LogoAppli mobile

27 février - Grégoire de Narek (944-1010)

Grégoire de Narek est né dans une province de l’ancienne Arménie, dite historique, située dans l’est de la Turquie actuelle, entre l’empire byzantin et les nouveaux califats arabes de l’époque. A la mort de sa mère, il est élevé par son père, Khosrow, évêque, puis par son oncle Ananie qui dirigeait un monastère dans le village de Narek, aujourd’hui Yemişlik, village kurde et musulman. Ses tuteurs prônent le contact personnel direct avec Dieu plutôt que par les seules prières liturgiques trop conventionnelles. Ils eurent à se défendre, comme Grégoire plus tard, contre ceux qui les accusaient de ne pas croire en la dualité des natures dans la personne de Jésus (concile de Chalcédoine)

Devenu prêtre en 977, Grégoire, retiré dans le monastère de Narek, se consacre à la théologie, devient enseignant et compose, à la demande des évêques, des rois, des moines et du peuple, un grand nombre de prières, d’odes, d’hymnes, de litanies, de panégyriques et de méditations, souvent rimés, toujours emprunts d’une forte émotion mystique. Orateur de grande classe, il fut surnommé le « Pindare de l’Arménie ».

Sa dernière œuvre, Le livre des Prières, est constituée de 95 méditations de longueur inégale qu’il introduit chaque fois par « Du fond de mon cœur, colloque avec Dieu ». Se reconnaissant grand pécheur devant Dieu au nom de toute l’humanité, Grégoire y égrène une louange infinie à « l’Inaccessible, l’Insaisissable, l’Invisible, l’Indicible, l’Insondable, l’Impalpable, l’Orient sans ombre, la Confiance infaillible, la Saveur de suavité… ». Mis en forme par son frère copiste Jean, livre sacré de l’Eglise arménienne, aussi lu que les évangiles, le Livre des Prières est considéré comme un chef d’œuvre de la littérature universelle et toujours édité. Plusieurs de ces prières figurent dans les offices du rite arménien.

Il meurt à Narek aux environs de l’an 1010. Le monastère a été pillé en 1895 pendant la période dite des massacres hamidiens. Lors du génocide en 1915, les 123 familles arméniennes du village ont été liquidées et le mausolée dédié à Grégoire rasé. Le monastère de Narek a été totalement rasé en 1951 pour faire place à une mosquée.
Le 12 avril 2015, à l’occasion de la commémoration du centenaire du génocide des Arméniens, le pape François déclare Grégoire de Narek 36ème docteur de l’Eglise. Il est fêté le 27 février.


Du Livre des Prières (Sources chrétiennes n° 78)

A Dieu
« La voix de mes soupirs
le gémissement de mon cœur,
le cri de mes lamentations
vers Toi, je les élève en offrande,
ô Toi qui vois dans les secrets.

Je te présente le sacrifice des désirs brûlants
de mon esprit agité,
et le plaçant sur le feu de mon âme désolée et ardente,
par l’encensoir de ma volonté je Te l’envoie. » (1ère prière)

« Toi, ô Dieu ne permets pas que j’aie les douleurs de l’enfantement et que je n’enfante pas ;
que je me lamente et que je ne verse pas de larmes ;
que j’amasse des nuages et qu’ils ne se résolvent pas en pluie ;
que je coure et que je n’atteigne pas le but ;
que je crie et que Tu ne m’entendes pas ;
que je Te supplie et que je reste sans regard de Toi ;
que j’implore et que ne trouve pas de miséricorde ;
que je Te voie et que je sorte les mains vides.
Exauce-moi avant que je T’invoque. » (2ème prière)

Au Christ

Seigneur Jésus-Christ,
Fils du Dieu vivant,
Créateur du ciel et de la terre,
Toi qui donnes de l’eau aux altérés dans les régions arides du désert,
ô Béni, Compatissant, Fort, Ami des hommes,
Longanime, Providence, Très Ingénieux, Protecteur,
Défenseur impartial, Gardien victorieux,
Vie inamissible, Médiateur céleste,
Plénitude inépuisable, Béatitude digne d’être fêtée,
veuille tendre ta main droite d’amour, de miséricorde,
pour me recevoir et me présenter,
après m’avoir pardonné et sanctifié moi si coupable,
ô Toi Verbe vivant, à ton Esprit
afin que grâce à Toi, à nouveau réconcilié, Il retourne en moi. » (24ème prière)

Ce n’est pas pour ses présents
que je persévère dans les supplications,
mais parce qu’Il est la Vie véritable
et la cause vraie de la respiration
sans laquelle il n’y a ni mouvement ni progrès.
Ce n’est pas tant, en effet, par l’attache de l’espérance
que par les liens de l’amour que je suis attiré.
Ce n’est pas des dons,
mais du Donateur dont j’ai toujours la nostalgie.
Ce n’est la gloire à laquelle j’aspire,
mais c’est le Glorifié que je veux embrasser.
Ce n’est pas par le désir de la vie,
mais par le souvenir de Celui qui donne la vie
que toujours je me consume !
Ce n’est pas après la passion des jouissances que je soupire,
mais c’est par le désir de Celui qui les prépare
que du plus profond de mon cœur j’éclate en sanglots.
Ce n’est pas le repos que je cherche,
mais c’est le visage de Celui qui donne le repos
que je demande en suppliant. (12ème prière)

A la Mère de Dieu
« A présent, devant tant de motifs de désespoir,
et de durs brisements de cœur,…
l’esprit plongé dans une extrême désolation,
c’est toi que je supplie, Sainte Mère de Dieu.

Reçois de moi qui T’acclame cette prière de supplication
présente-la, offre-la à Dieu en y joignant mon ancien discours
dans lequel je faisais l’éloge de tes grandeurs
dans les prières que je T’adressais.

Entrelace, unis en elle, mes soupirs amers de pécheur
avec tes demandes bienheureuses et au parfum d’encens,
ô Plante de vie du Fruit de bénédiction,
afin que par Toi, toujours secouru et comblé de tes bienfaits
je vive pour le Christ, ton Fils et Seigneur. » (80ème prière)


Aloyse SCHAFF
as1932 gmail.com
 
(re)publié: 01/02/2018