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29 avril - Catherine de Sienne (1347-1380)

Catherine est née à Sienne en 1347 dans une famille de la classe moyenne. Elle était la 23ème enfant d’une famille qui en a compté 25. Elle a hérité de la grande grande discrétion de son père, le teinturier Jacopo Benincasa mais aussi de la fougue de sa mère, fille bougonne d’un poète siennois. « Ma nature est feu. »
Très jeune, elle affiche un goût prononcé pour les choses de la religion, se dit sujette à des phénomènes surnaturels dont les visions. A l’âge de 13 ans, elle demande à être reçue par les Mantellates, tertiaires dominicaines de Sienne dont la famille était proche et qui œuvraient dans des œuvres caritatives au service des malades et des prisonniers. Vœu qui ne se réalisera que vers 1363, à l’encontre de la volonté de ses parents, de sa mère surtout, qui essayèrent de l’en dissuader de maintes et fortes manières pour l’amener à se marier. Elle se coupera les cheveux pour y échapper. Elle vécut dans la communauté, en solitaire et dans l’ascèse, le commencement d’une vie mystique importante, faite de visions, de colloques, de larmes. Elle y apprit à lire pour participer aux offices de la Liturgie des Heures mais ne sut jamais écrire. En 1368 Catherine relate une vision pendant laquelle le Christ lui remet un anneau en signe de « mariage mystique », connu également de Thérèse d’Avila, Jean de la Croix, François de Sales, Thérèse de Lisieux.
A l’occasion de troubles politiques dans sa ville, Catherine sort de sa solitude, s’engage profondément aux côtés des Mantellates dans les visites et les soins des malades, des pestiférés. Elle rencontre de nombreux religieux franciscains, dominicains dont Elie de Capoue qui deviendra son secrétaire et biographe. Sa profonde dévotion à la Passion provoque chez elle transes, extases, stigmates qu’à sa demande elle sera la seule à voir. Une renommée de sainteté ira en grandissant. Sa force de conviction obtient de nombreuses conversions.
A cette époque naissent de graves dissensions dans les Etats pontificaux. Elles sont dues à une très grande mainmise du pape sur les villes qui réclament plus d’autonomie. Le pape réagit en jetant « l’interdit » (plus de sacrements, de célébrations, de sépultures chrétiennes) sur des villes comme Florence, Pise, et même Sienne. Menacé, le pape Grégoire XI s’exile en Avignon sous la protection du roi de France. Catherine a de l’Eglise une haute opinion et se donne la mission de faire revenir le pape à Rome, siège historique de la chrétienté. Après avoir obtenu des concessions de la part de la ville de Florence, la principale opposition au pape, elle se rend en Avignon, est reçue par le pape en 1376. Elle l’engage également à reprendre la grande croisade pour éloigner les « faucons » des guerres intestines italiennes. Mais elle le presse surtout de mettre fin « aux vices et péchés de l’Eglise », à la simonie, à la cupidité, à la débauche des clercs, ces « temples du diable qui nourrissent leurs fils du patrimoine des pauvres ! ». Elle refuse l’invitation de se rendre à Paris que lui a faite Charles V, le roi de France. Catherine de Sienne devint la championne du soutien à la papauté. Le conflit entre le pape revenu à Rome et l’orgueilleuse Florence perdurant, elle intervient à de nombreuses reprises jusqu’à ce qu’une paix entre les partis soit signée en 1378. Elle assiste pourtant au début du grand schisme d’Occident (1378-1417) causé par les partis influents rivaux français et italiens élisant chacun leur pape. Il y en aura jusqu’à trois.
Ses interventions se lisent dans plus de 300 lettres dictées à ses secrétaires car elle ne sait pas écrire, le latin non plus. Elles commencent toutes par « Au nom de Jésus crucifié et de la douce Marie », puis « Moi, Catherine, servante et esclave des serviteurs de Jésus Christ, je t’écris dans son précieux sang avec le désir de... ». Les correspondants de Catherine sont des plus variés : papes, cardinaux, princes des divers États, religieux, familles, jeunes et vieux, hommes et femmes, riches et pauvres et même un juif. De retour à Sienne on lui fait don d’un château qu’elle transforme en monastère. A l’âge de 31 ans, elle se retire mène une vie mystique intense faite de révélations, d’extases, de colloques rapportés dans Dialogue, son testament spirituel. Malade, usée par ses voyages, affaiblie par ses austérités, elle meurt à Rome le dimanche 29 avril 1380, âgée de 33 ans. Le pape célèbre solennellement ses obsèques. Elle est déclarée Docteur de l’Eglise par le pape Paul VI en même temps que Thérèse d’Avila. Elle est patronne de l’Italie et copatronne de l’Europe.


Extraits du Dialogue

1. L’âme ne peut vivre sans amour ; elle veut toujours aimer quelque chose, car elle est faite d’amour, et je l’ai créée par amour.

2. Je vous demande que vous m’aimiez comme je vous aime. Vous ne pouvez le faire complètement, puisque je vous ai aimés sans être aimé. L’amour que vous avez pour moi est une dette que vous acquittez, et non pas une grâce que vous m’accordez. L’amour que j’ai pour vous au contraire est une grâce, et non une dette. (64,3)

3. Ce Corps (le Christ) est un soleil, parce qu’il est une même chose avec moi qui suis le vrai Soleil, et si grande est cette union que l’on ne les peut diviser ni séparer l’un de l’autre. Ainsi, dans le soleil, l’on ne saurait séparer la chaleur de la lumière, ni la lumière de la chaleur, tant est parfaite leur union. Le soleil, sans sortir de sa sphère, sans se diviser, répand la lumière sur l’univers entier. Quiconque le veut, participe à sa chaleur. (110)

4. Vous ne pouvez me voir maintenant dans mon essence, et alors j’ai voilé la nature divine avec le voile de votre humanité, afin que vous puissiez me voir. Moi, l’invisible, je me suis fait pour ainsi dire visible en vous donnant le Verbe, mon Fils, revêtu de votre nature. Il m’a manifesté à vous.

5. Je veux te parler de l’amour imparfait et de l’erreur de ceux qui m’aiment pour leur propre consolation. Tu sauras que celui qui m’aime imparfaitement, cherche bien plus la consolation qu’il me cherche moi-même. (67)

6. Quand on remplit un vase à une fontaine, si on le retire de la fontaine pour boire, le vase est bientôt vide, mais si l’on boit en tenant le vase dans la fontaine, il ne se vide pas, mais il est toujours plein. Il en est de même de l’amour spirituel ou temporel du prochain, il faut y boire en moi, sans le tirer à soi. (64,2)

7. Les œuvres douces et saintes que je réclame de mes serviteurs sont les vertus intérieures d’une âme éprouvée, plutôt que les vertus qui s’accomplissent au moyen du corps, par les abstinences et les mortifications : ce sont là les instruments de la vertu plutôt que la vertu. Celui qui les emploie sans la vertu me sera peu agréable, et même, s’il les emploie sans discrétion en s’attachant d’une manière exagérée à la pénitence, il nuira véritablement à la perfection.

8. Ils (les prêtres) sont mes oints, et je les appelle mes christs ! Ils ont, par Moi, fonction de me donner à vous. Je les ai placés comme des fleurs odoriférantes dans le corps mystique de la sainte Eglise. Cette dignité, l’ange lui-même ne l’a pas ; et je l’ai donnée aux hommes, à ceux que j’ai élus pour mes ministres. J’ai fait d’eux des anges, et ils doivent être en cette vie, comme les anges de la terre. (15)


Aloyse SCHAFF
as1932@gmail.com
 
(re)publié: 01/04/2018