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Introduction au temps de Noël

LE TEMPS DE NOËL

Les mystères chrétiens sont trop riches pour être célébrés en fêtes fugaces et vite oubliées. Aussi la liturgie aime-t-elle faire durer la fête. Elle l’ouvre comme un éventail, elle l’étale, elle la retourne comme une pierre précieuse que l’on ne se fatigue pas de regarder sous toutes ses facettes.

Noël, déjà célébré en trois messes successives (nuit, aurore, jour), va maintenant se prolonger dans les fêtes de la sainte Famille et de Marie, Mère de Dieu. A ces deux fêtes, de caractère plus intime, succédera l’éclatante Épiphanie, elle-même prolongée par le Baptême du Seigneur.

Faisons donc durer la joie. Car le Christ n’est pas seulement venu le temps d’une vie d’homme ; il reste parmi nous. Et que la fête continue !

LES JOURS DE NOËL

On s’attendrait à trouver une octave, huit jours de célébrations de la naissance du Christ. On tombe sur saint Étienne (26 décembre), saint Jean l’évangéliste (27), saint Sylvestre (31). Cette apparente intrusion d’éléments plutôt éloignés du mystère de Noël n’en est pas une : ces fêtes existaient, en partie, avant que Noël eût l’importance que nous lui donnons aujourd’hui ; et le fait que saint Thomas Becket s’y soit ajouté récemment montre bien l’intention de la liturgie de ne vouloir qu’une semaine de l’année qui soit une fête ininterrompue : la semaine de Pâques.


Un peu de théologie à l’occasion de Noël

L’Église a mis du temps pour exprimer dans un langage rationnel sa foi de toujours. Plusieurs conciles furent nécessaires pour naviguer entre le double écueil d’un Jésus seulement demi-dieu et d’un Christ qui n’aurait eu que les apparences d’un homme. Et cela n’est pas dispute de théologiens, car il y va de notre libération. Seul Dieu (et non un demi-dieu) peut nous sauver ; seul un vrai homme (et non une apparence d’homme) est vraiment sauvé. Pour prendre la comparaison bien connue : ou la pommade ne vaut rien (Jésus n’est pas Dieu) ou elle est appliquée sur une jambe de bois (Jésus n’est pas vraiment homme).

Avec quelques conséquences pour notre propre conduite : nous ne serons reconnus comme les disciples du Christ que si nous sommes son visage, son visage humain, que si nous nous engageons pour la dignité de l’homme. Inversement cette lutte ne va pas loin si elle n’a pas le souci de faire craquer les cadres terrestres pour déboucher sur une libération supérieure, celle que Jésus est venu nous donner de la part du Père.

Jésus Dieu

Dans les évangiles synoptiques Jésus ne dit pas explicitement “Je suis Dieu”, mais il se conduit et agit comme Dieu seul peut le faire : il pardonne les péchés, il est le maître du sabbat. C’est à peine si, devant le Sanhédrin, il se dit Fils de l’homme, siégeant à la droite du Tout-Puissant et venant sur les nuées du ciel (Mt 26, 64).

Saint Jean est plus explicite. Ce qu’a le Père, le Fils l’a aussi : même connaissance, même pouvoir ; « le Père et moi, nous sommes un » (Jn 10,30). Une pareille prétention scandalise les Juifs qui décident de supprimer Jésus parce qu’il se fait l’égal de Dieu. Cette théologie est solennellement introduite par le prologue de l’évangile de Jean et constitue le sommet de la proclamation de Noël : « Le Verbe était Dieu... et le Verbe s’est fait chair » (Jn 1,1.14, évangile de la messe du jour). Elle atteindra, à Pâques, un autre sommet dans la proclamation de Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (Jn 20,28).

Enfin les Épîtres et l’Apocalypse nous ont gardé des textes liturgiques, sortes de Credo, hymnes où l’on chante Jésus-ressuscité comme l’unique souverain, manifesté dans la chair, visage du Dieu invisible, créateur de toutes choses, Agneau auquel sont rendus les mêmes honneurs qu’à Celui qui est sur le trône, le Père (Ph 2,6 ; Col 1,15 ; Ap 5,13 et Ap 22,13 ; Rm 9,5...).

Mais, insistera-t-on, comment une même personne peut-elle être Dieu et homme à la fois ? La chose est unique et le restera. Avec saint Irénée, prenons la comparaison du fer rougi par le feu ; celui-ci pénètre le fer entièrement sans pourtant l’altérer ; au contraire : des propriétés nouvelles sont libérées par le feu qui rend le fer souple, malléable... Ainsi Dieu pénètre entièrement le Christ-homme et, sans altérer son humanité, l’exalte. C’est dans le Christ ressuscité qu’apparaîtra avec le plus d’évidence la présence de Dieu qui, jusqu’alors, restait voilée.

C’est en ce Christ ressuscité qu’apparaissent encore des “propriétés nouvelles” de l’homme, et c’est en lui que nous trouvons réponse à notre besoin de dépassement. Tous nos rêves orgueilleux ne sont rien en comparaison de la gloire du Christ, point de départ d’une incomparable “déification” qui nous attend.

Jésus Homme

Jésus est homme parce qu’il est né, a mangé, dormi, est mort comme nous. Jean utilise à dessein l’expression : « Le Verbe s’est fait chair » (Jn 1,14) pour bien faire comprendre que Dieu n’a pas fait semblant de devenir homme, il s’est vraiment incarné.

Il a eu un cœur tendre et affectueux, il avait de belles amitiés, il a pleuré d’émotion. Il a connu le découragement, la lassitude. Il a hésité à boire le calice, il a eu peur, peur de souffrir.

Il est homme parce qu’il a fait sienne la cause de l’homme et particulièrement de celui qui était blessé dans sa dignité humaine : le marginal, le faible, l’exploité. Jésus s’oppose à l’hypocrisie qui fait passer coutumes et lois avant l’homme pour qui elles sont faites : l’homme n’est pas pour le sabbat, mais le sabbat est pour l’homme (Mc 2,27). Il se met ainsi du côté de l’homme et contre tout ce qui l’opprime, même certaines formes de religion. C’est ce qui émeut aujourd’hui en Jésus, c’est ce qui le rend si sympathique au point qu’il devient le modèle-type pour nos contemporains. Ceux qui s’engagent le mieux pour une société plus humaine se reconnaissent en lui.

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René LUDMANN c.ss.r.

Prêtre du diocèse de Luxembourg.

(re)publié: 01/12/2006