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Prier les sacrements

Quand Dieu décode de faire signe aux hommes
Jésus, signe de l’Alliance qui se fait chair

Les multiples tentatives pour atteindre Dieu, au cours de l’histoire des religions, aussi admirables fussent-elles, se sont toujours heurtées aux limites de l’homme. Dieu seul pouvait combler l’abîme infranchissable qui sépare l’Être infini et la finitude de l’homme. Ce n’est pas nous qui avons inventé les “sacrements” mais Dieu lui-même qui a décidé d’entrer en dialogue avec ses créatures, de communiquer avec les hommes, de nous “faire signe”. Toute l’histoire, en particulier celle du peuple biblique, est l’apprentissage multiséculaire de ce dialogue entre Dieu et sa création.

Pour nous chrétiens, le “signe” le plus grand qui reprend et dépasse tous les autres, la parole la plus parfaite qui accomplit et récapitule toutes les autres paroles, est l’événement Jésus-Christ ! Il est le dialogue, l’Alliance entre Dieu et les hommes qui se fait chair pour faire “corps” avec notre humanité. Il est ”le Sacrement” qui relie le divin et l’humain, l’éternité et le temps, le ciel et la terre.

Dieu peut “toucher” le cœur de l’homme par des voies imprévisibles, mais en bon pédagogue qui connaît bien nos limites, il a voulu nous envoyé son propre Fils afin que nous puissions voir, entendre, toucher le Verbe de Vie pour entrer en communion avec lui. Jésus a révélé, dévoilé le mystère et le salut de Dieu par des “signes” (paroles et gestes) dont ses apôtres ont été les témoins. Ressuscité, il s’est encore manifesté à eux par des “signes” qui ouvrirent leurs yeux à sa nouvelle présence.

Les nouveaux signes efficaces de l’Alliance nouvelle

Tous nos sacrements, après le jaillissement du Christ pascal, source de Vie, seront la suite logique du mystère de l’incarnation. Ils sont les nouveaux “signes” qui signifient la Nouvelle Alliance, actualisent la nouvelle Présence du Christ vivant parmi nous et par lesquels ils donnent la Vie à ceux qui l’accueillent. Et si notre « credo » ne mentionne pas les sacrements qui sont pourtant partie intégrante de la vie chrétienne depuis ses origines, c’est qu’ils sont inclus dans notre foi en l’incarnation du Christ Jésus.

Il y aurait donc une certaine incohérence à opposer le Christ, l’Évangile et les sacrements de l’Eglise. Le refus des sacrements est souvent lié au fait que l’on n’a pas bien saisi le fait central du christianisme : le mystère de l’incarnation.

Les sacrements sont aussi appelés « signes efficace du salut. » Mais de quelle efficacité s’agit-il puisqu’ils ne sont ni des actes magiques, ni des phénomène miraculeux ni des procédés techniques quelconques ? Ils ne tiennent pas leur efficacité d’abord du bon fonctionnement du rituel, des mérites de l’homme mais du Christ lui-même, vivant sacrement de la rencontre avec Dieu. Célébrer les sacrements chrétiens, c’est accueillir, aux différentes étapes de notre existence, au sein du Peuple de Dieu, la Vie de Jésus vivant qui nous parle, nous guérit, nous pardonne, nous rassemble, nous nourrit, nous envoie, nous sauve en nous aimant...aujourd’hui.

Pour saisir l’efficacité des sacrements chrétiens, il ne faut pas oublier que, pour Dieu, il n’y pas de hiatus entre ce qu’il est, ce qu’il dit et ce qu’il fait. “Dieu dit et cela est“. A ce titre, tout au long de sa vie, le Christ manifeste que ses paroles sont des actes qui réalisent toujours ce qu’elles disent. Je le veux, sois guéri et à l’instant même il fut guéri. Il se donne tout entier dans la parole qu’il prononce : Amour. En ce sens les paroles du Christ sont sacramentelles. Elles révèlent le Dessein d’amour de Dieu et libèrent l’homme qui les accueillent pour en vivre. Dans la parole méditée c’est Jésus qui se donne et nous crée en nous aimant. Seul l’amour est créateur (analogie : parole d’une mère à son enfant, de deux êtres qui s’aiment). La parole est sacramentelle. Elle réalise en moi ce qu’elle dit.

Des actes du Christ et de l’Eglise

Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ! Désormais, tous nos sacrements sont à la fois les gestes du Christ ressuscité et de l’Eglise animée par son Esprit. Comme nous le suggère l’évangile de saint Jean, les sacrements de la foi chrétienne jaillissent tous du Christ pascal et non d’un décret qu’il aurait édicté. Dès l’aube de Pâque, il confiait à ses apôtres son “autorité”, son “pouvoir” spirituel, celui de donner la Vie éternelle, de faire “naître” l’homme des temps nouveaux. (Jn.20,19 ss). Il laissait ainsi à son Eglise, investie de l ’Esprit-Saint, de cette énergie créatrice, le soin d’inventer les moyens de transmettre sa Vie aux hommes de tous les temps et de toutes les cultures.

L’Eglise ne reproduit pas des rites extérieurs institués par un fondateur lointain. Mais c’est le Christ lui-même, Source unique et permanente qui, vivant en elle, aujourd’hui, fait de son Eglise “le sacrement” privilégié de sa Vie. (Mt 28,16 ss) Dire que les sacrements sont des actes du Christ ne signifie donc pas qu’il nous les a tous légués tels quels mais que l’Eglise les a toujours célébrés en son Nom, dans son Esprit, en référence à ses paroles et à ses gestes de vie. Les sacrements sont des “actions” du Christ vivant au sein de son Eglise. Actions qui sont toujours indissociablement gestes et paroles. Des gestes qui “parlent” et des paroles qui ne sont pas de simples commentaires mais qui font partie intégrante de l’action présente du Christ dans ce sacrement.

Quand il disait : Ceci est mon corps, il ne faisait pas qu’annoncer symboliquement sa mort mais il se donnait vraiment déjà par anticipation à ses frères. Et quand le prêtre redit les paroles de ce Dernier repas, il ne fait pas que répéter des mots-souvenirs mais il actualise, l’acte sauveur du Christ, aujourd’hui présent et agissant parmi ses frères. Il fait de nous les contemporains de cet événement. Quand le prêtre dit : “Je te pardonne”, le Christ vivant confère présentement la plénitude de son pardon. Gestes et paroles constituent, ensemble, une action symbolique, sacramentelle qui aussi un mystère d’échange entre deux libertés, celle de du don de Dieu et celle de l’homme qui l’accueille dans la foi. Sans les sacrements, l’Eglise, le peuple des croyants se réduirait à une association parmi d’autres qui rassemblerait, de temps en temps, ses adhérents pour évoquer la mémoire de son fondateur. Sans les sacrements, l’Eglise perdrait son identité propre qu’elle reçoit chaque jour du Christ vivant et son énergie intérieure qu’elle reçoit de son Esprit.

Les sacrements nous incorporent dans un peuple

L’histoire biblique du salut nous montre que Dieu ne fait jamais alliance avec des individus isolés mais avec des hommes qui sont membres d’un Peuple. L’Eglise est le Peuple de l’Alliance, “l’Appelée” (ecclésia), la “Rassemblée”, la “Convoquée” par le Christ Seigneur. C’est pourquoi les sacrements ne sont jamais des actes “privés” mais communautaires. Le croyant qui célèbre un rite liturgique (dont l’étymologie signifie “action du peuple”) prend davantage conscience et manifeste qu’il appartient à ce Peuple de Dieu, signe social et visible d’une Alliance dont il partage la Tradition vivante.

Les sacrements, comme l’Église - sacrement elle-même, sont le prolongement de la mission de Jésus qui se poursuit à travers l’histoire. Ils sont des actes symboliques, des célébrations d’Alliance qui “incorporent” les générations successives dans le grand Corps spirituel du Christ vivant.

Tout sacrement enracine dans le passé, éclaire le présent et tourne vers l’avenir

L’homme a besoin de rite pour vivre. Depuis la naissance jusqu’à la mort, notre vie, privée et publique, est rythmée par des rites que nous héritons de notre culture, de la tradition familiale ou du groupe auquel nous appartenons. Ces rites sont des temps forts qui rompent la monotonie du quotidien et l’arrachent à la banalité en lui donnant un sens. Un repas festif en famille dépasse le simple besoin élémentaire de se nourrir et devient un rite de convivialité humaine. Notre vie dans la foi, elle aussi a besoin de rites qui renvoient à cette dimension spirituelle qui sous-tend et anime notre vie quotidienne. Ces rites nous permettent de donner sens et profondeur à la vie de tous les jours. Les sacrements font partie de ces rites qui ne sont pas totalement laissés à la spontanéité des croyants, qu’on ne célèbre pas n’importe où, n’importe comment ou n’importe quand. Le lieu, la date, les symboles utilisés, tout a une signification.

Tout sacrement permet au peuple de Dieu de faire mémoire de son origine historique, non par nostalgie d’un âge d’or révolu, mais pour donner sens à son présent et se tourner, dans l’espérance, vers son avenir. Tout sacrement est un “mémorial” qui s’appuie sur un événement fondateur, ceux celui de l’Alliance nouvelle accomplie par la Pâque du Christ. Le Christ vivant continue, aujourd’hui de nous appeler, de nous rassembler, de nous nourrir, de nous réconcilier, de nous envoyer Et dans le rite sacramentel, au rythme de l’année liturgique, la communauté chrétienne accueille et actualise les actes sauveurs du Christ pascal.

Les sacrements tournent les chrétiens vers leur avenir. Car non seulement ils ouvrent notre avenir sur le Royaume, l’avènement ultime du Christ, annoncent l’avenir de l’humanité, en communiquant aux croyants la force libératrice de l’Esprit du Christ Ressuscité qui a vaincu la fatalité du péché et de la mort. Les disciples ne célèbrent pas un mythe mais le triomphe du Christ, aujourd’hui vivant et vainqueur d’un combat contre tout ce qui aliène l’homme, combat auquel ils sont associés par les sacrements qui dynamisent leurs énergies et enracinent leur espérance. L’Eglise témoigne autant de la nouvelle Présence du Christ vainqueur par l’engagement personnel et collectif des croyants que par la célébration des sacrements. Engagement et célébration font partie de sa mission.

Les sept portes d’entrée de la Vie du Christ

C’est l’Eglise qui, au fil de l’histoire, riche de son expérience humaine et spirituelle, a progressivement discerné et fixé les sept sacrements, les sept rendez-vous d’amour privilégiés entre le Christ et l’homme, les sept portes d’entrée de la Vie ouvertes à tous. Sans doute dans les Évangiles, seuls le baptême et l’eucharistie sont explicitement légués par Jésus lui-même. Mais, on peut dire que dès les origines, les autres sacrements, sous une forme ou une autre, sont déjà présents dans la vie de l’Eglise naissante. Déjà, les pécheurs peuvent recevoir le pardon et les malades l’huile de guérison. Déjà, une imposition des mains, consacre les successeurs des apôtres, les responsables de communauté et les diacres. Les baptisés qui se marient, sont invités à fonder leur union sur le Christ et à s’aimer comme le Christ aime son Eglise.

Il faudra néanmoins attendre le 16e siècle pour que le Concile de Trente établisse la liste des sept sacrements qui nous sont désormais familiers. Ce “septenaire” n’est pas le fruit d’une décision soudaine et arbitraire mais l’aboutissement d’une longue maturation du Peuple de Dieu. L’Eglise a pris peu à peu conscience, en particulier devant la prolifération des rites et des dévotions, de la nécessité de préciser ce qu’est un sacrement et de donner quelques critères de discernement pour ne pas mettre sur le même plan , par exemple, l’usage de l’eau bénite et le baptême, l’institution des chanoines et l’ordination des prêtres. Et si le nombre sept est symbolique, il n’en est pas pour autant artificiel car il correspond à la structure fondamentale de l’existence humaine. Les sacrements s’adressent effectivement à l’homme appelé à naître (baptême), à grandir (confirmation) et à s’épanouir (eucharistie).

Mais pour aller jusqu’au bout de cette croissance dans la Vie du Ressuscité, l’homme fragile, pécheur, a besoin de pardon (réconciliation) et de force dans la maladie(onction des malades). De plus, cet homme appartient à une communauté qui, doit régler les rapports humains pour assurer son avenir (mariage) et s’organiser pour garantir son unité (ordre).

Ainsi quand on les étudie d’un peu plus près, on s’aperçoit effectivement que les sacrements constituent une unité organique. Et encore une fois, s’il est clair que Jésus n’a pas ”institué” tels quels nos “sept sacrements” cela ne veut pas dire qu’ils sont une pure élaboration tardive de l’Eglise. Car, nous dirons jamais assez que le Christ pascal, est la Source de vie, le premier et unique Sacrement, qui fonde, anime, irrigue l’Eglise pour en faire, à son tour, un sacrement pour le monde. On peut donc croire que tous les sacrements qu’elle a “institués“ hier et qu’elle peut instituer demain sont aussi les sacrements du Christ. Ce n’est pas d’abord à une décision du Jésus historique qu’il faut rapporter les sacrements mais à l’événement central de sa Pâque. Si le baptême et l’eucharistie se réfèrent explicitement au mystère pascal du Christ, tous les autres sacrements, si différents qu’il soient en ce qui concerne leur origines et leurs évolutions historiques, n’en sont pas moins, eux aussi des actualisations du même mystère pascal.

Accueillir aujourd’hui les actes sauveurs du Christ

Mais ce Christ Seigneur dont l’Esprit continue d’animer l’Eglise est aussi Jésus de Nazareth. Le mystère pascal n’évacue pas tout le parcours historique de Jésus. C’est pourquoi on ne peut bien saisir la signification des sacrements que dans la lumière des actes du Jésus historique qui fut “baptisé” par Jean et dont la mission fut “confirmée” par l’Esprit ; lui qui prêcha l’Évangile de la miséricorde, “remit les péchés” et “guérit” les malades pour manifester l’avènement du Règne de Dieu ; lui qui rendit au “mariage sa vocation originelle” ; lui qui “choisit ses apôtres et les envoya en mission” en les assurant de l’Esprit -Saint ; lui qui donna sa vie sous le “signe du pain rompu”. Saint Jean fera de son Évangile une véritable symphonie de “signes” manifestant ainsi combien tous les rites chrétiens sont les prolongements des actes de Jésus de l’histoire. Jésus est la source permanente de vie où l’Eglise s’abreuve toujours. Jésus vivant, hier et aujourd’hui, continue de faire “signe”, d’être un événement dans notre vie de croyants. Tout sacrement est pour chacun de nous une rencontre personnelle du Christ car c’est Lui qui, aujourd’hui, baptise, confirme, pardonne et consacre.

C’est lui qui est présent et agissant dans ses “ministres et serviteurs” évêques, prêtres et diacres “ordonnés” par l’Esprit pour construire, rassembler et conduire son Eglise. Les sacrements sont les actes de la communauté chrétienne unifiée et diversifiée par l’Esprit. Tous ceux qui “donnent” les sacrements, agissent toujours “au Nom du Seigneur” auquel ils ne font que prêter leur voix et leurs mains pour actualiser et visibiliser sa présence. Comme l’écrivait admirablement saint Augustin : Si Pierre baptise, c’est le Christ qui baptise ; si Paul baptise, c’est le Christ qui baptise ; si Judas baptise, c’est le Christ qui baptise.

Il n’y a qu’une seule Vie manifestée dans l’unique Pâque du Christ où Dieu se donne. S’il existe plusieurs sacrements, c’est parce que Dieu vient à la rencontre d’une humanité en devenir et qu’il rejoint chaque homme à chaque étape de son existence et dans la diversité des situations où se joue son salut.

Rencontres de la libre initiative de Dieu et de la libre réponse de l’homme

On peut insister sur l’initiative de Dieu dans les sacrements sans pour autant exclure la réponse libre de l’homme. Car il ne saurait y avoir d’alliance, d’amour sans un partenaire, sans la réponse libre et consentante de l’homme. Tout sacrement est orienté vers l’homme et sollicite sa participation. Le sacrement n’est pas un rite magique qui agirait à l’insu de l’homme. Si Dieu a l’initiative, il ne peut rien sans l’accueil libre de l’homme. La fécondité du sacrement est liée à la foi. Mais si le sacrement suppose la foi, on peut dire qu’en même temps il donne la foi. Car la foi a besoin des rites de l’Eglise pour prendre corps et s’exprimer. La foi n’est pas extérieure au sacrement dans la mesure où elle est déjà une réponse à l’appel de Dieu, un acte de confiance à l’égard de l’amour gratuit de Dieu manifesté dans le sacrement. L’initiative de Dieu signifiée par des gestes et des paroles, des rites, des signes et l’accueil de l’homme dans la foi sont les composantes indissociables du sacrement, une seule action dynamique.

Que tes sacrements, Seigneur, dons gracieux de ton amour et actes de foi qui accueillent ta vie, achèvent en nous ton salut, nous remplissent d’actions de grâces et nous ouvrent les portes de ton Royaume.

Étymologie du mot ”symbole”

Le grec “sumbolon” désignait un “objet coupé en deux, dont deux hôtes conservaient chacun une moitié ; ces deux parties rapprochées servaient à faire reconnaître les porteurs et à prouver les relations d’hospitalité contractées antérieurement.” Par extension, il désigna tout signe de reconnaissance et d’engagement réciproques. Ainsi des paroles, des gestes, des objets qui servent de médiation dans un contrat ou un pacte entre deux partenaires seront symbolique (une alliance, une promesse écrite...). Les actes symboliques propres à la vie chrétienne sont appelés “sacramenta” dès le III e s. D’ailleurs la signification du mot latin n’est pas très éloigné de celui du “sumbolon” grec. Chez les Romains, “sacramentum” désigne le gage de fidélité, le serment prêté à l’Empereur. Tertullien qui a introduit le premier ce terme dans le vocabulaire chrétien explique que si le “sacramentum” est le signe d’un engagement irrévocable au service du Christ, cet engagement n’est qu’une réponse aux “sacramenta” de Dieu lui-même qui s’est engagé le premier envers nous et qui nous a donnés des gages du salut en Jésus Christ. Il corrigeait immédiatement ce qu’il pouvait y avoir d’unilatéral dans le “sacramentum” militaire.

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(re)publié: 24/02/2004