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Regarde mon dessin !

Joan est tout heureux de présenter son dernier dessin à sa maman : « Regarde, Maman, ce que j’ai fait. » Et du haut de ses 6 ans, l’enfant écoute avec attention la description qu’elle fait du dessin... ou plutôt de ce qu’elle pense de ce qu’il représente. « Tu as voulu faire la maison de Papi et la niche du chien près de la porte. » Joan acquiesce, mais on peut lire dans son regard qu’il devine que sa maman en dit plus qu’il ne voulait faire.

Cette scène est familière pour de nombreux parents et grands-parents qui connaissent l’importance de ces dessins d’enfants et savent judicieusement les afficher, avec leur signature malhabile, aux quatre coins de la maison.

Que se passe-t-il dans cette relation ? L’enfant exprime son désir de reconnaissance de ce qu’il est et d’un encouragement à grandir. Plus tard, viendra le temps où il n’y aura plus de dessin à présenter au regard d’un public admirateur mais la quête de reconnaissance perceptible dans toute relation humaine. Pour une part, nous tenons notre existence du « tu » que l’autre nous adresse.

C’est cette image qu’un prêtre, en maison de retraite, évoquait tout au début de ma visite. « Viens me voir, m’avait-il dit, j’ai des choses à dire, je crois que tu peux m’écouter, je n’ai pas de dessin à te présenter ni même des textes à te faire lire ! » Il voulait me faire part des réflexions qui lui tenaient à cœur comme si, les disant, il pouvait s’autoriser à les penser et en trouver grandi le sens !

Moment important que cet échange qui lui permettait de revenir sur son ministère passé, sur ce qu’il ne fera plus ou ferait autrement, sur ce qu’il avait cru et ce qui lui en reste à 80 ans aujourd’hui. Opération de réajustement, de simplification pour aller à l’essentiel.

Au fil de la conversation, cet ami exprimait un grand bouillonnement intellectuel et spirituel, bien plus rapide que ses pas hésitants au moment où nous rejoignions la salle à manger. Entre autres, il me faisait part de ses questions sur le dogme chrétien « qu’il faut penser autrement, dans une nouvelle culture ». Pour lui, la présentation des péchés capitaux, par exemple, devrait être renouvelée, de manière plus positive, en partant du désir de vivre de nos contemporains : « Désir de vivre, qu’il faut entendre avant de culpabiliser ! » précisait-il.

Que d’hommes et de femmes deviennent aphasiques avec le grand âge, sans parole. Ils ne trouvent pas toujours des oreilles attentives, des regards bienveillants pour les accueillir. Ne nous faut-il pas à la fois garder ce regard sur les dessins d’enfants pour les faire grandir et ce « regard qui écoute » sur ce qu’une personne âgée nous dit de sa vie ? N’est-ce pas jusqu’au bout que nous aurons le besoin d’exister sous le regard de l’autre ? Et nous, sommes-nous attentifs à nos regards qui espèrent ?

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(re)publié: 01/06/2019