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Jeune élève

Avec la rentrée scolaire, il est bon de reparler de Gladys qui a quatre ans. Sa maman vient voir la directrice de l’école maternelle. Elle lui demande d’intervenir auprès de son enseignante car sa fille, depuis plusieurs jours, est fâchée avec sa petite copine. La maman supporte mal cette situation et le manque de gentillesse de l’amie. C’est à l’enseignante de faire quelque chose !

Ce matin-là, la directrice reçoit les doléances d’une autre mère de famille parce que son enfant a eu une mauvaise note en calcul. Ayant fait, à ses yeux, un travail sérieux, il ne la mérite pas. Il en serait “traumatisé” selon l’expression de cette maman, qui semble l’avoir retenue des débats actuels sur la suppression des notes.

Ces démarches sont relativement fréquentes et entraînent une réflexion commune au sein de l’équipe pédagogique. Quand on évoque une fâcherie entre de jeunes enfants ou une mauvaise note, qui est le plus affecté ? La mère ou l’enfant ?

Le vocabulaire est révélateur lorsque une mère ou un père disent : « Il/elle m’a ramené une mauvaise note… » N’est-ce pas le signe que c’est le parent qui paraît sanctionné ? Peut-être faut-il encore beaucoup de temps pour en arriver à dire : « Il/elle a eu une mauvaise note... » Affirmer cela, c’est entrer dans la perspective de l’autonomie de l’enfant qui quitte l’espace familial pour l’espace scolaire.

Plusieurs enseignants font remarquer que des parents ont du mal à réaliser que, dès que leur enfant passe la porte de l’école, il change de statut en devenant élève. Ce n’est plus “la petite Gladys chère au cœur de sa maman” mais Gladys, “une élève parmi bien d’autres”, invitée à prendre une certaine distance, par rapport aux parents.

Sait-on, d’ailleurs, que le terme “élève” signifie que l’école est le lieu qui permet à l’enfant de “s’élever, de grandir” ? L’école sert de tiers, dans la tâche éducative qui incombe aux familles. Encore faut-il qu’elle puisse garder une saine distance par rapport à elles.

Étant donné le contexte actuel, la tâche peut se compliquer dans la mesure où les parents se mêlent d’intervenir, à l’intérieur du cadre de l’école, sur les exigences de l’éducation. Ils peuvent avoir tendance à demander d’éduquer leur enfant selon leurs propres références pas toujours harmonisées avec le vivre ensemble que développe une équipe pédagogique.

Le philosophe Alain ne dit pas autre chose : « Tout l’art d’instruire est d’obtenir que l’enfant prenne de la peine et se hausse à l’état d’homme […] Il faut que l’enfant se sente grandir lorsqu’il passe du jeu au travail. »

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/09/2021