitées au monastère, l’abbé convoquera toute la communauté et dira lui-même de quoi il s’agit. Après avoir entendu l’avis des frères, il réfléchira et fera ce qu’il juge le plus utile ». Cette position ne ferait pas l’unanimité dans tous les conseils d’administration ! » (Jean-François Mangin)

Histoire de l’Ordre. Pendant la vie de Benoît, l’ordre connaît un essor grandissant en Italie. Après sa mort, ses disciples la propagent dans les pays voisins. Grégoire le Grand (540-604) l’introduit en Angleterre pour rallier les monastères irlandais fondés par saint Patrick (385-461). Deux siècles plus tard, Charlemagne (771-814) la promeut en France pour pacifier le royaume. Son fils Louis Le Pieux (778-840) l’impose à tous les monastères de son empire. Les bénédictins deviennent l’ordre dominant de l’époque carolingienne jusqu’aux invasions vikings, puis musulmanes, qui pillent les monastères et massacrent de nombreuses communautés. La règle est reprise au IXe siècle par Benoît d’Aniane (près de Montpellier). Les moines, en conformité avec leur Règle, défrichèrent de nombreuses régions et leurs exploitations agricoles s’étendirent bien au-delà de leurs monastères et, de ce fait, s’enrichirent, ce qui entraîna un relâchement dans l’observation de la Règle. Ce fut le cas de Cluny fondée 909 qui, à son apogée comptait 10 000 moines dans 1 200 monastères en Europe. Cluny qui s’honorait d’avoir la plus grande église de la chrétienté (197x90x30 m). Des moines, comme Robert de Molesmes, Bernard de Clairvaux, Bruno, Dominique de Guzman, François d’Assise choisirent de revenir à une plus stricte observance : ainsi naquirent les ordres cisterciens, chartreux et les ordres mendiants (dominicains, franciscains). De ce fait beaucoup de monastères bénédictins devinrent cisterciens comme Saint Martin du Canigou, Fontfroide près de Narbonne).
L’Ordre bénédictin a donné à l’Église 1 560 saints canonisés et 24 papes, et a transmis un exceptionnel patrimoine temporel, spirituel et culturel. La congrégation a été supprimée en 1790 par l’Assemblée Constituante ; la plupart des abbayes furent pillées, brûlées, endommagées comme on peut le constater encore aujourd’hui. Elle fut restaurée en 1833. Le chant grégorien a été réintroduit par Dom Guéranger (1805-1875) qui fit renaître l’ordre bénédictin à Solesmes. Comme toutes les congrégations, les bénédictins furent expulsés en 1903 et n’obtinrent l’autorisation de rentrer qu’en 1922.

Actuellement l’Ordre de St Benoît compte environ 9 000 moines et 16 000 moniales dans le monde. Les monastères sont regroupés en 21 congrégations, essentiellement par pays. Les monastères français sont regroupés dans les congrégations de Solesmes (33 monastères dont 14 en France) et de Subiaco (89 monastères dont 14 en France). Les plus connus : Solesmes, Fontgombault (1091, dans l’Indre), Ligugé (550, près de Poitiers sur un site occupé par saint Martin de Tours), St Wandrille de Fontenelle (649, en Seine-Maritime), St-Benoît d’En-Calcat (Tarn), La-Pierre-Qui-Vire (Yonne), Saint-Benoît-sur-Loire (Loiret), Tournay (près de Tarbes), St-Michel de Cuxa (Pyrénées-Orientales) qui dépend de Montserrat en Espagne. Les abbayes sont crées à partir d’une abbaye mère. Les abbayes-filles sont elles-mêmes à l’origine d’autres fondations. Les monastères vivent de leurs activités : l’hospitalité pour des temps de retraite, la culture et l’élevage, les arts (émaux à Ligugé, musique à La-Pierre-Qui-Vire), l’édition (Siloé à En-Calcat), poteries, icônes (Fontgombault), sérigraphie et le chant grégorien (Solesmes), confiserie, porcelaine (Saint-Benoît-sur-Loire). Les produits sont vendus par chaque abbaye mais on les trouve également sur le site Monastic-euro.org qui regroupe plus de 700 produits de 230 communautés religieuses.

 
Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz ; ancien professeur de sciences physiques et ancien directeur de lycée Saint-Augustin à Bitche.
Toujours en paroisse à Bitche et environs. Responsable des Appros (épicier en gros en quelque sorte) pour l’association des « Restos du cœur » de Moselle-Est.

as1932 gmail.com
Aloyse SCHAFF

Capitaine de Port Saint Nicolas.
Prêtre du diocèse de Metz ; ancien professeur de sciences physiques et ancien directeur de lycée Saint-Augustin à Bitche.
Toujours en paroisse à Bitche et environs. Responsable des Appros (épicier en gros en quelque sorte) pour l’association des « Restos du cœur » de Moselle-Est.

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(re)publié: 01/07/2017