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Le visage qui parle

Qui aurait pu penser, il y a trois mois, que les masques de protection contre le coronavirus seraient une préoccupation nationale et même mondiale ? Le masque est l’élément essentiel des “gestes barrières”, alors qu’il ne fait pas partie de la culture des Européens. Nous étions habitués au port du masque par les Asiatiques se protégeant de la pollution. Mais, pour nous occidentaux, actuellement, tout en comprenant sa fonction sanitaire, le masque invite à la créativité, avec des éléments décoratifs les plus divers et les plus originaux possible. J’ai parfois des difficultés à identifier les personnes tant ces fantaisies prennent trop souvent le pas sur la reconnaissance du visage.

Tout cela m’a conduit à relire des pages du philosophe Levinas bien connu pour son approche sur le « Visage ». Il fait remarquer que ce que nous voyons matériellement de l’autre c’est d’abord son visage. Il s’adresse à chacun de nous, et nos regards se croisent. De tout notre corps, la peau du visage est celle qui reste la plus nue, la plus exposée. Il y a dans cette « peau à rides » une pauvreté essentielle car le visage est sans défense. Aussi tous les soins, tous les maquillages voudraient cacher cette réalité, car le visage « parle ». Il exige qu’on lui réponde. Levinas écrit : « Le visage s’impose à moi sans que je puisse rester sourd à son appel, ni l’oublier. » Levinas va plus loin quand il évoque que c’est par son visage que l’autre fait irruption dans notre histoire. Il vient vers moi et me rend responsable de lui. Il va même jusqu’à évoquer la trace de l’infini qui est inscrite dans le visage de l’autre.

N’y aurait-il pas le risque de passer à côté d’une vraie relation humaine quand le masque est décoré comme pour un carnaval ? Nous pouvons ainsi mal traiter cette relation, si nous nous nous présentons à l’autre avec des masques carnavalesques. Le philosophe poursuit sa réflexion quand il écrit : « J’ai pensé que c’est dans le visage d’autrui que Dieu me parle pour la première fois. C’est dans la proximité d’autrui que Dieu se fait proche. » Dans le contexte actuel nous ne sommes pas attendus avec des masques de carnaval mais avec des regards qui nous font exister en vérité.

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/11/2020