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Passions

Certains mots sont très lourds de sens, il faut les manier avec précaution. Le mot “passion” est de ceux-là, employé ces derniers temps dans des contextes différents.

Tout d’abord, au cours de la Semaine Sainte, nous lisons le récit de la “Passion” du Christ.

À la même époque, lors d’une manifestation de paysans, un slogan accroché sur un tracteur attire l’attention : « Vous aurez ma vie, pas ma passion. »

Et au cinéma, “La passion d’Augustine” est à l’affiche. Film remarquable qui se situe au Canada dans la période de la sécularisation : des communautés religieuses sont exclues tout particulièrement du système scolaire. L’héroïne, sœur Augustine, fait de sa passion pour la musique toute une pédagogie permettant à de jeunes filles pianistes et choristes, de trouver une voie d’accomplissement et d’émancipation.

À l’origine, le mot passion, qui vient du latin, avait le sens de “souffrance”. Puis il a désigné le mouvement de l’âme, une forte attirance pour quelqu’un, pour un animal, un engagement parfois jusqu’à perdre raison. Dans la passion, on côtoie facilement la souffrance.

Quand un jeune paysan donne à voir ses convictions par le slogan « Vous aurez ma vie, pas ma passion », veut-il dire qu’il a un attachement indéfectible pour sa terre et pour son travail ? Que rien ne pourra lui ravir ce qui l’anime et le fait vivre ? N’y a-t-il pas un accent de souffrance aussi ? Sa présence au milieu de la manifestation exprimant l’inquiétude du monde paysan semble bien en être le signe.

Quant à la Passion du Christ, bien souvent elle est présentée comme la souffrance la plus insupportable : suivre les derniers moments du Fils de Dieu fait parcourir un chemin d’angoisse et de ténèbres. En ne retenant que ce dernier sens, on en vient à oublier l’autre : la passion aimante pour l’homme. Aussi, les croyants sont-ils invités à relire la Passion du Christ comme un immense « Je t’aime » lancé aux quatre coins du monde.

Ces trois approches se rejoignent finalement mais une chose est sûre : la seule mort est de vivre sans passion ! Aucune création, aucune naissance, aucun progrès spirituel de l’homme ne se font sans aimer et sans souffrir. Puissions-nous rester des “vivants” avec de belles passions !

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/04/2020