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Le geste rituel

Beaucoup pensent qu’il est dans l’esprit de la réforme liturgique que les gestes de la liturgie soient naturels. Or, ce n’est pas le naturel que réclame la Constitution sur la sainte liturgie, mais la simplicité, et même une « noble simplicité » (no. 34). Et ce n’est pas la même chose.

Porter la main au front pour s’éponger est un geste naturel. Porter la main à son front pour commencer à se marquer du signe de la croix n’est pas un geste naturel, mais un geste rituel, c’est-à-dire codé, inutile (au sens de non utilitaire), gratuit et pour tout dire symbolique.

L’Eglise d’ailleurs, n’a pas la propriété des gestes rituels. Dans le domaine profane, la vie de relation en est remplie (trinquer, faire le salut militaire, offrir des fleurs...). On parle même de codes de politesse.

Codé

Le geste codé est celui dont la signification ne peut être perçue que par des initiés. Un Asiatique non chrétien qui visiterait pour la première fois une église à l’heure d’une messe verrait des hommes et des femmes entrer dans le bâtiment, s’arrêter devant un récipient en pierre contenant de l’eau, y plonger la main droite et faire sur leur corps un geste en forme de croix, mais il ignorerait que ce geste est un rappel du mystère pascal d’un certain Jésus.

Le code ici n’est pas une « chasse gardée », mais la marque spécifique d’un groupe particulier ou d’une relation particulière. Dans la vie profane, les embrassades, par exemple, sont aussi hautement codées. On n’embrasse pas sa mère comme sa femme, ni ses amis comme sa fiancée...

Inutile (non utilitaire)

Que le geste rituel soit non utilitaire ne signifie pas qu’il ne sert a rien, mais que l’on peut s’en passer. On ne peut pas se passer de manger, mais on peut parfaitement se passer de manger l’hostie ; tous les non-pratiquants le prouvent. C’est seulement au plan spirituel et même théologal que le croyant estime que manger ce tout petit morceau de pain eucharistié est indispensable à sa vie de foi, même s’il ne calmera jamais sa faim physique.
Gratuit

Le geste rituel n’est pas matériellement rentable il peut même être considéré par certains comme une perte de temps. Pourquoi passer par le fond de l’Eglise pour aller au choeur alors que l’autel n’est qu’à trois mètres de la porte de la sacristie ?

Le geste rituel n’a sa raison d’être ni dans l’utilité, ni dans la rentabilité, mais dans la gratuité de ce que signifie sa mise en acte. Faire une procession d’entrée amplifie gratuitement un déplacement et lui donne une signification qui dépasse le fait de se rendre d’un endroit à un autre. Faire une procession des dons augmente gratuitement le temps requis pour apporter le pain et le vin sur l’autel : il est le signe de la participation des fidèles à l’action eucharistique.

Symbolique

On sait que le terme qui signifie symbole implique toujours le rassemblement de deux moitiés.

Un geste utilitaire a sa signification en lui-même : on allume une bougie parce qu’il y a une panne d’électricité. Un geste symbolique a sa signification ailleurs qu’en lui-même : on allume le cierge pascal dans une église très bien éclairée pour évoquer la vraie lumière qu’est pour nous le Christ ressuscité.

Tel est, en liturgie, le travail qu’accomplit le symbole : il met en jeu une partie du corps (la vue, l’ouïe, les gestes...) pour rassembler (c’est le sens du verbe grec sumbaleïn) l’esprit de l’homme (sa foi) et ce qui échappe à ses sens (Dieu invisible ; voir Jn 1,18).

Conséquences pratiques

Le geste rituel n’est donc pas un geste spontané comme ceux que l’on a constamment dans la vie courante. En tant qu’il est symbolique, il est chargé de sens. Il faut lui laisser le temps d’être signe, c’est-à-dire de faire un travail de rassemblement en suscitant chez ceux qui le font ou le voient faire, le sens qu’il porte. Il n’a pas à être cérémonieux, mais une certaine lenteur lui va bien et lui est nécessaire, à condition qu’elle ne soit ni maniérée ni onctueuse. Si le geste est trop empressé, il élimine la distance indispensable pour que son sens advienne.

Le geste rituel fonctionne toujours au second degré. Son but n’est pas dans l’efficacité immédiate. Outre qu’il doit prendre son temps, il doit être beau : simple, mais noble comme dit la Constitution citée plus haut. Mais qu’est-ce que la beauté d’un geste ? On le sait chez le danseur, chez l’instrumentiste, chez la mère qui berce son enfant... Mais le prêtre, le lecteur et l’animateur de chants ne sont rien de tout cela ! Pourrait-on dire que ce qui définit le mieux la beauté d’un geste rituel, c’est la justesse et l’harmonie. Un prêtre (ou un fidèle) qui lève les mains en priant le Notre Père a-t-il le geste juste qui signifie vraiment la prière à celui « qui est aux cieux » (et non une réaction à « Haut les mains ») ? A-t-il le geste harmonieux, fait avec calme (sans tension ni précipitation), dans une bonne posture de tout le corps et avec une bonne position des bras et des mains ?

Le geste rituel réclame que ceux qui le font le contrôlent régulièrement.

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Centre National de Pastorale Liturgique

Devenu en 2007 Service National de la Pastorale Liturgique, un service de la Conférence des évêques de France (CEF).

(re)publié: 01/09/2020
1ère public.: 30/11/1996