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L’art floral au service de la liturgie

Quelle explosion que celle de l’art floral au service de la liturgie, depuis une quinzaine d’années. Chaque fin de semaine, dans des milliers d’églises, des mains expertes s’ingénient à confectionner des bouquets pour la messe dominicale.

L’absence de règles à ce sujet est plutôt une heureuse chose. La présentation générale du missel romain dit seulement en son numéro 279 : « L’ornementation de l’église doit viser à une noble simplicité plutôt qu’à un luxe pompeux. » Cela dit, l’art floral, pour être au service de la liturgie, ne peut faire l’économie de certains principes.

Des espaces à fleurir

Un bouquet est un objet. Il va donc s’intégrer à l’édifice et au mobilier (ambon, autel, baptistère, etc.) pour les honorer et les fleurissant. Mais, à la vérité, le lieu et le mobilier ne sont là que pour permettre une meilleure célébration. C’est la célébration qui est prioritaire, et non les choses.

Si l’art floral veut être au service de la liturgie, il va donc servir ce qui est le fondement et le contenu de l’action liturgique, à savoir la présence du Christ, dans l’assemblée, dans le ministre, dans la parole et dans l’eucharistie : « Le Christ est réellement présent dans assemblée elle-même réunie en son nom, dans la personne du ministre, dans sa parole aussi, mais de façon substantielle et continuelle, sous les espèces eucharistiques. » (PMGR n° 7)

Cela se fera selon le lieu (architecture, mobilier), selon le temps liturgique et la saison, selon la fête (du Seigneur, de la Vierge Marie, du saint patron ou d’un dimanche du temps ordinaire), mais en ayant toujours comme axe prioritaire, ces quatre modes de présence du Christ dans la liturgie et les divers lieux qui les manifestent : l’accueil pour l’entrée de l’église oo la nef pour l’assemblée, l’ambon pour la parole, le chœur, l’autel pour l’eucharistie, la croix, telle statue, le lieu de la Sainte Réserve, etc. Mais on se rappellera ici qu’un lieu n’est pas isolable ; un ambon, un autel, une croix ne sont jamais seuls : ils font partie d’un espace ; en florissant un lieu précis, c’est tout l’espace que l’on fleurit.

Choisir

Ce chapitre n’a pas à dire s’il l’on doit choisir des pivoines ou des roses. Cela ressort de la technique florale proprement dite qui n’est pas, ici, notre propos. En revanche, plusieurs principes de fleurissement dépendent de l’esprit liturgique ou, tout simplement, du bon sens.

Tout peut-être fleuri, mais pas tout à la fois

Trop de fleurs tuent les fleurs. L’effet recherché par les fleurs peut être noyé sous une inondation de bouquets (par exemple, le dimanche qui suit un samedi où il y a eu plusieurs mariages). Il faut choisir, et choisir impose toujours d’éliminer. On choisira alors selon la fête ou le temps liturgique, en se disant non pas : « Quel bouquet vais-je faire ? », mais « Que vais-je choisir de fleurir ? », et donc : « Qu’est-ce que je vais ne pas fleurir ? » Choisir, c’est aussi choisir de ne pas mettre de fleurs à la fois à l’autel, à l’ambon, à la croix, car l’espace serait trop chargé. L’économie n’est pas qu’un gain d’argent ; elle est aussi un principe artistique.

Le bouquet liturgique ne doit pas « emmener » vers lui

Il ne doit pas se fermer sur lui mais, au contraire, conduire vers autre que lui, ouvrir sur autre que lui (voir les modes de présence du Christ cités plus haut). Le bouquet, en liturgie, n’est pas là pour qu’on le contemple (même s’il le mérite), mais pour aider à contempler ce qu’il honore. C’est pourquoi, il est toujours dangereux de vouloir que le bouquet soit une allégorie qui traduirait le message évangélique du jour. Le danger viendrait de ce que l’on contraindrait les fleurs à dire ce que l’on voudrait qu’elles disent, au lieu de les laisser parler d’elles-mêmes. Le bouquet est plus symbolique qu’allégorique. Il est l’encens des yeux ; il n’est pas une homélie.

Laisser parler les fleurs

Même si elles sont achetées et peuvent parfois coûter cher, les fleurs sont de l’ordre de la gratuité, en ce sens qu’elles ne servent à rien, à rien d’immédiatement utilitaire (c’est aussi le cas de la musique et même de l’art en général). Elles sont ainsi le symbole du don gratuit que Dieu nous fait de la création, de la vie ; mais également du don gratuit que font de leur temps ceux qui se rassemblent pour célébrer Dieu. En réalité, les fleurs d’elles-mêmes ne disent rien, mais elles permettent à l’être humain d’exprimer sa joie (fête, messe, baptême, mariage), son espérance en la résurrection, ou la fidélité de son souvenir (obsèques).

Plus encore ! Voici notre bouquet, qui est intégré dans le grand mouvement de l’action de grâce chrétienne où l’Eglise, avec le Christ, rend grâce à Dieu pour ce qu’elle a reçu de lui : « Vraiment, il est juste et bon de te rendre grâce... » Par leur gratuité, par leur grâce, les fleurs peuvent symboliser la grâce que Dieu nous fait et que, dans l’eucharistie, nous lui rendons.

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Centre National de Pastorale Liturgique

Devenu en 2007 Service National de la Pastorale Liturgique, un service de la Conférence des évêques de France (CEF).

(re)publié: 01/06/2021
1ère public.: 30/11/1997