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La prière universelle

La prière universelle s’inscrit dans le dialogue entre Dieu et son peuple assemblé, dialogue qui renouvelle l’Alliance.

Elle est un élément de la réponse à la Parole du jour comme le psaume, les acclamations, la profession de foi, l’hymne après la Parole ou le silence, mais elle est aussi le moment privilégié où notre histoire, nos échecs, nos demandes, mais aussi nos joies et nos réussites entrent dans la célébration. C’est par excellence la prière de tout le peuple assemblé, donc un moment de la liturgie où les laïcs sont directement concernés : d’où sa place importante au cours d’assemblées du Seigneur.

Un peu d’histoire

Un des premiers témoignages que nous en ayons est celui de saint Justin (vers 150) dans sa Première Apologie :
« Le jour qu’on appelle le Jour du soleil, tous, dans les villes et à la campagne, se réunissent en un même lieu ; on lit les mémoires des apôtres et les écrits des prophètes, autant que le temps le permet (...). Celui qui préside exhorte (...). Ensuite nous nous levons tous et nous prions ensemble à haute voix. »

Cette prière semble bien correspondre à ce que Paul recommande dans sa lettre à Timothée (1Tm 2,1-2) :
« Je recommande donc, avant tout, que l’on fasse des demandes, des prières, des supplications, des actions de grâce, pour tous les hommes, pour les rois et tous ceux qui détiennent l’autorité, afin que nous menions une vie calme et paisible en toute piété et dignité. »
Ne subsistant plus en Occident que le Vendredi saint, elle fut heureusement rétablie par Vatican II à toutes les assemblées dominicales.

Sa signification

Prière universelle, prière des fidèles, prière commune, trois appellations traditionnelles qui disent bien sa signification !

  • Prière commune : accomplie par tous en même temps, elle est la voix du Corps du Christ rassemblé.
  • Prière des fidèles : y participent directement les baptisés.
  • Prière universelle : elle rejoint celle du Christ priant pour toute l’humanité.

Comment la composer ?

Dans notre secteur sans prêtre, c’est un travail d’équipe. Nos sources d’inspiration sont :

  • les lectures du jour ;
  • l’actualité (vie du monde, de l’Église, de la communauté).

Sa structure :

  • généralement une introduction et une conclusion exprimées par celui ou celle qui préside, l’introduction faisant le lien avec la Parole, la conclusion rappelant notre participation à l’intercession du Christ (toute prière étant par lui, avec lui et en lui) ;
  • trois ou quatre intentions, réfléchies en commun, elles sont rédigées par seulement une ou deux personnes.

Quelques principes

  • On ne prie pas pour des idées, mais pour des hommes, pas pour la liberté, mais pour que les hommes soient libres.
  • C’est une prière universelle qui doit faire « sortir » la communauté d’elle-même.
  • Ce n’est pas un « journal parlé » où l’on apprend les événements extraordinaires (ceci peut se faire aussi dans l’accueil !), la vie quotidienne des hommes, des femmes et des enfants est faite de beaucoup de choses simples dont nous avons à reconnaître la profondeur !
  • C’est une prière, et non un discours déguisé adressé à l’assemblée pour lui faire de la morale, du genre « Pour les jeunes afin qu’ils aient le souci des personnes âgées... Pour les automobilistes afin qu’ils respectent le code de la route... »
  • Ne pas demander à Dieu d’agir à notre place, ni lui dicter sa conduite, par exemple : « Pour que les demandeurs d’emplois trouvent du travail. Seigneur, mets en œuvre ta grâce... »
  • Ne pas limiter la prière universelle aux demandes et la transformer en lamentations (rien ne va !), mais aussi se réjouir et louer Dieu pour que grandissent et s’accomplissent dans le Christ les joies et les réussites des hommes.

Quelques conseils de rédaction

  • Des phrases courtes : les subordonnées et relatives étouffent la prière et on ne sait plus bien pour qui on prie.
  • Des mots simples, imagés, compris de tous.
  • Un style homogène : si possible une structure identique pour toutes les intentions.
  • Éviter l’incohérence en s’adressant à la personne du Père et en demandant à l’Esprit d’intervenir, alors que le refrain s’adressera... au Fils !

Mise en œuvre

Plusieurs possibilités permettent de varier la mise en oeuvre et d’éviter la monotonie.

Avant tout, qu’on prenne le temps et que le lecteur permette à l’assemblée de faire siennes les intentions. Un silence peut être aménagé entre celles-ci et le refrain. Que l’organiste n’attaque pas trop tôt !

De nombreuses fiches sont à notre disposition :

  • Y 27 : 77 refrains pour toute l’année liturgique à l’unisson.
  • A 103 (a et b) : 32 refrains harmonisés à 3 voix égales ou à 4 voix mixtes.
  • Y 35 : huit refrains plus récents pour 3 ou 4 voix.
  • Y 50, Y 54 et Y 55.

Veiller à ce que le refrain s’adresse à la même personne que les intentions.
Des refrains plus amples tels que celui de Y 53 (Fais paraître ton jour) ou même l’ancien « Sûrs de ton amour » peuvent encadrer la série d’intentions.
Un refrain peut être chanté ou parlé !

Et puis, n’oublions pas que le missel dit que l’assemblée peut s’exprimer « par une prière silencieuse » (surtout si on vient de dire un Credo avec refrains chantés).

Les intentions peuvent être dites par plusieurs intervenants, proclamées face à l’assemblée (éviter le défilé !) ou de leur place si l’acoustique le permet.
On peut aussi proposer un temps d’interventions spontanées, en veillant qu’elles soient universelles.

Les visages de Dieu et de l’homme

Tous ces détails sont importants, si on veut être fidèle à la grande Tradition de l’Église déjà exprimée par Paul et Justin. Alors, soyons attentifs.

Avant de composer nos prières universelles, ou bien encore, en examinant celles qu’on a proposées pendant un certain nombre de dimanches, posons-nous quelques questions :

  • Comment Dieu est-il présenté ? Un magicien ou un Dieu qui compte sur nous ?
  • Comment l’homme est présenté (seul ou responsable avec d’autres) ?
  • Ce que nous demandons à Dieu, Dieu peut-il le vouloir pour tous les hommes ?
  • Est-ce que nous nous rendons solidaires dans l’histoire du salut de l’humanité en Jésus Christ ?
    Finalement, « faire la prière universelle, c’est aussi faire Église ». [1]

Prière universelle et intentions particulières

Une intention particulière, si légitime et souhaitable soit-elle, doit toujours aboutir à l’universel. Des exemples :

  • Lors de la récente visite pastorale de notre évêque, nous avons profité de sa présence pour prier pour lui et aussi pour tous les évêques. Notre prière eut alors une autre dimension que l’éternel « Pour l’Église, pour les évêques, afin que... » entendu chaque dimanche.
  • Un tragique accident frappe une famille. Nous prions pour les disparus, mais aussi pour tous les accidentés, et encore pour tous ceux qui sont dans la peine (la famille, absente de nos célébrations, a appris la chose et a remercié l’équipe liturgique).

Si l’on ménage un espace pour les interventions spontanées, n’est-ce pas le rôle de celui qui préside d’élargir à l’universel ces intentions, si elles ne le sont pas assez ? Par exemple : « Seigneur, je te confie mon beau-frère malade... » et le président d’ajouter aussitôt : « Oui, Seigneur, nous te confions tous nos malades. »

Quelques structures possibles d’intentions

Le « Pour que... afin que... » est lassant et inélégant. Cherchons d’autres formules :

  • Mentionner simplement les personnes pour qui l’on veut prier :
    • « Pour les malades et ceux qui les soignent, nous te prions. »
  • Énoncer un fait, avant d’exprimer la demande :
    • « Aujourd’hui, c’est la journée des vocations. Prions... »
  • Citer une phrase ou rappeler un épisode de l’Évangile, dans lesquels s’enracine la demande :
    • « « C’est la Paix que je vous donne », dit le Seigneur. Fais de nous des artisans de paix, Seigneur ! »
    • « Toi qui as ouvert les yeux de l’aveugle-né, ouvre nos yeux et fais-nous reconnaître ta présence. »
  • Combiner louange et prière (ce qui est le schéma traditionnel des psaumes et de la prière chrétienne) :
    • « Béni sois-tu, toi qui rassembles ton peuple. Conduis-nous vers l’unité ! »

Auteur inconnu
 

[1Pierre Faure. Eqc n° 210.

(re)publié: 01/01/2018