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La carte bancaire

Elle a l’habitude de faire ses courses dans le quartier. Depuis quarante ans qu’elle y habite, elle en connaît tous les commerçants. « Pour le moment, dit-elle, je me suffis... Je ne me sens pas encore prête pour aller en maison de retraite. » Chaque jour elle sort, rencontre voisins et voisines et échange les nouvelles du secteur.

Dernièrement, comme elle le fait régulièrement, elle se rend à son agence bancaire pour retirer de l’argent. « Ce n’est plus possible, ma chère dame, lui dit-on. Il vous faut maintenant une carte bancaire pour tout retrait. C’est décidé ainsi en haut lieu. » Elle qui s’appliquait à signer au bas de ses chèques, la voilà désemparée.

À quoi bon, la carte bancaire, pense-t-elle ! Elle qui n’utilise ni les distributeurs de billets, ni les automates des postes à essence et fait encore moins ses achats sur Internet ! Tout cela est bien compliqué : il faut mémoriser des numéros de code, faire attention à ne pas se la faire voler. Clamant haut et fort “qu’elle est d’une époque ancienne”, elle exprime en fait ce que bien d’autres personnes ressentent : une marginalisation insidieuse, liée à des contraintes technologiques censées faciliter la vie quotidienne !

Elle évoque sa déconvenue avec ses voisins qui, eux, se plaignent de ne pouvoir consulter un médecin en urgence, le dimanche. Ils regrettent qu’au téléphone, le renvoi d’appel les mette en relation avec un médecin à 100 km qui fait un premier diagnostic. Ils s’indignent que le dimanche, il n’y ait pas de tour de garde entre les cinq pharmacies du coin et qu’il faille faire une vingtaine de kilomètres pour en trouver une. Quant aux petits-enfants témoins de la scène, ils vantent les joies de l’Internet et de tout ce que leur permet leur smartphone ! Ils font partie de ceux que l’on désigne aujourd’hui comme les “natifs digitaux“.

Ces nouvelles technologies n’entraînent-elles pas certains vers l’exclusion et du coup, vers l’isolement ?

Dans son écrit Le plan vermeil, Régis Debray, d’une manière imagée, propose qu’on “déporte” tous les vieux à la campagne (il propose l’Ardèche !) dans ce qu’il appelle le “Bioland” : ce serait pour eux le retour aux sources, avec une organisation spécifique pour vivre leur vieillesse. Cet humour provocateur dit bien ce que l’on fait de nos vieux.

Peut-on leur recommander ce que disait Marc Aurèle, empereur romain du 2e siècle : « Quand le moment de la retraite est venu, il faut se soumettre comme l’olive qui, en tombant, rend grâce au rameau qui l’a portée » ?
Ne doit-on attendre que de la soumission à l’âge de la retraite ?

Dans le regard de nos aînés, il y a bien plus que cela !

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Michel AMALRIC

Prêtre du diocèse d’Albi, chargé de la communication.

(re)publié: 01/02/2020