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La relation à l’autre

Parmi les nombreuses questions posées par le confinement il en est une qui retient mon attention : pourquoi tant de morts dans les EHPAD [1] ? Serait-ce à cause des fragilités et des pathologies spécifiques des résidents ? Dès les premiers décès, l’alerte est lancée pour leur protection. Du jour au lendemain les voilà confinés dans leur chambre, avec interdiction de sortir pour aller voir la voisine à côté, privés des visites amicales et familiales. Plus de propositions d’animation.

Voulait-on les protéger de la transmission du virus par des règles sanitaires exigeantes ?
Voulait-on éviter que les EHPAD deviennent des lieux qui entretiennent la pandémie du coronavirus ?
Voulait-on protéger toute la population ?

Les conséquences de ces mesures ont provoqué l’isolement des résidents et développé pour beaucoup un sentiment d’abandon. De nombreuses familles ont vécu douloureusement cette situation avec leurs proches. Toutes les visites étant interdites, des enfants se contentaient, quand les chambres étaient au rez-de-chaussée, de saluer leurs grands-parents d’un signe de la main à travers les carreaux. Et même des familles utilisaient les téléphones portables pour échanger quelques propos. La plupart des résidents vivaient ce temps avec un profond désarroi.

Avait-on mesuré les conséquences de ces dispositifs sur les personnes âgées ?
N’étaient-ils pas plus destructeurs que le virus ?

Dans le journal La Croix, une psychologue et psychanalyste fait part de son regard de spécialiste dans un article intitulé : « On ne peut pas vivre sans l’autre. » Pour elle, nous sommes nourris par la relation à l’autre et la perte des repères relationnels entraîne une mauvaise santé.

Aujourd’hui, depuis l’enfance jusqu’à la grande vieillesse, la société doit miser sur l’attention à la relation et pas uniquement sur la santé du corps. Elle insiste auprès des parents pour qu’ils vivent des liens de qualité avec leurs jeunes enfants. Ce ne sont pas les recommandations qui manquent pour leur bien-être physique et leur hygiène. Pour qu’ils grandissent sainement ils doivent être aussi nourris de relations. L’enfant attend qu’on lui parle !

Au soir de nos vies la demande est toujours la même. Marie de Hennezel nous le rappelle : « Le confinement strict, dans leur chambre, des résidents des maisons de retraite, m’a aussi interrogée. De quel droit “protéger” la vie d’une personne qui estime que l’essentiel pour elle n’est pas de vivre quelques mois de plus, mais simplement d’échanger quelques mots par jour avec un autre humain ? »

Peut-on penser que nous pourrons tirer profit des leçons pour l’avenir ?

[1Acronyme français de : Établissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes.

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/07/2020